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Critique du film : Dracula prisonnier de Frankenstein [1972], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 31 janvier 2014 à 17h31

Croque-monstres Show sauce Franco

Souvent, quand la nuit se fait noire, le comte Dracula (Howard Vernon, si figé que, en comparaison, Bela Lugosi et Christopher Lee pourraient passer pour des hyperactifs), se hasarde hors de son château perché, là-haut, sur la falaise, et il se glisse furtivement dans les maisons d’un proche village. Là, il s’abreuve du sang de jolies femmes, surprises dans leur sommeil ou figées par l’effroi, tel des lapin(e)s piégé(e)s par les phares d’une voiture. Mais quand une énième victime, après avoir subi les assauts mordants du prince des ténèbres, est amenée dans le cabinet du docteur Seward (Alberto Dalbes), c’en est trop pour le courageux médecin. C’est sûr, on le comprend. Mieux vaut mourir le pieu et le crucifix à la main plutôt que supporter jour et nuit les beuglements et les gémissements de cette femme qui réclame en vain la présence de son amant mort-vivant au cœur d’artichaut. D’un pas décidé, Seward grimpe sur la falaise et s’introduit dans la crypte du château, pour y trouver un comte Dracula assoupi (ben oui, il n’est pas con, c’est un docteur, il s’est rendu au château de jour). Un petit coup de pieu, très délicatement enfoncé dans le  cœur du monstre, et voilà Dracula transformé en une innocente chauve-souris de caoutchouc. D’une facilité déconcertante. On se demande d’ailleurs pourquoi personne n’y a songé avant. Et aussi, d’ailleurs, pourquoi Seward ne finit pas son ouvrage en détruisant la chauve-souris, au lieu de l’abandonner dans le cercueil ? Serais-ce une espèce protégée? Ah oui, je sais, cela mettrais un terme à l’histoire et, vingt minutes, cela fait un peu court pour un long métrage.

En fait, le docteur Seward n’a pas le temps de savourer sa victoire. Débarque en effet dans le coin le docteur Frankenstein (Dennis Price), un savant complètement givré, accompagné de Morpho, son serviteur muet, boiteux et nécrophile, et de sa Créature, qu’il doit régulièrement recharger dans un caisson branché sur le secteur 110v du château, faute de faire pédaler son Igor libidineux. Ce fou furieux grimaçant (Dennis Price devait souffrir durant le tournage d’une gastro entérite chronique, le pauvre), confortablement installé dans le château de Dracula, entame son projet fou, qui est de ressusciter le comte et d’en faire son esclave. Pour ce faire, il envoie tout d’abord sa Créature au village kidnapper, au vu et au su de tout le monde, une chanteuse de cabaret française. Oui, je précise la nationalité bien que, personnellement, je n’ai pas du tout compris si ce détail avait son importance. Ne reste plus pour le savant qu’à inonder du sang de la jeune femme la chauve-souris... et voilà le comte Dracula qui revient à la non-vie! Du moins, son corps, car son esprit, lui, est resté perdu dans les limbes. Mais alors loin, très loin. Rarement vu un Dracula afficher un air aussi ahuri. 

Bon, voilà maintenant le docteur Frankenstein armé d’un vampire débile, d’un géant lobotomisé et d’un serviteur obsédé. On l’envie. Ah oui, il y a aussi une femme vampire, une jolie blonde aux dents longues (Britt Nichols) qui erre dans l’intrigue sans véritable but. Peut-être l’ancienne maitresse de Dracula? Mais bon, cela n’intéresse guère cet agité du bulbe de tonton Victor. A noter également que la gente féminine va être renforcée avec l’arrivée au château du dommage collatéral, Maria (Paca Gabaldon), la patiente de Seward, qui, lui, est laissé pour mort sur un bord de sentier alors qu’il la gratifiait d’un petit tour en calèche (pour l’oxygéner un peu?). Pas de soucis, un cercueil était déjà apprêté pour elle. C’est le cercueil d’ami. Bref, pour en revenir à la trame principale; Frankenstein s’est construit une petit armée. Mais quels sont ses projets, en fait? Conquérir le monde? Se venger d’un corps scientifique qui l’a mis au ban? Kidnapper plein de jolies filles pour se construire un harem de vampires? Attaquer des banques, la nuit, évidemment? En fait, on n’en sait fichtre rien. Peut-être juste de la curiosité scientifique. Ou un TOC. Concrètement, la seule action qu’il entreprend est l’attaque d’une villa où réside un couple d’amoureux, qui va d’ailleurs terminer en réserve de sang. En résumé, rien de très ambitieux.

Dans le même temps, Seward a été sauvé d’une mort annoncée par Amira, une belle gitane. Une très belle gitane. Un sacré canon de gitane (pour info, il s’agit de Geneviève Robert, l’épouse d’IIvan Reitman). Et, pour ne rien gâcher, une experte en ars magica, Harry Potter en version bonnasse. Après avoir requinqué le docteur du village - on trace deux ou trois glyphes dans la cendre et on lui en tartine la figure -, la gitane décide de l’aider à débarrasser la région de cette clique de fous furieux. C’est ainsi que cette initiée aux rituels les plus puissants invoque... le Loup-garou! Et un orage, aussi. Vite, on se rend compte que ce lycanthrope aux incongrus glapissements de roquet, bien que laissé à lui-même, est tout dévoué à la cause de Seward. A moins qu’il n’ait un sérieux contentieux à régler avec l’un des occupants des lieux. Agité comme un jeune labrador à qui l’on a promis une baballe et bondissant comme un chimpanzé sous acide, le Loup-garou se rue immédiatement au château pour s’attaquer à la Créature de Frankenstein. Le docteur, paniqué, se met à agir n’importe comment (il a dû égarer, comme tout le monde, le scénario), empale les vampires (qui cette fois-ci se transforment non pas en chauve-souris de caoutchouc mais en squelette en plastique), et grille sa Créature. Les villageois, accompagnés de Seward déboulent alors sur le plateau, torches et fourches en mains. Seward brandit un crucifix... Quand surgit le mot FIN sur l’écran. Un sacré cliffhanger pour une fin ouverte.

En 1972, Avec ce Dracula prisonnier de Frankenstein, Jesus Franco offre à son public un nouveau film expérimental construit sur un joyeux bordel que le cinéaste voudrait nous faire passer pour un script. Un métrage presque muet où les sentiments des personnages et le déroulement des évènements sont essentiellement rendus par de nombreux mouvements de caméra (Franco use et abuse de ses chers zooms, mais ici, une fois n'est pas coutume, avec pertinence), une interprétation des comédiens frôlant parfois la pantomime et le théâtre No (pasarãn) et les variations d’une orchestration symphonique s’inspirant de Frank Waxman (signée Bruno Nicolai). Un film étrange où le ridicule et le génial fusionnent si bien qu’il est impossible de les appréhender séparément. Un véritable foutoir, empli de symbolique, parfois incompréhensible, où le spectateur quelque peu médusé par tant d’audace peut voir se croiser et s’affronter la galerie complète des monstres de l’Universal dans les allées d’un château espagnol. Le travail d’un fou, d’un génie, d’un fumiste et d’un amoureux du cinéma. Un foutage de gueule hypnotique, une tragédie grecque sous stupéfiant. Bref, ce métrage matérialise parfaitement l’artiste qu’était Jésus Franco quand il arrêtait cinq minutes de penser avec sa bite.

C’est une évidence, n’aspirant qu’à mettre en forme son inspiration artistique instantanée et ses fulgurances créatives, Jesus Franco néglige ici son intrigue ou, tout du moins, digresse sans complexe et piétine toute logique. Il efface tout schéma préalablement établi. Forçant la symbolique de son imagerie, il en oublie le reste et maltraite ses personnages et ses acteurs, transforme Dracula en un zombie au sourire crétin ou le ridiculise par des maquillages clownesques, et fait du loup-garou un hystérique hirsute évoquant Cheeta. Le surjeu est de rigueur, les effets spéciaux pourris de la partie (mention spéciale aux incarnations en chiroptères, d’horribles chauve-souris factices suspendus à des fils ou tenues écartées par les ailes du bout des doigts - hors-champ, les doigts, force est de le préciser) alors que le montage saute du coq à l’âne et introduit des séquences qui n’apportent absolument rien à l’intrigue, hormis de la confusion. On le comprend en partie. Oui, quand l’on a Britt Nichols sous la main, on en profite.

Pourtant, malgré cela, il est difficile de détester ce machin. Car, croyez-moi, il comporte un sacré nombre de trucs géniaux. En effet, pour peu que l’on oublie d’analyser la trame narrative, et que l’on se consacre à l’immédiat, Dracula prisonnier de Frankenstein dévoile ses aspects envoutants et ses charmes désuets. On peut notamment apprécier le travail effectué sur les regards, admirable; quelques jolis tableaux impressionnistes, comme les plans sur le camp de gitans; une réelle poésie dans la mise en scène, de celles qui évoque les travaux de Carl Theodor Dreyer ou Friedrich W. Murnau; une atmosphère gothique assez originale, qui s’inspire autant du cinéma fantastique italien que de la Hammer. Autant d’éléments qui nous poussent à continuer, scène après scène, le visionnage de ce qu’il faut considérer comme un essai filmique composé d’impromptus, et non pas comme une véritable histoire épousant une logique. Pour autant faut-il être disposé à le faire. C’est tout le problème avec cet artiste, que l’on trouve absolument nul ou, à contrario, illuminé et enthousiasmant.

La conclusion de à propos du Film : Dracula prisonnier de Frankenstein [1972]

Nicolas L.
50

Œuvre expérimentale plus que déroutante, Dracula contre Frankenstein est le genre de métrage qu’il est très facile, et même logique au regard des ses défauts, de détester. Et cela dés les premières minutes de visionnage. Pourtant, le film mérite que l’on s’y penche plus avant. Si Jésus Franco fait, une nouvelle fois, preuve de la plus grande négligence dans la gestion du scénario et dans la rigueur technique, il insuffle à sa création une réelle poésie gothique, avec la présence d’une belle imagerie fantastique riche de mille influences. Un film attachant.

Que faut-il en retenir ?

  • De fantastique gothique et poétique
  • Quelques superbes plans
  • Une expérience

Que faut-il oublier ?

  • Un joyeux bordel en guise de scénario
  • Un niveau technique perfectible
  • Des maquillages ridicules
  • Des comédiens en free style

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