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Critique du roman : Dracula l'immortel [2009], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mercredi 27 octobre 2010 à 17h57

Voulez-vous connaitre la surprenante vérité sur Dracula?

La jeune fille inanimée, dont la gorge n'émettait plus que de pathétiques borborygmes, était suspendue au-dessus d'un bassin vide en mosaïque évoquant les thermes antiques. Bathory se tenait debout au fond, la tête en arrière, dans sa sublime nudité. Les bras en croix, elle tendit soudain les paumes vers le ciel. C'était le signal. Au même instant, la femme en blanc aux cheveux bruns trancha de son ongle la gorge de la jeune fille et la poussa au bout du rail, au niveau de la comtesse. Rien dans le sombre passé du medecin n'eût pu le préparer à la scène dont il fut le témoin. Seward vit en effet Bathory ouvrir la bouche en grand et dévoiler ses canines acérées, tandis que son coprs en proie à l'orgasme se baignait dans le sang de la victime...

Peux-t-on accorder crédit à deux auteurs - un soit disant spécialiste émérite des Drãculea et un héritier de Bram Stoker clamant haut et fort son amour pour l'oeuvre originale - qui commettent la grossière erreur de se "tromper" sur le prénom de cet illustre voïvode valache entré dans la légende sous le nom de Dracula (Vladimir au lieu de Vladislav), et cela à plusieurs reprises dans le même ouvrage, allant même jusqu'à le "confondre" avec son père (contrairement à son géniteur, le prince Vlad II le Dragon, Vlad Tepes n'a jamais été membre de l'Ordre du Dragon)?  Avouez que c'est difficile. Personnellement, je n'y suis pas parvenu et c'est pourquoi, une fois n'est pas coutume, je vais débuter cette critique en criant non seulement à la trahison, mais aussi à la vilenie opportuniste et vénale.

Oui, et tant pis pour eux, car Dacre Stoker et Ian Holt ont fourni à leurs nombreux détracteurs le bâton pour se faire battre. A grand renfort de publicité, bénéficiant d'une sortie mondiale, les auteurs ont utilisé la notoritété du roman de Bram Stoker pour vendre une suite construite à partir de quelques notes gribouillées sur un coin de feuille. Je vous l'accorde, ce dernier point n'est certes pas un crime en soi, pas plus que surfer sur l'actuelle vague vampirique. Plus grave est d'avoir menti sur la nature même leur démarche, qui va jusqu'à bafouer le chef d'oeuvre de Bram Stoker. "J'espérais que Ian et moi pourrions faire reconnaitre les thèmes et les personnages de l'ouvrage d'origine aussi fidèlement que Bram les avait conçus plus d'un siècle auparavant", déclare Dacre Stoker dans le postface. Fadaises! Dans Dracula l'immortel, Dacre Stoker et Ian Holt ne se sont pas contentés de dénaturer l'oeuvre originale et de moderniser les protagonistes, ils ont été jusqu'à détruire la structure et la philosophie du roman originel. Il se sont même autorisés à y introduire l'écrivain (si, si), histoire de torturer la mémoire d'un homme qui cultivait avec élégance la métaphore et détestait plus que tout le démonstratif affiché ici par sa descendance.

Je dois avouer que la lecture de ce roman m'a laissé un gout de fiel dans la bouche. Je ne suis pas un fan absolu du livre de Bram Stoker - tout en lui reconnaissant de nombreuses qualités - mais je le connais sufisamment pour être choqué par les nombreuses libertés prises par les auteurs de cette "suite". Quand Ian Holt déclare "nous nous sentions obligés de faire certaines concessions afin de pouvoir contenter tout le monde", on peut même dire qu'il minimise l'importance de ces "arrangements". Ainsi, sachez-le, les personnages dans cette histoire abracadabrante n'ont plus rien à voir avec ceux de Dracula. En passant de l'époque victorienne à la période edwardienne (le récit se déroule en 1912), les principaux protagonistes se sont métamorphosés et, souvent, Stoker et Holt ont volontairement occulté des évènements passés. Que ce groupe si soudé ait explosé au fil des années, que l'ombre de Dracula hante encore leurs esprits, soit, mais là, force est d'admettre que l'on nage en plein n'importe quoi, et mis à part leur nom, on ne retrouve rien des héros du roman original en ces personnages hideux .

Mina, de jeune épouse dévouée (et sacrément nunuche, force est de l'avouer) et sauvée de Dracula, est devenue une militante féministe à demi-vampire aussi experte dans l'art du katana que les héroïnes de Kill Bill (elle apparait d'ailleurs plus comme un personnage de la période Années Folles que Belle Epoque). Van Helsing passe du statut de héros à celui de medecin incompétent, avant de finir comme un lâche. Jack Seward est un junky et Jonathan Harker un raté alcoolique et infidèle. Enfin, le brave lord Goldaming vit reclus dans sa luxueuse demeure en matant une photo de Lucy pendant que sa femme, dans la chambre voisine, réclame en vain son attention. Quand à Dracula, que l'on voit peu dans le roman, il s'éloigne définitivement du roman de Stoker (ou il est le mal incarné et une créature laide) pour devenir une version exacerbée de celui du film de Francis Ford Coppola, à savoir un gentil romantique... victime d'une erreur judiciaire! Et, aussi incroyable que cela puisse paraître, il finit même en héros du Bien! Sincèrement, si le ton utilisé n'était pas si grave, on pourrait croire lire un roman parodique.

Bref, Dracula l'immortel fout en l'air toute la structure du roman originel dont il se réclame la digne suite. C'est en cela qu'il est inacceptable. D'autant plus que les auteurs ne s'arretent pas à ces méfaits puisqu'ils ne respectent même pas la mythologie construite par Bram Stoker, omettant que les vampires doivent reposer dans leur terre natale et qu'ils peuvent sortir au soleil (en perdant de leurs pouvoirs). Non, ils préfèrent céder à la tentation du vampire moderne, tendance Blade pour les méchants et Twilight pour les gentils, avec des vampires qui volent comme les héros câblés de Tigre et Dragon et qui s'affrontent dans de spectaculaire et destructeur combat fratricides dans des stations de métro, sous le regard épouvanté d'une foule de londoniens. Ainsi, pour l'atmosphère, même constat. Oubliée l'ambiance victorienne et l'élégant traitement epistolaire, bonjour le gore, le sexe, et le fracas hollywoodien. Quand le coca et le pop-corn remplacent le thé et les scones....

Ceci étant dit, maintenant, que vaut le roman pour lui-même? Est-ce que le lecteur qui n'a jamais lu l'oeuvre de Bram Stoker va y trouver son compte, tant au point de vue de l'intrigue que du traitement? En fait, tout dépend de ses exigences en matière de littérature.

Au niveau du style, c'est bien simple, Dracula l'immortel n'en possède aucun. C'est du thriller blockbuster sans personnalité suivant les mêmes codes d'écriture que les bouquins de Patrick Graham ou Dan Brown. Tout est minutieusement calibré pour coller au cahier des charges de ce type de produits de consommation. On pourrait presque anticiper une adaptation cinématographique. Dracula l'immortel c'est donc un mystère artificiellement entretenu, quelques détails scabreux aptes à titiller les sens du lecteur sans trop les choquer (un brin de gore, quelques orgasmes, des ébats lesbiens), un chapitrage court et des "révélations" (celui qui dés son apparition ne comprend pas qui est Basarab n'a jamais lu un thriller auparavant) délivrées à un rythme métronomique. Sans oublier une fin débile à la Star Wars (je la craignais, à mon grand désarroi, ils l'ont faite). Bref, une projection littéraire, vulgaire mais &nergétique, d'un produit de restauration rapide qui se consomme sans difficulté, et cela même si l'on est en même temps occupé à autre chose (cuisine, gymnastique, télévision, suivant les gouts de chacun). C'est du vite écrit, vite lu, mais qui par son manque de finesse, peut parfois se révéler rébarbatif, comme  lors de ces quinze premières pages, où, à travers une lettre (seul passage épistolaire du récit), Mina résume les évènements passés à son fils. Dans le fond, cette façon d'introduire l'histoire à ceux qui n'auraient jamais lu un livre - ou vu un fillm - traitant du sujet n'est pas idiote, mais le style est tellement grossier que l'ensemble se revèle aussi passionnant qu'une leçon tirée d'un manuel d'Histoire-géographie Hatier.

Heureusement, il n'y a pas que des mauvaises choses dans Dracula l'immortel (sinon, je n'aurai pu le finir). En effet, force est d'admettre que les nouveaux personnages sont assez bien introduits dans l'intrigue, même si cela ne se fait pas parfois sans de petites incohérences. Tous ne sont pas très intéressants (comme Codfort, un inspecteur de Scotland Yard obtus, aigri et bourrin, qui coure après Jack l'Eventreur comme le commissaire Juve après Fantomas) mais ce sont eux qui donnent du blé à moudre au récit. Parmi les bonnes choses, citons les introductions du personnage historique d'Erzebet Bathory sous la forme - communément utilisée dans la littérature - de maitresse vampire, de l'affaire de Jack l'éventreur et de Quincy Harker, le fils de Jonathan et Mina. On peut même dire que la comtesse sanglante est le seul personnage du roman qui marque les esprits. Les passages où, accompagnée de ses deux dames blanches (non, non, il ne s'agit pas de dessert de crèmes glacées mais de ses deux fiancées vampires), elle se déplace dans son attelage noir sans cocher enveloppé dans un brouillard rouge  sont les seuls moments qui entretiennent une véritable atmosphère gothique qui rappelle un tant soit peu l'oeuvre de Stoker.

Le roman est également riche de quelques détails historiques. Ainsi, on visite une ville de Londres en pleine modernisation, riche en contrastes, avec son quartier de Whitechapel toujours coincé dans le siècle précédent et ses grandes artères ou se mêlent fiacres et automobiles. La Belle Epoque est une passionnante ère de mutation, hélas trop peu traitée dans la littérature fantastique, et cela fait vraiment plaisir d'accompagner ces héros vivant dans une période où chaque journée amenait son lot d'innovations. Un aspect positif qui tend à démontrer que les auteurs ont tout de même fait des recherches sur l'époque edwardienne et ses spécificités. Enfin, même si la démarche est un peu cavalière et le traitement insultant, les auteurs nous rappellent (ou nous apprennent) que Bram Stoker était intimement lié aux planches (il a très longtemps travaillé pour Le Lyceum Theatre), qu'il a entretenu des rapports avec le grand Henry Irving et que c'est Hamilton Deane qui fit réellement connaitre le personnage de Dracula au grand public dans une pièce présentée à Londres en 1924 (dans Nosferatu le vampire, le film de Friedrich W. Murnau, réalisé en 1922, le comte vampire se nomme Orlock). 

Tout cela suffit-il pour faire de Dracula l'immortel un indispensable? A chacun de se faire son avis...

La conclusion de à propos du Roman : Dracula l'immortel [2009]

Nicolas L.
50

On ne peut juger Dracula l'immortel sans tenir compte de sa campagne marketing, qui présente le roman comme une suite fidèle à l'oeuvre de Bram Stoker et écrite "d'après ses notes originales". Et de ce point de vue, l'on est obligé de crier à l'imposture tant le roman de Dacre Stoker et Ian Holt apparait comme une dévastatrice trahison. Un procédé de bonimenteur que le puriste ne laissera certainement pas passer. Pour les autres, ceux qui auront désiré donner leur chance à cet ouvrage, ils découvriront un roman pas déplaisant, riche en péripéties et parfois assez malin (notamment dans le processus d'introduction de nouveaux personnages) mais extrêmement formaté et manquant vraiment trop de style pour être autre chose qu'un divertissant blockbuster littéraire.

Que faut-il en retenir ?

  • Un ouvrage facile à lire
  • Une histoire divertissante et assez mouvementée
  • Des nouveaux personnages bien introduits

Que faut-il oublier ?

  • Une trahison de l'oeuvre originale
  • Une campagne marketing trompeuse
  • Un manque de style
  • Une intrigue formatée

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