Critique Andor [2022]

Avis critique rédigé par Bastien L. le dimanche 7 décembre 2025 à 09h00

Saison 1 : Quand il n'y en a plus, y en a Andor

Univers officiel

Dans sa stratégie d'étendre l'univers Star Wars via des séries en streaming, Disney avait annoncé plusieurs projets dont Andor qui pointa enfin le bout de son nez à l'automne 2022.

A l'origine il y a évidemment le film Rogue One (2016) de Gareth Edwards qui vit la création du personnage d'espion rebelle Cassian Andor (incarné par Diego Luna) chargé de faire le sale boulot. Le film fut un grand succès notamment grâce à l'intervention apparemment salutaire du britannique Tony Gilroy alors surtout connu pour sa participation (4 scénarios et une réalisation) à la saga Jason Bourne. Il prit en main la réécriture finale du script puis fut chargé des reshoots. Pourtant ce n'est pas directement à lui que Lucasfilm (via Kathleen Kennedy) fit appel lors du développement de la série censée raconter les aventures de l'espion avant les événements du film puisque l'Américain Stephen Schiff fut d'abord nommé sans pleinement convaincre (il reste crédité scénariste sur l'épisode 7) amenant le retour aux affaires de Tony Gilroy. Devenu showrunner, il signa les scénarios de 5 épisodes sur 12 (son frère Dan et Beau Willimon se partagent le reste) mettant donc en vedette Diego Luna (aussi producteur exécutif) aux côtés d'acteurs de renom tels que Stellan Skarsgård, Fiona Shaw ou Andy Serkis comme des valeurs montantes (Kyle Soller, Adria Arjona...) et des têtes déjà connues comme Genevieve O'Reilly ou Duncan Pow reprenant leur rôle de Rogue One. Le tournage se fit principalement en Angleterre et un peu en Ecosse entre 2020 et 2021 sous la direction de Toby Haynes qui dirigea la moitié des épisodes tandis que Susanna White et Benjamin Caron se séparèrent équitablement le reste. Cette première saison (sur deux prévues) sortit à l'automne 2022 dans le monde sur la plate-forme Disney+ et reçut un accueil très favorable.

La série se déroule principalement cinq ans avant le film Rogue One alors que l'on suit les péripéties du voleur et pilleur Cassian Andor (Diego Luna) vivant principalement sur Ferrix tout en étant à la recherche de sa sœur. Sa quête éveille les soupons de deux agents de sécurité qu'il est obligé d'éliminer attirant l'attention sur sa communauté. Sur place, il vit avec sa mère adoptive Maarva (Fiona Shaw), qui sent bien que son destin se trouve ailleurs, et fréquente la mécanicienne Bix Caleen (Adria Arjona) qui est en contact avec un homme, Luther Rael (Stellan Skarsgård), capable d'acheter l'appareil impérial qu'il vient de voler. Malheureusement, un inspecteur (Kyle Soller) trop zélé va tenter de lui mettre la main dessus l'obligeant à quitter les siens dans une fuite violente aux côtés de Luther qui le convainc de travailler pour lui lors d'une mission périlleuse pour la Rébellion. Malheureusement pour les habitants de Ferrix, cet incident pousse l'Empire à venir s'installer et leur faire sentir le poids de son autorité. Notamment l'agente du Bureau de Sécurité Impériale Dedra Meero (Denise Gough) qui veut mettre la main sur Andor car il représente pour elle la clé capable de lui ouvrir les secrets de la Rébellion. Au même moment sur Corsucant, on suit les manigances de la sénatrice Mon Mothma (Genevieve O'Reilly) qui réalise peu à peu l'impasse politique dans laquelle elle se trouve la poussant toujours plus loin dans une rébellion qui pourrait lui être fatale...

Commençons par évacuer le principal défaut de cette première saison à savoir qu'elle aurait très bien pu comporter un poil moins d'épisodes et mieux s'en sortir en termes de rythme. Trop souvent la série prend son temps pour marteler les enjeux avec quelques scènes faisant doublons sans que cela soit vraiment nécessaire. Du coup le rythme n'arrive pas toujours à bien monter ce qui s'explique par la multiplication des personnages et des points de vue. Ce qui au final est un moindre mal tant cette profusion de personnages principaux comme secondaires aurait bien pu facilement perdre le spectateur mais il en est rien. Que cela soit les personnages de Andor, Mon Mothma, Luthen ou Dedra qui agissent souvent de leurs côtés, on sait toujours où on est et qui est avec qui. Et on va en découvrir une belle galerie de personnages que cela soit des Rebelles, des Impériaux ou des personnages plus neutres ou ambivalents embarqués malgré eux dans ce conflit qui se dessine peu à peu mais qui n'est pas encore celui complètement ouvert de la Trilogie Originale. Andor est ainsi une série d'espionnage qui va bien plus ménager ses effets et offrir de belles scènes d'action que cela soit une fuite désespérée (épisode 3), un vol compliqué (ep. 6), une évasion risquée (ep, 10) ou un des meilleurs affrontement de vaisseaux vus dans Star Wars (ép, 11)...

Le but assumé de Tony Gilroy n'est pas de viser le blockbuster à tout va façon The Mandalorian ou la fibre nostalique de Obi-Wan Kenobi mais de revenir à ce qui fait en grande partie l'essence de Star Wars : la liberté contre la dictature. Alors certes le message n'est parfois pas des plus subtils et peut sembler à quelques occasions martelé mais on reste très satisfait de la manière dont ont été abordés ces thématiques. Cela se fait évidemment autour du personnage de Cassian Andor qui va peu à peu plonger dans la Rébellion d'abord malgré lui puis être forcément atteint par la main implacable de la dictature qui l'écrase (parfois littéralement) de différentes manières entre un système judiciaire corrompu (ép. 7 à 10) ou bien une domination comme une violence à l'égard de populations civiles que l'on déclare coupables par principe. En parallèle, le personnage de Mon Mothma démontre l'impossibilité du légalisme face à la tyrannie comme la paranoïa qui entoure la rébellion s'insinuant jusque dans sa propre famille. Quant au personne de Luthen il s'avère passionnant dans le sens où il ne peut que contempler avec désespoir la manière dont il doit se salir pour le bien de la cause devant souvent faire des choix très difficiles. En face, la série montre bien les différentes mécaniques de l'autoritarisme qui prend ainsi plusieurs formes tout en pouvant avoir des racines nombreuses. Un autoritarisme qui peut inspirer une crainte comme le personnage de Dedra mais aussi s’avérer assez pathétique (le personnage de Syril Karn, notamment sa relation avec sa mère) tout en restant dangereux. On apprécie aussi grandement que les méchants de la série soit aussi bien humanisés tout en assumant pleinement qu'il s'agit de méchants qui discriminent, oppressent, torturent et tuent...

Pour ce qui est de la place de la série au sein de la galaxie Star Wars, on aime sa saveur particulière qui nous fait découvrir la communauté industrielle de Ferrix comme ses habitants. On apprécie aussi les épisodes 7 à 10 au sein de la prison de Narkina 5 comme ceux sur la planète rurale d'Aldhani sans oublier la froide et luxueuse Coruscant, capitale de l'Empire. Différentes planètes pour différentes ambiances qui fonctionnent à merveille et qui sont souvent là pour mettre le peuple au premier plan dans un média Star Wars ce qui n'est pas si fréquent. Cela sert évidemment le propos de montrer les masses d'habitants ou de prisonniers subir l'oppression impériale. La production est une nouvelle fois pour un série Star Wars de très grande qualité même si on peut regretter un certain manque d'ambition en ce qui concerne les aliens ou les droïdes peu nombreux. Mais l'habillage de cette galaxie lointaine très lointaine est bien là afin de nous replonger avec bonheur dans cette univers qu'on aime tant. On apprécie de voir cette proto-rébellion se mesurer aux forces de l'Empire dont on découvre les arcanes de sa sécurité intérieure obligée d'évoluer en conséquence. La qualité des décors comme de la direction artistique est bien aidée par des effets spéciaux très solides qui réussissent à donner plus de poids à des scènes d'action qui ne partent pourtant jamais dans l’esbroufe d'effets visuels. Si ce n'est peut-être la bataille spatiale de l'épisode 11 mais qui est tellement excellente...

La mise en scène est au diapason de cette qualité même si on regrette que Tony Gilroy n'ait pas pris la caméra afin de retrouver l'aspect plus viscéral qu'il avait donné à Bourne : L'Héritage. Néanmoins, Toby Haynes, Susanna White et Benjamin Caron s'en sortent très bien notamment quand il faut donner de la puissance aux scènes d'action qui ont parfois un plus gros poids émotionnel notamment l'évasion qui restera un des plus grands moments des séries Star Wars. La réalisation est ainsi très correcte, efficace, au service de l'histoire comme des personnages malgré quelques jeux de cadre qui font toujours leur petit effet. Au niveau du casting, Diego Luna (Rogue One, Narcos : Mexico...) est toujours aussi parfait en Cassian Andor permettant de jouer avec le bouillonnement intérieur de son personnage dans le film que l'on voit ici augmenter d'épisode en épisode. En face de lui, on ne peut que saluer la performance de Stellan Skarsgård (Le Secret du Coffre Maudit, Dune...) incarnant génialement l’ambivalence de son personnage nous offrant notamment un incroyable monologue synthétisant parfaitement les thématiques de la série (ép, 10). On peut aussi saluer l'interprétation de Genevieve O'Reilly (La Revanche des Sith, Rogue One...) dont les apparences feutrées craquent de plus en plus sous le poids du combat qu'elle s'apprête à mener plus frontalement. On se réjouit aussi de bénéficier du talent d'acteurs tels que Fiona Shaw ou Andy Serkis. Enfin, on est plutôt content de découvrir les talents de Kyle Soller et de Adria Arjona offrant de solides personnages secondaires.

On vous la conseille si vous aimez Rogue One, Soulèvement Rebelle, Une Nouvelle Aube...

La conclusion de à propos de la Série Télé : Andor [2022]

Auteur Bastien L.
76

Malgré un petit manque de rythme et le sentiment que la série aurait pu bénéficier de quelques épisodes en moins, la première saison de Andor est une belle réussite. Une série d'espionnage qui réussit autant à tracer son propre sillon qu'à être parfaitement ancré dans l'univers Star Wars. Des thématiques sérieuses et matures bien abordées via des personnages principaux comme secondaires très bien développés. D'autant plus que la qualité de la production, de la mise en scène et des interprétations est au rendez-vous.

On a aimé

  • Un approche mature de l'univers Star Wars
  • Un très bon casting
  • La qualité de la production

On a moins bien aimé

  • Un rythme inégal
  • Parfois peu subtil
  • Une saison qui aurait gagné à avoir moins d'épisodes

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