Critique Spider-Man : l'intégrale 1971 #9 [2005]

Avis critique rédigé par Bastien L. le samedi 5 septembre 2026 à 09h00

It's Morbin' Time

Ce qu'il y a de fascinant avec des carrières aussi longues que celle de Spider-Man c'est qu'il y a tellement de façons d'aborder ses aventures qu'il y en a forcément pour tous les goûts. La preuve avec l'année 1971 du Tisseur.

Cette critique se concentre ainsi sur le tome 9 de l'Intégrale de la série The Amazing Spider-Man comprenant les 12 numéros de l'année 1971. D'abord édité en 2005 par Marvel France, l'Intégrale conntu des rééditions jusqu'à celle de 2020 par Panini Comics avec un changement de couverture, Morbius remplaçant le Bouffon Vert. Une année 1971 qui fut assez chargée côté coulisses non seulement par rapport à l'équipe créative mais aussi pour le monde des comics. En effet, il faut savoir qu'à cette époque tout comics respectable devait recevoir le sceau du Comics Code Authority, sorte de comité de censure devant assurer aux parents que leurs enfants n'allaient pas être confrontés à des choses jugées inappropriées (violence, horreur, sexe...). Sauf qu'en 1971, le Département de la santé et des services sociaux américain approcha le scénariste et éditeur Stan Lee afin qu'il puisse créer une histoire montrant les dangers de la drogue. Une représentation impensable pour la Comics Code Authority donc Stan Lee décida de se passer du fameux sceau sans que cela n'ait vraiment eu de conséquences. Un témoin de l'évolution des mentalités vis à vis des comics ainsi qu'une brèche dans la censure que ne fut jamais refermée... C'est aussi en 1971 que Stan Lee commence à prendre du recul vis à vis de la série cédant sa place de scénariste à la fin de l'année à celui qui fut son bras droit puis remplaçant en tant qu'éditeur en chef chez Marvel, Roy Thomas. Même son de cloche pour le dessinateur John Romita Sr. qui était en train de devenir le directeur artistique de la maison des idées laissant sa place à Gil Kane après une transition où les deux collaborèrent. 

En ce qui concerne ses histoires, les douze numéros de l'année 1971 offrent une réelle trame principale divisée en plusieurs histoires faisant entre un et trois numéros. La trame principale se concentre surtout sur les amours de Peter Parker dont celui contrarié avec la belle Gwen Stacy souffrant de la mort de son père dont elle croit Spider-Man responsable. Cette tragédie va même la pousser à déménager un temps à Londres rendant désespéré son petit-ami. Peter Parker va une nouvelle fois devoir faire face à ses problèmes financiers le poussant à devenir de plus en plus important au sein du Daily Bugle en tant que photographe grâce au rédacteur en chef Robertson et malgré le patron JJ Jameson. Notre héros a aussi de plus en plus de mal à s'entendre avec son colocataire Harry Osborn qui le blâme pour sa rupture avec Mary Jane Watson le poussant dans la drogue tandis que son père se rappelle qu'il a été le Bouffon Vert et reprend ainsi du service. Spider-Man devra aussi affronter de nombreux anciens ennemis comme le Scarabée, le Lézard ou Kraven ainsi que certains alliés que le X-Men Iceberg mais aussi le Rôdeur tout en retrouvant Ka-Zar et son tigre à deux de sabre Zabu dans une dernière histoire se déroulant dans la Jungle Oubliée qui donna naissance à la créature géante Gog. Mais l'année 1971 est aussi celle de la création du personnage de scientifique-vampire Morbius que va devoir affronter un Spider-Man alors doté de trois paires de bras...

On peut dire que le changement d'équipe créative se ressent pleinement pendant l'année 1971 même si Stan Lee n'était jamais bien loin supervisant l'ensemble. Néanmoins le duo Lee / Romita Sr. s'avérait bien plus terre à terre que le duo Roy Thomas / Gil Kane plongeant bien plus dans le fantastique comme le pulp. Sous la plume de Stan Lee, Spider-Man va devoir affronter l'homme politique fascisant Sam Bullit mais aussi lutter contre le fléau de la drogue où on le voit sauver Harry ou encore défoncer des dealers à mains nues sous sa réelle identité... Pour l'époque, Stan Lee démontrait ici un réel progressisme notamment lors d'un épisode où Spider-Man intervient dans une révolte de prisonniers avant de prendre fait et cause pour leurs revendications. Il est intéressant de voir commence Stan Lee refuse de faire franchir la ligne rouge à J. Jonah Jameson, étrange personnage aux valeurs morales solides politiquement mais au conservatisme certain. Cela ne l'empêche pas d'offrir à Spider-Man des combats mémorables dont une histoire en trois numéros contre le Bouffon Vert parmi les plus célèbres de la carrière du Tisseur avec une dramaturgie assez poignante. Il offre aussi un agréable crossover avec l'apparition d'Iceberg dans une affrontement ennemi/ami assez classique rappelant les rencontres entre Spidey et la Torche. Stan Lee reste toujours aussi doué avec du divertissement agréable accompagné d'un vrai fond. On sent néanmoins que la licence Spider-Man prend de l'âge d'où son affrontement avec le Scarabée entrecoupé d'un résumé de toute son histoire. Malheureusement, le numéro 100 de The Amazing Spider-Man s'avère assez décevant avec un élément déclencheur trop forcé et le reste n'étant qu'un cauchemar fiévreux...

C'est là que Stan Lee passe la main à Roy Thomas qui hérite ainsi d'un héros doté de trois paires de bras... Le scénariste américain va ainsi plonger dans un fantastique/SF bien plus poussé avec la création du personnage de Morbius le vampire. Une histoire étalée sur trois numéros dont un dépassant les trente pages. On y découvre l'origine de ce super-vilain tout en voyant Spider-Man collaborer avec Curt Connors pour résoudre son problème de bras en trop menant fatalement au réveil du Lézard... Une histoire surprenante et plaisante remplie de rebondissements où le fond plus politique comme social de Stan Lee s'éloigne quelque peu. Et Roy Thomas monte d'un ton dans la violence puisque Morbius est clairement dépeint comme un tueur littéralement assoiffé de sang.  La seconde histoire de Roy Thomas se veut bien plus pulp dans une sorte de délire à la Tarzan / King Kong dans cette Jungle Oubliée en Antarctique explorée par nos héros qui rencontrent une créature géante qui va enlevé la belle Gwen Stacy parée d'un bikini du plus bel effet... Ce voyage des plus improbables fait suite à celui de notre héros à Londres plus tôt dans l'année montrant ainsi un héros s'éloignant de ses bases. Ces approches différentes des aventures de Spider-Man par les deux scénaristes offrent ainsi une réelle diversité comme un réel changement de cap. Quand bien même on peut avoir du mal avec l'une ou l'autre approche, on ne peut que constater que la lecture est toujours agréable, bien rythmée grâce à un héros attachant. On apprécie toujours autant ces comics à l'ancienne osant prendre des risques avec néanmoins des aspects datés comme cette manie qu'ont les personnages de commenter ce qu'ils font.

Pour ce qui est des dessins, John Romita Sr. faisait quand même partie ce qui se faisait de mieux chez Marvel à l'époque. Il maîtrise parfaitement ses personnages et les scènes d'action sont toujours bien chorégraphiés où l'échange de gnons fait loi. Le découpage reste classique mais réussit toujours à offrir différentes approches intéressantes. Le dessinateur américain se fait aussi plaisir quand il s'agit de mettre en scène notre héros à Londres avec ses monuments comme ses iconiques bobbies. Son remplacement par Gil Kane se fait en douceur tant l'Américain d'origine lituanienne offre un changement dans la continuité. Il réussit à rendre justice à la souplesse comme à la puissance du Tisseur tout en le rendant crédible avec six bras. Les affrontements entre Spider-Man, le Lézard et Morbius sont assez impressionnants. L'apparence de ce dernier sent bon les années 1970 entre son teint blafard et son costume digne du groupe Kiss... Et il s'avère aussi très à l'aise pour donner vie aux ambitions de Roy Thomas dans l'histoire de la Jungle Oubliée avec ses monstres géants et cette ambiance tropicale. Gil Kane va aussi donner un léger coup de fouet à la mise en page en osant des pleines-pages mettant en scène de l'action gagnant en impact. Bref, une plongée dans l'art des comics des années 1970 qui fait toujours son petit effet.

On vous le conseille si vous aimez Spider-Man :L'Intégrale 1970, Spider-Man (2002), Morbius...

La conclusion de à propos de la Bande Dessinée : Spider-Man : l'intégrale 1971 #9 [2005]

Auteur Bastien L.
75

L'année de 1971 de Spider-Man transforma l'industrie des comics côté coulisses mais fut aussi très surprenante. Le duo iconique Stan Lee / John Romita Sr laissa sa place au duo Roy Thomas / Gil Kane offrant un réel changement de ton comme des petites révolutions artistiques. Une année très divertissante avec une réelle portée sociale comme un aspect SF / Fantastique bien plus assumé. Tout n'est pas réussi et cela ne peut plaire à tous mais l'ambition reste intact comme notre amour des aventures du Tisseur.

On a aimé

  • Un progressisme historique pour l'Histoire des comics
  • Un changement d'équipe créative réussi
  • Des directions très différentes explorées

On a moins bien aimé

  • Un aspect SF/Fantastique peut-être trop poussé
  • Une licence qui semble avoir le cul entre deux chaises
  • Ca a forcément pris son coup de vieux

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