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Critique de L'Appel de Cthulhu : The Call of Cthulhu [2005]

Ecrit par Nicolas L. le mardi 17 juillet 2007 à 20:45

N'est pas mort ce qui à jamais dort...

Et au long des siècles peut mourir même la mort."
Dans les années 20, un jeune homme interné dans un hôpital psychiatrique demande à son docteur mandataire de bruler tous les documents ayant appartenu à son oncle archéologue. Devant l’hésitation de ce dernier, le jeune homme raconte alors l’histoire terrifiante qui compose le contenu de ces dossiers maudits, résultats de recherches sur les activités d’un culte lugubre et mystérieux.


The Call of Cthulhu est un film exceptionnel à plusieurs titres. Tout d’abord, fait suffisamment rare pour être signalé, cet œuvre réalisée par le jeune britannique Andrew Leman colle complètement à l’une des nouvelles de Howard Philip Lovecraft, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de L’Appel de Cthulhu, élément fondamental de la mythologie bâtie par l’écrivain et développé ensuite par de nombreux « disciples » (August Derleth, Robert Bloch et autres…) Le deuxième point est son esthétisme et sa technique de réalisation car, tenez-vous bien, The Call of Cthulhu est un film muet en noir et blanc. L’effet voulu est saisissant, on se retrouve plongé totalement dans un univers du début du vingtième siècle. Véritable hommage au cinéma expressionniste allemand, les couleurs sont patinés, la focale très serrée et les dialogues, assez nombreux, n’apparaissent que sous la forme d’intertitres.
Le plus incroyable dans tout cela, c’est que ce film, que l’on sent réalisé avec un budget minime, est passionnant de bout en bout. De durée assez courte (47 minutes), The Call of Cthulhu se laisse suivre sans le moindre relâchement, le scénario, extrêmement bien ficelé tout en restant fidèle à l’esprit théâtral propre au cinéma muet, se présente sous la forme d’un jeu de piste construit à partir de récits et de flashback, le tout bénéficiant d’un montage agressif et tonique. La direction d’acteur, elle, est exceptionnelle, rien, strictement rien, n’est laissée au hasard. Je n’ai jamais rien vu de tel depuis le Eraserhead de David Lynch, c’est dire. Andrew Leman, d’ailleurs, utilise de nombreuses astuces couramment usitées par le génial créateur de Lost Highway - lui-même puisant ces inspirations oniriques dans les œuvres de Fritz Lang ou de Friedrich Murnau -, mélangeant esthétisme classique et techniques de prises de vue modernes. Le résultat est tout simplement bluffant.

Même compliments en ce qui concerne la réalisation. Toutes les séquences sont dotées d’une mise en scène extrêmement précise – un aspect qui fait plaisir à l’époque des films vidéo-clip. Aidé par les outils cinématographiques modernes, Andrew Leman peut alors se permettre, à moindre coup, de varier les angles de prises de vue à volonté afin de redonner vie aux effets géométriques propres aux grands films de la belle époque comme Metropolis, le La Cabinet du Docteur Caligari ou She. A ce niveau, deux séquences se démarquent des autres, donnant à des décors de papier des allures colossales, inhumaines. La première est l’époustouflante cérémonie cultiste dans le bayou, avec une vue en plongée hallucinante et déstabilisante. Le deuxième est l’exploration de l’île. A nouveau, l’homme se retrouve complètement écrasé par un décor ‘’béhémothien’’.
Que ce film, qui a remporté un nombre impressionnant de lauriers et de récompenses dans les festivals du monde entier, ne soit pas traduit en français est tout simplement un scandale. C’est le seul problème qui se pose au spectateur. Il est nécessaire d’appréhender un peu la langue anglaise pour bien profiter de ce chef d’œuvre.

à retenir

  • Atmosphère lovecraftienne exceptionnellement rendue
  • Mise en scène d’une précision rare
  • Direction d’acteur géniale

à oublier

  • Intertitres en anglais

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