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Critique du film : Aliens, le retour #2 [1986], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mercredi 31 août 2005 à 09h57

Une certaine évolution de la mythologie

Après s’être débarrassé de l’Alien, Ripley s’est couché dans son caisson d’hibernation et s’est endormi d’un long sommeil réparateur. Plus d’un demi-siècle plus tard, la navette de secours est retrouvée errant dans l’espace et elle est ramenée sur une base spatiale. Après une longue enquête, durant laquelle elle apprend qu’Acheron, la planète des aliens, a été colonisée, on la suspend de son commandement, et elle passe son temps à errer dans le couloir alors que ses nuits sont hantées d’affreux cauchemars.
La Compagnie la contacte alors, par l’intermédiaire de Carter Burke, pour lui proposer de se joindre à une expédition de secours sur la planète en terra formation, Acheron, dont on n’a plus aucune nouvelle. Désirant exorciser les angoisses qui l’habitent, elle accepte la mission. Elle se retrouve donc embarquée dans un vaisseau militaire en compagnie d’une escouade de Space Marines, d’un androïde et du représentant de la Compagnie.
Arrivé sur les lieux, la petite troupe trouve la base désertée – hormis Rebecca, une petite fille apeurée - et en bien mauvais état. Leur scanner détecte cependant des signaux de présence humaine dans les sous-sols. La reconnaissance des profondeurs va tourner au massacre lorsque les militaires en exploration sont attaqués par des dizaines de créatures. Les survivants n’ont que le choix de se réfugier dans les quartiers d’habitation, surtout que la navette de transfert de leur vaisseau a été détruite par les aliens.
Mais les créatures ont suivi leur proie et se lancent à l’assaut des maigres défenses construites par les Marines. Bientôt les seuls survivants, Ripley, l’enfant (qui est en fait une projection du souvenir de sa fille, disparue il y a longtemps), et le caporal Hicks fuient pour essayer de rejoindre une nouvelle navette que l’androïde Bishop à réussit a manœuvrer à distance.
Cependant, dans leur fuite, l’enfant glisse, tombe dans les sous sols et se retrouve capturée par les aliens. Laissant Hicks, blessé, en surface, Ripley descend au secours de la petite fille dans tanière des monstres. On assiste alors à une véritable descente aux enfers par cet ascenseur et cet escalier vertigineux - sensation infernale appuyée par des effets descriptifs (chaleur, flammes, parois chitineuses) – comme si Ripley, la mère de famille indigne, allait récupérer sa véritable fille décédée. Arrivée dans l’antre des aliens, elle parvient à arracher l’enfant des griffes de la Reine, dont elle détruit en partie les œufs. Poursuivis par la Reine, les fuyards parviennent ensuite à atteindre la navette et à quitter le sol de la planète.
Après avoir regagné le vaisseau, les survivants s’aperçoivent avec horreur que la Reine les a suivi en s’accrochant à la navette. S’en suit un combat onirique entre la Reine et Ripley, qui a revêtu une sorte d’armure exosquelette. Finalement, l’affrontement prend fin lorsque Ripley parvient à expulser la créature du vaisseau.
Avec le phénoménal succès d’Alien, le 8ième passager, il était inconcevable qu’il ne soit pas mis en chantier une suite. Si l’actrice principale, Sigourney Weaver, rempile dans peau de Ripley, le réalisateur Ridley Scott et le scénariste Dan o’Bannon sont écartés du projet au profit de James Cameron et Gale Ann Hurd, Walter Hill restant le seul de l’ancienne équipe. Ce qui, bien évidemment, va orienter la séquelle dans une voix bien différente que celle empruntée par son aîné.
James Cameron a déjà prouvé sa valeur de réalisateur de films de genre avec son premier film, Piranha 2, mais surtout avec Terminator, un film d’action matiné de SF, très violent, mais surtout très bien maîtrisé. En choisissant un réalisateur de ce type de film, la New Line annonce la couleur : ça va remuer sévère !
Mais qui dit film d’action ne dit pas forcément film stupide, et finalement Aliens, le retour, est un produit certes moins bien léché que le chef d’œuvre de Ridley Scott, mais il n’en reste pas moins très intéressant.
Dans le premier volet, Ridley Scott a avait opté pour un huit clos, dans l’espace confiné et obscur du Nostromo. Cette fois-ci, la plupart des évènements se passent dans la colonie, mais la notion de claustrophobie n’en est pas pour autant diminuée, la planète elle-même se transformant en un piège mortel à partir du moment où la navette est détruite. La quantification temporelle, cette sensation d’urgence, représentée dans Alien par le minuteur d’autodestruction du Nostromo, est également renouvelée, avec la menace d’annihilation de la planète par la surchauffe des réacteurs de la centrale de terraformation. Au bout du compte, le climax est le même, seul change le traitement.
Le script s’appuie en fait sur une notion d’évolution empirique. Les créatures sont plus nombreuses et hiérarchisées, et James Cameron tient apparemment à donner une explication plausible à certains évènements survenus dans le premier volet. D’où la création de la Reine pour justifier la couveuse. Heureuse invention qui va permettre de mettre en scène ce violent rapport de force entre deux femmes défendant leur progéniture. Les aliens se voient donc alors organisés à la manière d’une ruche, les créatures les plus courantes étant les soldats, une version plus rapide et plus petite de l’alien de Ridley Scott.
Car face à la puissance de frappe des space marines, le danger ne peut venir que du nombre, de la rapidité et de la discrétion. Ce qui entraîne des séquences assez impressionnantes, comme lorsque des dizaine de ces créatures rampent sous le faux plafond pour pénétrer dans les quartiers d’habitation. Doté d’une intelligence collective primaire, les aliens se jettent ensuite sur les humains avec férocité, ignorant leur perte, au service de leur communauté. Ce que ne parvienne pas à réaliser les assiégés, que leur individualisme, leur cupidité et leur lâcheté mèneront à leur perte.
Du coté des personnages, Ripley, toujours interprété de manière très inspirée par Sigourney Weaver, prend de l’importance et devient le personnage principal du film. Ce qui en fait un métrage très féministe quand on se rend compte finalement que, après elle, l’autre personnage d’importance est en fait la Reine des aliens. Les hommes, quand à eux, sont réduits à de simples rôles de compagnon dévoué (Hicks), de lâche au service de la Compagnie (Burke), ou d’incapables (le lieutenant Gorman). De là à dire que James Cameron et Gale Ann Hurd pensent que ‘’la femme est l’avenir de l’homme’’, il n’y a qu’un pas, surtout qu’elle peut se faire désormais assister dans toutes ses taches par un serviteur docile ; l’androïde, qui cette fois-ci ne souffre pas de problèmes de disfonctionnement.
La Compagnie, de son coté, perd son coté obscure et manipulatrice. Elle est résumée à un consortium financier ultra puissant et elle est démystifié par la présence d’un de ses représentants – Paul Reiser, excellent - qui est une incarnation totale de ses préceptes : lâcheté, opportunisme, cupidité. Quand aux pauvres Space Marines, on dira qu’il ne sont là que pour amuser la galerie… galerie, qui hélas pour eux, a ce coup ci les dents bien longues.
Du coté technique, le film est un véritable régal. La photographie, élément essentiel dans ce genre de films, joue sur les clairs obscurs, les nuances de bleu nuit, pour ne laisser voir que le minimum des créatures. On se surprend à gesticuler dans son fauteuil, les sourcils froncés, afin d’essayer d’en voir plus. La réalisation n’est également pas en reste avec ses alternances de cadrages serrés et de regards hors champ très déstabilisants dans les scènes d’actions en intérieur, et ces magnifiques plans généraux lors des quelques scènes se passant hors de la colonie, le tout dans des décors magnifiques impressionnants de réalisme.
Réalisme est d’ailleurs le maître mot pour Cameron, tout doit avoir une sensation de vécu et de fonctionnalité, et il rejoint, en cela, les idées de Ridley Scott. Les tenues des Space Marines n’ont rien d’extravagants, leurs armes tirent de simples balles, le matériel militaire est sobre, propre mais usé, la base est une succession de couloirs reliant des modules que l’on devine ajoutés au fur et à mesure de l’agrandissement de la colonie, la centrale ressemble à une gigantesque chaufferie et même le laboratoire ou sont entreposés les aliens, comparable à une simple infirmerie, nous renvoie à notre siècle. Pour finir, précisons que les effets spéciaux sont en général très réussis, avec toujours ce souci de réalisme. Un bémol cependant, je dois admettre que l’apparence et les déplacements de la Reine ne m’ont pas convaincus. Cela est peut-être une question de goût, mais j’ai trouvé la créature très moche et mal animée.

La conclusion de à propos du Film : Aliens, le retour #2 [1986]

Nicolas L.
84

Evolution spectaculaire du précédent opus, Aliens, le retour, est un excellent film d’aventure doté de bonnes séquences de suspense. Oubliant le film d’horreur pur, John Cameron s’est concentré essentiellement sur une débauche de scènes d’actions réussies, appuyés par des effets spéciaux honorables, et l’intéressant personnage de Ripley. Ce dernier choix donnant une profondeur psychologique assez rare dans ce type de métrage. Excellent spectacle de divertissement, Aliens, le retour, marque également la mise en place d’une véritable mythologie établie autour des principaux protagonistes

Que faut-il en retenir ?

  • Une action bien menée
  • Des effets spéciaux réussis
  • Le lieutenant Ripley
  • Une évolution intéressante de la mythologie
  • Des décors superbes

Que faut-il oublier ?

  • Peu paraître trop ‘’bourrin’’ aux fans du premier volet
  • La Reine des aliens, franchement ratée

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