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Critique du film : Les Nuits de Dracula [1970], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 24 décembre 2009 à 14h10

Quand Vlad retrouve sa moustache

Figure incontournable du cinéma bis de ces quarante dernières années, Jesus Franco nous offrait en 1970 une adaptation de Dracula au script coécrit avec le talentueux Harry Alan Towers (alias Peter Welbeck). Dans ces années là, Jesus Franco était au faîte de son art et de sa réputation et Les nuits de Dracula marquera d’ailleurs le point de départ de sa lente agonie artistique, pour que son talent, finalement, aille se perdre dans les méandres pornos d’une compagnie moribonde (Eurociné). 1970 marquera aussi la trop rapide disparition de sa muse, la magnifique Soledad Miranda, tragiquement décédé d’un accident de la route. Un drame qui marquera profondément Jesus Franco (on a trop souvent tendance à sous-estimer les conséquences de cette perte sur la vie du cinéaste).

Le scénario des Nuits de Dracula colle assez bien au récit de Bram Stoker. On dénote juste quelques petites différences  sur les noms et les localités (essentiellement pour des raisons pratiques) et des raccourcis scénaristiques. Ainsi, le détail le plus surprenant est que la deuxième partie de l’histoire se déroule à Budapest et non pas à Londres, entrainant que le comportement de certains personnages apparaît parfois comme peu logique. Mais, dans l’ensemble, le script se tient, Jesus Franco ayant apparemment décidé d’appliquer sa patte de manière plus légère que dans ses films "d’art" comme Marquis de Sade: Justine et Eugénie, tous récemment sortis.

On reconnaît tout de même rapidement le style du réalisateur espagnol, à travers ses tics artistiques ;  des prises de vue qui mariant d’importants différentiels en valeurs de focale ; une orgie de zooms frôlant le ridicule s’achevant inévitablement en arrêt  sur image sur un gros plan de visage ; son goût pour la fantasmagorie quand il attribue aux fiancées de Dracula des propriétés diaphanes (une bonne idée, ceci dit)… Et on retrouve hélas aussi cette incapacité de l’auteur à mettre en place le moindre suspense, la moindre tension, et son attirance pour les bandes sonores hors-sujet (ici, il nous épargne toutefois ses horribles musiques jazzi). Bref, Les nuits de Dracula est une œuvre se situant en parfaite adéquation avec l’ensemble du travail de Jesus Franco, qui penche plus vers l’exploration sensuelle et la recherche DU plan que vers un rendu cinégénique global efficace.

Donc, par conséquent, Les nuits de Dracula n’est pas – et n’a jamais été – effrayant (et il est même parfois ridicule, cf. la chauve-souris en plastique), mais est-ce pour autant un mauvais film ? Non, certainement pas. Et cela pour deux raisons. La première est que l’érotisme gothique du roman de Bram Stoker se situe dans la même veine que la sensibilité du cinéaste, qui évolue entre celle du marquis de Sade et de J. Shéridan Le Fanu. Le résultat de la fusion entre les deux amène donc une séduisante œuvre étrange, à la poésie cotonneuse et à l’érotisme retenu (film tout public oblige) mais omniprésent.  Il est cependant dommage que Jesus Franco n’ait pas un peu plus développé les rapports entre les personnages (notamment entre Lucy et Dracula). La deuxième raison est la composition de son casting.

En tête d’affiche, on retrouve Christopher Lee dans le rôle du comte Dracula. Le dramaturge britannique quitte donc les studios de la Hammer pour retrouver Jesus Franco - qui l’avait déjà dirigé sur les deux volets des aventures de Fu-Manchu (The Blood of Fu Manchu et Le Chateau de Fu Manchu) - et son personnage fétiche à travers une interprétation moins monstrueuse. Le personnage du comte Dracula (moustachu, comme dans le roman) est ici à la fois moins froid et plus sauvage (sanguin ?) que dans les films de la Hammer (il continue ainsi le travail entamé par Terence Fisher avec un personnage s’éloignant du Nosferatu, ce mort-vivant privé d’émotion), parfaitement capable de sociabilisation et se posant là comme une sorte d’ébauche mal taillée (car le développement du personnage reste encore très superficiel) du futur Dracula de Francis Ford Coppola.

A ses cotés, des seconds rôles prestigieux. Klaus Kinski incarne l’un des meilleurs Rienfeld que je n’ai jamais vu, à la fois pathétique et inquiétant (pour l'anecdote, sachez que Klaus Kinsky ne savait pas qu'il tournait là une version de Dracula, le script lui ayant été remis avec un faux titre). Herbert Lom – comédien génial au talent versatile – interprète un professeur Van Helsing un peu atypique mais tout à fait convaincant. Dans les rôles secondaires, on a le plaisir de voir deux des meilleurs acteurs de l’écurie « Franco » : Paul Muller en docteur Seward et Jack Taylor en Quincey Morris. En fait, tous, sauf Fred Williams, un peu atone en Jonathan Harker amènent au métrage une élégance bienvenue. A noter que Jesus Franco, comme souvent, fait une apparition dans ce film et que, comme souvent, il incarne le parfait ahuri.

Pour finir, un mot sur les comédiennes. Soledad Miranda interprète ici, avec le personnage de Lucy, l’un des derniers rôles de sa vie. Absolument magnifique dans un rôle nettement moins déshabillé qu’à l’habitude, l’actrice doit pourtant partager son rayonnement avec Maria Rohm, une superbe autrichienne, à la grâce naturelle, qui se retirera très tôt des écrans pour embrasser, en compagnie de son marie Harry Alan Towers, la carrière de productrice. Les scènes d’intimité entre les deux comédiennes figurent d’ailleurs parmi les plus élégantes du film et il est vraiment dommage que Jesus Franco ait fait l’impasse sur l’exploration psychologique de l’œuvre de Bram Stoker.

La conclusion de à propos du Film : Les Nuits de Dracula [1970]

Nicolas L.
55

Les nuits de Dracula est l’un des films les plus ambitieux de Jesus Franco, et il est également celui qui démontre les limites du cinéaste. Trop attiré par le plaisir instantané de l’art, il en oublie souvent d’appréhender l’œuvre dans son ensemble. Ainsi, si le film reste intéressant et dégage souvent une agréable poésie, il est aussi bourré de défauts, de coquetteries artistiques finalement ridicules et souffre d’un manque de développement dans les rapports entre les personnages, aux profils psychologiques à peine esquissés. A voir, cependant.

Que faut-il en retenir ?

  • Quelques très jolis plans
  • Un casting très séduisant
  • Une ambiance poétique parfois envoutante

Que faut-il oublier ?

  • Manque de développement des personnages
  • Une réalisation approximative
  • Un maniérisme parfois ridicule
  • Une bande sonore inadéquate

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