Le Lien : quand la nature reprend ses droits… et que la beauté devient sauvage
Un récit de fantasy superbe et accessible
Et si la nature n'était plus notre refuge, mais notre pire menace ? Avec Le Lien, one-shot publié chez Le Lombard, Denis-Pierre Filippi et Gaspard Yvan nous invitent dans un monde où les forêts ont dévoré une grande partie des territoires humains. Dans cet univers aussi fascinant qu'inquiétant, la survie s'organise derrière des frontières protectrices. Mais certains êtres semblent entretenir avec le monde végétal une relation bien particulière…
Au cœur de cette aventure, on découvre Molly et Alban, deux jeunes personnages dont le lien dépasse rapidement la simple camaraderie. Et c'est sans doute l'une des plus belles réussites de l'album : leur relation repose sur une confiance réciproque, une écoute et une véritable solidarité. Pas de rivalité artificielle, de romance forcée ou de jeux de manipulation pour faire avancer le récit. Ils se soutiennent, apprennent l'un de l'autre et affrontent ensemble les épreuves. Une complicité saine et touchante, qui apporte beaucoup de chaleur à une aventure pourtant traversée par le danger.
Mais le véritable personnage de cette histoire, c'est peut-être la nature elle-même. Ici, elle n'est ni décorative ni simplement merveilleuse : elle est devenue une force indomptable, hostile, qui menace l'existence humaine. La connexion ancestrale au vivant, autrefois source d'harmonie, prend alors des allures de malédiction. Le royaume traque sans relâche toute personne ayant un lien avec la nature de peur que ce lien n'aide la végétation à se propager plus vite et à détruire le territoire devenu restreint de l'humanité.
Le récit joue habilement sur cette ambivalence : comment aimer et comprendre un monde qui semble vouloir notre disparition ? Une réflexion particulièrement intéressante sur notre rapport à l'environnement, sans jamais sacrifier le souffle de l'aventure.
Et quelle aventure visuelle ! Au dessin comme à la couleur, Gaspard Yvan livre un travail remarquable. Son trait est d'une grande finesse, les personnages sont expressifs et les décors sont sublimes. Les paysages végétaux impressionnent autant qu'ils inquiètent. La palette de couleurs est absolument superbe : lumineuse, nuancée, parfois presque féerique, elle donne à chaque environnement une identité propre. Les contrastes entre les espaces humains et cette nature envahissante renforcent encore l'immersion. On prend le temps de s'arrêter sur certaines planches, simplement pour le plaisir de les contempler.
Au scénario, Denis-Pierre Filippi construit un univers de fantasy généreux, peuplé de mystères, de personnages attachants et de détestables, qui donne envie de poursuivre le voyage. Le duo fonctionne à merveille : le récit et l'image se répondent pour donner vie à un monde cohérent, riche et immédiatement évocateur.
Et puisque le plaisir commence avant même la première page, impossible de ne pas souligner la qualité de l'objet livre. Le grand format met parfaitement en valeur les illustrations et la couverture bénéficie d'un élégant vernis sélectif doré. Un raffinement discret, qui accroche la lumière et donne à l'album une allure de bel objet que l'on a autant envie de feuilleter que d'exposer dans sa bibliothèque.
Le Lien est une très belle découverte, à la croisée du récit initiatique, de la fantasy et du conte écologique. Une aventure portée par des personnages bien écrits, un univers cohérent et une réalisation graphique splendide. Une BD qui rappelle que la nature peut être merveilleuse mais qu'elle mérite le respect.
À découvrir dès 12 ans, et bien au-delà !
Publié le vendredi 6 novembre 2026 à 08h00