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Critique du film : Night watch [2005], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mercredi 15 mars 2006 à 04h37

Quand l’Elu carbure à la vodka

Night Watch débute sous une atmosphère épique qui nous ramène aux moments forts du Seigneur des Anneaux. Deux armées, celle du Bien (la Lumière) et celle du Mal (l’Obscurité) qui se font face, se défient, puis s’affrontent violemment. Tout y est, les gros plans sur des visages décidés, qu’ils soient vils ou nobles, les armures rutilantes, brillant de mille feux, mais couvertes de sang, et la présence de gore. On remarque cependant que la réalisation est nettement plus clippée que celle de Peter Jackson et que la caméra erre au hasard au milieu du champ de bataille (un pont vachement large) au lieu de s’attarder sur les deux chefs de guerre qui se défient du regard (un qui rit, l’autre qui pleure..).
Les forces étant équivalentes, le combat ne donne rien à part une inutile (mais graphiquement intéressante) boucherie. Les deux commandants de ces armées composées de surhommes (les Autres) décident alors d’un commun accord de faire une trêve illimitée, laissant à l’humanité le libre-arbitre sur leur philosophie de vie. Ils créent néanmoins deux petites forces de police destinée à se surveiller mutuellement ; les Night Watch et les Day Watch.
Cette introduction assez enlevée terminée, nous sommes projetés instantanément à notre époque. On apprend également - par l’intermédiaire d’une voie off très présente - que les deux forces manichéennes qui régissent notre monde ne craignent qu’une seule chose ; que l’un des leurs, un Autre, ne change un jour de camp et ne fasse basculer l’équilibre durement trouvé et scelle par conséquent la destinée de la race humaine.
A partir de ce moment, le réalisateur Timur Bekmambetov se lance avec fougue dans une narration généreuse mais hélas bien trop brouillonne. Le récit foisonnant de ‘’références’’, il veut à n’importe quel prix nous les imposer en vrac, enchaînant sans véritable lien des séquences à l’intérêt secondaire et d’autres indispensable à la compréhension, le tout servi par un montage bordélique. Ce melting-pot qui marie avec hardiesse mais sans aucune organisation des concepts tirés de Matrix – la notion d’Elu et la technique aujourd’hui chiante du Bullet Time -, de Underworld – la guerre des clans, avec même la présence de vampires – de Star Wars – et son manichéisme primaire – et même Highlander – avec cette théorie de champions éternels qui s’entretuent -, devient par excès fortement indigeste.
Au niveau de la mise en scène, on remarque toutefois que Timur Bekmambetov est parfois assez inspiré, comme lors du combat entre ce Néo popof amateur de vodka ( !) et deux vampires qui jouent de l’ombre et de la lumière, le tout dans des élans de gore artistiquement rendus. Seulement, il faut admettre que mise en scène et réalisation sont deux choses bien différentes, et que dans le deuxième secteur, le cinéaste russe a visé bien trop haut, et il s’est égaré dans les méandres de son ambition hollywoodienne. Il a un mal fou à gérer le traitement simultané de ces trois histoires parallèles qui se regroupent à la fin dans une véritable bouillie au montage chaotique et aux révélations finalement assez banales (l’une est franchement ridicule).
Il se lance également dans des voies qu’il abandonne rapidement, faute de temps ou par manque de rigueur narrative. Peu importe la raison, le spectateur reste sur sa faim en attendant en vain des développements concernant les personnages de l’Ours et de la Tigresse, ou de la vampire chanteuse Elisa, par exemple. Au lieu de cela, il nous montre un boulon qui tombe du ciel et qui finit dans la tasse de café d’un des héros. Même si la symbolique est sympathique, cette scène de transition ne fait qu’ajouter à la confusion. Une simple ellipse aurait simplifié bien des choses.
Cependant, tout n’est pas sombre – façon de parler - dans le cinéma de Timur Bekmambetov. J’ai beaucoup apprécié ce rendu de la ville de Moscou, bien glauque et presque underground. Une photographie bien sale ajoute à l’atmosphère décadente et pervertie de la grande et majestueuse cité russe. Les effets spéciaux sont également excellents, qu’ils soient de maquillages ou en images numériques. Il est seulement dommage que ces efforts soient parfois plombés par une réalisation plus proche du video-clip hystérique que du cinéma d’horreur.
Par contre, je n’ai rien à reprocher aux performances des comédiens, qui font tous preuve d’un véritable métier, ce cela fait vraiment fait plaisir à voir. On est très loin des sempiternels films d’horreur à dix balles à base de bimbos écervelées et jeunes éphèbes lobotomisés. La bonne tenue de ces acteurs, et leur air de monsieur tout le monde, donne d’ailleurs au film un air de réalisme qui colle parfaitement à l’ambiance de drame domestique (si, si) qui flotte dans l’air, même si parfois Timur Bekmambetov pête soudainement les plombs avec des séquences puant le film de super héros ringard - comme avec les cascades en camion ; de l’humour russe probablement..

La conclusion de à propos du Film : Night watch [2005]

Nicolas L.
50

Night Watch est l’adaptation du premier volet d’un triptyque littéraire destiné à devenir une trilogie cinématographique. Une œuvre ambitieuse. Et Timur Bekmambetov s’y noie un peu. En voulant mettre en valeur tous les aspects du livre en moins deux heures, il ne parvient finalement qu’à construire une œuvre confuse au montage bordélique et à la réalisation trop clippesque. Il sauve la mise grâce à une bonne conception de la mise en scène, des prestations vraiment intéressantes de ses comédiens, une photographie soignée et de bons effets spéciaux. Avec ces atouts, si Timur Bekmambetov y voit un peu plus l’air dans ses idées, il se pourrait que son deuxième film soit bien meilleur. Wait and see…

Que faut-il en retenir ?

  • Photographie soignée
  • Quelques bonnes séquences
  • Bons effets spéciaux
  • Interprétation de qualité

Que faut-il oublier ?

  • Scénario confus
  • Réalisation clippesque malvenue
  • Montage bordélique

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