Critique Supergirl [2026]

Avis critique rédigé par Bastien L. le lundi 6 juillet 2026 à 09h00

Kara contre les Brigands

Le DC Universe prend le temps de planter ses bases au cinéma en nous proposant Supergirl un an après son Superman. Une proposition intéressante qui peine néanmoins à convaincre.

Pour rappel, Peter Safran et surtout James Gunn (ici producteurs) ont repris en main les adaptations au cinéma et à la télévision des personnages de DC Comics en créant un nouvel univers partagé après l'échec du DC Extended Universe. C'est néanmoins sur ses derniers feux que le projet Supergirl est né alors que l'héroïne avait déjà eu le droit à une adaptation sur grand écran (Supergirl de Jeannot Szwarc, 1984) puis en série TV (Supergirl 2015-2021) pour citer les deux plus connues. Le personnage était aussi au cœur de Flash bénéficiant d'une charismatique incarnation par Sasha Calle poussant même Warner (détentrice de DC Comics) à explorer un spin-off confié à la scénariste Ana Nogueria dont la proposition fut jugée très satisfaisante mais finalement annulée. Elle resta néanmoins à son poste alors que James Gunn annonça une toute nouvelle direction pour le personnage en se basant principalement sur la mini-série Supergirl : Woman of Tomorrow (2022). Sasha Calle se retrouve ainsi sur la touche remplacée par l'actrice australienne Milly Alcock tandis que le film est confié au réalisateur australo-américain Craig Gillespie ayant réalisé deux films mettant en scène des personnages féminins assez dérangés : Moi, Tonya (2017) et Cruella (2021). Le tournage se fit en 2025 entre l'Angleterre, l'Ecosse et l'Islande avant une longue post-production où il semble qu'il y est pas mal de divergences entre Gillespie, Gunn et évidemment le studio après des tests peu concluants. Le film sort sur les écrans au début de l'été 2026 doté d'un budget estimé entre 175 et 200 millions de dollars. Pour un accueil critique mitigé et un démarrage très poussif au box-office en dessous de la barre des 100 millions au moment où sont écrites ces lignes.

Le film se déroule sur différentes planètes car Kara Zor-El / Supergirl (Milly Alcock) célèbre son anniversaire dans des systèmes au soleil rouge lui permettant de pouvoir ressentir les effets de l'alcool contrairement aux soleils jaunes qui lui donnent ses pouvoirs et son invincibilité. Elle voyage avec son chien Krypto et son vaisseau jusqu'au jour elle tombe sur Ruthye Marye Knoll (Eve Ridley) dont la famille vient d'être assassinée par Krem des Collines d'Ocre (Matthias Schoenaerts) à la tête des Brigands qui pillent, volent et kidnappent impunément. Ils s'en prennent même au vaisseau de Kara tout en empoisonnant son chien à qui il ne reste que trois jours à vive. Sauf si Kara poursuit Krem et lui dérobe son antidote tandis que Ruthye ne souhaite qu'une chose : venger sa famille par le sang. Commence un voyage compliqué pour les deux héroïnes qui vont affronter de nombreux dangers, recevoir l'aide du plus étrange allié tout en devant apprendre à se connaître. Et surtout faire face à leurs traumatismes notamment Kara dont les beuveries et fêtes incessantes ne sont que des fuites en avant qui l'éloigne de plus en plus de la Terre et de son cousin Superman (David Corenswet).

Ce qu'il faut comprendre en premier lieu avec Supergirl c'est qu'il n'est pas qu'un film de super-héros mais surtout un space-opera nous entraînant de planète en planète avec beaucoup d'action, des aliens très différents et surtout des méchants façons pirates/vikings de l'espace. Un véritable road-trip intergalactique à la poursuite des BrigandsKara va devoir retrouver sa boussole morale tandis que sa coéquipière va découvrir un monde plus vaste et bien plus dangereux. Et dans ce récit, s'imbrique aussi les origines du personnages de Kara qui a survécu à Krypton et a grandi parmi les derniers de ses semblables sans avoir réellement accepté cette perte et son nouveau statut de Terrienne. Deux orphelines contre la galaxie dans un récit qui veut jouer sur la rupture de ton sans jamais réellement y parvenir. Encore un blockbuster hollywoodien qui peine à assumer ses intentions avec une héroïne de base désinvolte et cynique dans un ambiance punk avant que tout cela ne soit atténuer par des séquences d'émotions qui sont franchement peu convaincantes. On plonge dans les thématiques éculées de l'ouverture aux autres, de la bienveillance et des responsabilités qui sont liées à de grands pouvoirs... Vu et revu. Heureusement qu'un événement à la fin offre un petit peu plus de saveur au scénario et à une héroïne assez attachante dans l'ensemble.

Le scénario très classique va beaucoup jouer sur les pouvoirs de Supergirl en trouvant toujours un moyen de la mettre sur la touche ou de diminuer ses capacités. Pour finalement lâcher les chevaux par moments. Cela offre un bon rythme générant une attente souvent récompensée par des scènes d'action très plaisantes. Elles ne vont rien réinventer mais elles offrent ce qu'on attend d'un bon blockbuster estival. On retiendra surtout celle mettant en scène des téléporteurs qui est assez originale. Des scènes d'action généreuses qui offrent plusieurs face à face entre Supergirl et les Brigands tout en faisant intervenir le deus ex machina du métrage : Lobo (Jason Momoa). Un personnage charismatique de l'écurie DC qui remplit correctement son rôle donnant envie d'en voir plus du personnage surtout avec un ton mature assumé. Pour Supergirl, on sent la volonté d'offrir un spectacle au ton parfois plus sombre mais sans pour autant l'assumer pleinement d'où une certaine frustration quand bien même l'héroïne morfle durant pas mal de scènes... Le film offre aussi un peu d'humour mais il s'avère assez poussif donc oubliable. Un mot sur les musiques qui sont assez efficaces sont pour tant être réellement mémorables.

Ce qui m'a le plus intéressé dans ce film c'est évidemment son aspect space-opera. Le fan de Star Wars que je suis ne se refait pas... L'approche choisie dans la direction artistique s'apparente beaucoup aux années 80 et 90 notamment dans une sorte de rétrofuturisme dans les appareils utilisés par Kara. Mais aussi dans l'apparence des aliens comme des Brigands qui tiennent plus de méchants de Mad Max ou de beat'em all de la génération 16-bits. Le cuir et les piercings sont donc à la fête. On apprécie aussi de découvrir tout une belle galerie d'aliens à l'aspect tantôt inquiétant, tantôt rigolo donnant un certain charme au métrage. Les amoureux de science-fiction façon série B sont donc servis jusqu'au décors qui nous présentent différentes planètes qui sont assez pauvres ou désespérées comme des vaisseaux plus ou moins gros. Des décors qui dans l'ensemble ne seront pas des plus mémorables mais qui collent bien à l'idée d'une héroïne fatiguée et assez cabossée. Bref, une direction artistique qui n'est clairement pas là pour flatter l'oeil mais qui dispose néanmoins d'un certain cachet et d'une bonne cohérence. En cela fonctionne aussi grâce à la qualité des effets spéciaux tant pratique que ceux faits en images de synthèse. Notamment pour donner vie aux scènes d'action acrobatiques avec divers pouvoirs de Supergirl sans oublier encore une fois la bataille à base de téléporteurs. Du très solide.

C'est le premier film de Craig Gillespie que je vois et je ne pense pas que cela soit celui qui lui rende le plus hommage. La réalisation est classique au possible offrant certes un bon niveau par un habitué des plateaux de cinéma mais on a du mal à sentir sa patte ou son style pendant les 1h50 du film. On connaît son goût pour les héroïnes en décalage avec le monde tentant tant bien que mal de cacher leurs traumas à travers une approche qu'il souhaitait punk et assez clipesque dans le montage même si cela s'atténue au fur et à mesure du métrage qui devient plus classique jusque dans sa mise en scène comme pour montrer un personnage qui s'assagit face à ses nouvelles responsabilités. Ce qui entraîne la perte d'un certain dynamisme avec une approche plus classique, fonctionnelle. Néanmoins on le sent capable de porter une telle production en termes d'action, d'émotions ou pour faire vivre ses personnages. L’œuvre d'un yes man plus que celle d'un cinéaste au final. Devant sa caméra, la sublime Milly Alcock (House of the Dragon, Sirens...) démontre une nouvelle fois son jeune talent afin de représenter les différents états d'esprit de son personnage comme son évolution tout en donnant de sa personne physiquement quand Kara souffre. A ses côtés, la jeune Eve Ridley incarne avec efficacité le rôle trop classique de la jeune sidecick déterminée et sarcastique, pénible mais attachante RuthyeJason Momoa (Le Trône de Fer, Aquaman...) fait du Jason Momoa en Lobo et cela fonctionne très bien tandis que  Matthias Schoenaerts (De rouille et d'os, Red Sparrow...) rejoint la longue liste des acteurs européens venus cabotiner en méchant à Hollywood. On ne sait pas trop ce qu'il a voulu faire avec son Krem tueur implacable, vorace et un peu bouffon... Quand bien même le rôle semblait mince.

On vous le conseille si vous aimez Superman (2025), Les Gardiens de la Galaxie, Birds of Prey....

La conclusion de à propos du Film : Supergirl [2026]

Auteur Bastien L.
68

Je peux comprendre que Supergirl tienne pour beaucoup d'une déception à cause de son scénario classique jouant trop souvent sur l'émotion à défaut d'un ton plus libre, plus décalé et donc plus appréciable. Un entre-deux mal maîtrisé qui se sent dans la mise en scène trop sage et le sentiment qu'on a vu un blockbuster estival très lambda. Néanmoins si vous aimez le space-opera à l'ancienne vous allez pouvoir vous régaler avec une direction artistique très plaisante et un rythme soutenu sur différentes planètes offrant de bonnes scènes d'action. On retiendra aussi la prestation de Milly Alcock qu'on espère revoir sur d'autres projets avec ce personnage.

On a aimé

  • Un space-opera à la direction artistique soignée
  • Les scènes d'action
  • Milly Alcock en Supergirl

On a moins bien aimé

  • Un scénario oubliable
  • La mise en scène trop classique
  • Cela manque vraiment de caractère

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