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Critique du film : Kick-Ass [2010], par Vincent L.

Avis critique rédigé par Vincent L. le mercredi 5 mai 2010 à 12h05

Un film plus étonnant qu'il n'en à l'air...

Passé Mystery men - très réussi au demeurant, mais bide commercial à sa sortie en salle - et Incassable, les films exploitant la thématique du super-héros ordinaire ont eu une facheuse tendance à ne pas du tout exister au cours de la dernière décénnie, période pourtant cinématographiquement marquée par la recrudescence des adaptations de comics. Il suffit, ainsi, de prendre l'exemple de Watchmen, pourtant quintessence de l'oeuvre mettant en scène des super-héros ordinaires, pour se rendre compte que son adaptation cinématographique les a malgré tout placé un cran au dessus de la normale humaine (voir les scènes de combats où ils défoncent des murs de bétons à main nue). C'est pourquoi l'apparition de Kick Ass dans les salles obscures a immédiatement fait l'effet d'un bol d'air frais, se plaçant instantanément comme une sympathique alternative à cette déferlante de productions tendant à reprendre sans cesse les mêmes ficelles scénaristiques, et ce quel que soit le super-héros concerné.

Adaptation d'un comics au scénario signé Mark Millar, Kick Ass s'appuie sur une thématique déjà présente dans d'autres oeuvres de l'auteur, à savoir une confrontation du monde des super-héros à notre réalité quotidienne. Ainsi, tout comme le héros de Wanted était un comptable tout à fait ordinaire qui allait finir par et se mêler à des super-tueurs à gages, le héros de Kick Ass est un adolescent comme les autres qui va finir par se retrouver mêlé à un conflit opposant de vrais super-héros à des super-vilans bien décidés à ne pas rigoler. Cependant, là où Timur Bekmambetov avait pris parti de ne pas traiter de ce glissement dans l'adaptation cinématographique de Wanted - livrant de fait un fillm bête et méchant - Matthew Vaughn a bien pris soin de garder cette idée au coeur de son long-métrage, Kick Ass racontant l'histoire d'un adolescent voulant changer le monde, avant finalement de vouloir faire marche arrière et reprendre sa vie en prenant conscience de toutes les conséquences que ses choix impliquent.

C'est cette idée de normalité qui fait ainsi la force de Kick Ass, en ce que ce personnage d'adolescent reste crédible dans ses actes - accomplis ou manqués - pendant la majeure partie du long-métrage. Si l'on excepte sa tendance jusqu'auboutiste - nécessaire pour faire fonctionner les ficelles comiques du film - on peut aisément s'identifier à lui, rendant de fait les tenants et aboutissants du scénario du film nettement plus intéressants pour le spectateur. En effet, Kick Ass n'est pas un Mystery men-like se passant dans un univers totalement déconnecté de la réalité, c'est un film se passant dans notre monde, l'aspect violent de quotidien n'y étant jamais passé sous silence ; malgré une étonnante absence d'interdiction de la part des censeurs, Kick Ass est un long-métrage réellement violent, tant graphiquement que moralement, et ce à l'image de cette première intervention de Kick Ass - surprenante ! - où en lieu et place d'un traditionnel sauvetage, ce dernier se fait poignarder et finit aux urgences.

Le cross-over comédie/film de super-héros classique fonctionne donc étonnament bien, Matthew Vaughn trouvant dans sa narration le juste milieu entre les deux. Sa force est ainsi de ne pas se reposer uniquement sur le pitch de son film, mais au contraire de faire se confronter plusieurs styles humoristiques très différents : du potache - le personage de Dave/Kick Ass et son entourage direct - de l'humour noir  - Franck D'Amico et son microcosme de gangsters - et le décalage des relations père/fille de Big Daddy et Hit Girl. Chacun possède ainsi ses spécificités propres, mais tous ne fonctionnent finalement qu'en raison de leur lien à cette réalité qui est également celle du spectateur. Scénaristiquement, cela est également bien exploité, l'histoire n'avançant presque jamais autour des actions de son héros, mais se servant des passage mettant en scène les autres personnages pour se construire petit à petit et, au final, amener le film bien plus loin que ce que son sujet de départ laissait entendre.

Derrière la caméra, Matthew Vaughn offre à son scénario le rythme nécessaire pour lui permettre de pouvoir correctement poser ses bases, ses enjeux, et ne pas bacler sa conclusions ou ses péripéties. Avec près de cent vingt minutes, le film dépasse les durées traditionnelles des comédies, et aurait pu souffrir d'un véritable essouflement en fin de parcours ; même s'il est vrai que Kick Ass aurait eu un meilleur rythme en voyant sa durée raccourcie d'un quinzaine de minutes, cela se serait nécessairement fait au détriment de l'histoire et de la narration. Néanmois, si la mise en scène de Vaughn s'avère très efficace, elle est également caractéristique d'un vrai problème de créativité ; ainsi, absolument rien ne transpire d'une quelconque originalité créative dans son travail, celui ce contentant de piocher à droite et à gauche ce qui a fonctionné dans d'autres films du même genre - ce qu'il avait déjà fait avec Layer Cake et Stardust - pour livrer un produit fini appliqué, mais à la réalisation convenue.

Devant la caméra, les choses fonctionnent au moins aussi bien. Avec son casting presque composé d'illustres inconnus - à l'exception de Nicolas Cage, ce qui, vu sa filmographie, n'est pas une assurance de qualité - Kick Ass ne possédait pas de gros potentiel bankable. La surprise n'en est que meilleure en ce que chaque acteur colle parfaitement au rôle. Ainsi, Aaron Johnson ou Christopher Mintz-Plasse tiennent parfaitement leurs personnages, tout en ayant l'âge idéal pour les interpréter ; loin de cette mode tendant à prendre des acteurs de vingt-cinq ans pour interpréter des lycéens, Matthew Vaughn a choisi des acteurs physiquement crédibles (comme adolescent, pas comme super-héros). Les méchants, quant à eux, ont également la tête de l'emploi, se trouvant à la limite d'une caricature que l'on devine volontaire (le jeu monolithique de Mark Strong est notamment utilisé à merveille) et Nicolas Cage et Chloe Moretz possèdent la complicité et la sobriété nécessaire pour faire vivre leur relation père/fille.

Bref, jusqu'ici tout semble fonctionner parfaitement, sauf que Matthew Vaughn semble être totalement passé à côté de son film. Ainsi, s'il a clairement saisi tout le potentiel fun du matériau de base, il est dommage qu'il n'ait pas appuyé plus que ça sur les éléments plus dérangeants et plus profonds du comics de Mark Millar. Kick Ass traite le tout avec une certaine superficialité, alors même que le propos du film s'appuie sur une morale très discutable. Le fait que le personnage de Hit Girl soit une petite fille de onze ans n'est, semble t-il, pas gratuit  : s'il avait été interprété par une comédienne de dix-huit ans, le film aurait pu être totalement identique. Totalement instrumentalisée par son père, Hit Girl sert ainsi de parabole à une certaine apologie de l'auto-justice, le propos se retrouvant appuyé par le fait qu'au final, Kick Ass renonce à son statut de super-héros pour également devenir un justicier. Le problème se situe dans le fait que tout cela est traité avec tellement de superficialité par Matthew Vaughn que cela aurait tendance à en rendre le film presque malsaint.

De plus, toutes les thématiques intéressantes qui amènent à des pistes de réflexions sont immédiatement expédiées, comme si elles génaient la mise en place du spectacle décérébré qui était souhaité. On esquisse ainsi, mais sans jamais s'appuyer dessus, la relation entre Big Daddy et Hit Girl qui porte tous les stigmates de la maltraitance (notamment dans leur scène d'exposition), le fait que les vrais super-héros ne défendent pas les faibles mais utilisent leurs talents pour servir leur propre intérêt (les faibles n'ayant finalement pour eux que ce tocard de Kick Ass), le statut d'enfant de Hit Girl constamment passé sous silence dans les actions des divers protagonistes (voir le combat final avec D'Amico), l'image de la police caractérisée par la corruption du détective Gigante et l'inaction du personnage de Marcus (qui, implicitement, autorise et même favorise tous les délires d'auto-justice du personnage de Nicolas Cage) ou tout le travail autour de la figure paternelle et du fait que le meilleur des trois pères soit finalement le méchant de l'histoire.

La conclusion de à propos du Film : Kick-Ass [2010]

Vincent L.
75

Fun, rythmé et surprenant à plus d'un titre, Kick Ass est loin d'être cette comédie potache gentillette que l'on pouvait attendre à la vision de la bande-annonce. Au contraire le film s'avère certes très drôle, mais également particulièrement violent et possédant une morale douteuse ouvrant sur des pistes de réflexions intéressantes. Il est simplement dommage que Matthew Vaughn n'ait traité son film que de manière superficielle, passant sous un silence pas nécessairement bienvenue certains aspects de son histoire qu'il aura jugé encombrants.

Que faut-il en retenir ?

  • Réalisation sans génie, mais appliquée,
  • Scénario bien construit,
  • Très drôle et très fun,
  • Casting de qualité,
  • Aspect violent existant, mais pas complaisant.

Que faut-il oublier ?

  • Une morale douteuse,
  • Des thématiques toutes sous-traitées,
  • Quelques longueurs.

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