Critique Le Daim [2019]
Avis critique rédigé par Bastien L. le mercredi 28 janvier 2026 à 09h00
Le style de malade !
Peut-on être un cinéaste prolifique et réussir à enchaîner les œuvres de qualité ? C'est un peu la question qu'on peut se poser avec Quentin Dupieux.
C'est peu dire que Quentin Dupieux enchaîne les films puisque lors de la sortie du Daim en 2019, c'est déjà son septième film depuis la sortie de Steak en 2007 pour autant de courts-métrages sur la même période. Le Daim marque aussi un accélération de son rythme de travail puisque entre 2018 et 2026, il réalise au moins un (voire deux) film par an. De plus, le cinéaste français est vraiment ce qu'on peut appeler un auteur car, comme sur Le Daim, il est généralement scénariste, directeur de la photographie et monteur de ses films. Il en est devenu une voix assez à part dans le cinéma français avec un univers décalé peu intéressé par le grand public qui petit à petit attire de plus en plus de grands noms tels que Jean Dujardin sur Le Daim. Dupieux embarque donc cette pointure fabriquer un petit film assez barré sur un homme sombrant dans la folie après sa rencontre avec une veste en daim dans un coin reculé des Pyrénées. Tourné sur place en 2018, le film sort l'année suivante obtenant un acceuil critique assez positif quoique mitigé pour un succès très relatif en salles avec plus de 200 000 entrées.

Le Daim raconte l'histoire de Georges (Jean Dujardin), un quarantenaire qui décide de plaquer travail, femme et enfant pour s'isoler. En chemin il achète pour 7 500 euros une veste en daim à franges, dont il tombe complètement amoureux, à un particulier (Albert Delpy) qui lui fait cadeau d'une caméra numérique par la même occasion. Georges s'installe dans un hôtel d'un village reculé des Pyrénées où il va découvrir que sa femme a bloqué l'accès à leur compte commun. Il fait néanmoins la rencontre de la serveuse Denise (Adèle Haenel) dans le bar du coin où il s'invente une vie de cinéaste puisqu'il ne cesse de manipuler sa nouvelle caméra. Il explique être venu tourner un film mais qu'il est momentanément désargenté. Denise lui apprend qu'elle est une monteuse amateur et Georges décide de l'engager et de lui confier ce qu'il a filmé. En parallèle, il semble de plus en plus sombrer dans la folie au contact de la veste avec qui il entretient une relation très possessive trouvant notamment inadmissible que d'autres personnes osent porter une veste ou un blouson...
Le Daim peut être vu comme un petit film déjà par sa longueur d'à peine 75 minutes mais aussi parce que l'on sent une production assez modeste et avant tout la volonté de concrétiser une idée un peu barré. Le scénario est ainsi assez linéaire et plonge lentement dans la folie du personnage de Georges qui va devenir de plus en plus violent. Malgré ce rythme volontairement lent, le film se suit assez plaisamment grâce à son originalité et car on ne sait jamais à quoi s'attendre. Il faut néanmoins avouer qu'il aura du mal à faire date tant il n'arrive jamais à nous embarquer pleinement avec une fin un peu facile... Même si Quentin Dupieux se moque assez efficacement de la sur-interprétation critique dans une scène du film, on sent qu'il souhaite autant filmer la folie glaçante tout en faisant le portrait de deux âmes isolées. Que cela soit Georges qui semble dégoûté de sa vie et qui plonge complètement dans sa relation particulière avec son blouson ou encore Denise qui aimerait travailler pour le cinéma au lieu de croupir dans son bar. Une histoire de deux personnes ayant le sentiment de passer à côté de leur vie et qui vont plonger dans un certain point de non retour pour enfin avoir le sentiment d'exister.

Quentin Dupieux avait une volonté de mélanger réalisme et horreur sur Le Daim. Il voyait le projet comme son film le plus réaliste pour du Quentin Dupieux s'entend. Qui est aussi un comédie proposant des situations assez malaisantes avec ce personnage de Jean Dujardin en train de perdre pied et qui va tout organiser autour de son blouson. Le décalage de ce personnage et les dialogues permettent un humour à froid tandis que le film va ensuite plonger dans l'horreur avec un petit côté snuff movie. Le métrage ne plonge donc jamais dans le fantastique ni dans l'horreur pure tant Quentin Dupieux souhaite jouer sur un entre deux. Il fait en sorte que la violence ne soit jamais réellement divertissante ni vraiment repoussante encore une fois dans le ton d'un humour où règne la gêne. Le film se déroule par ailleurs dans une zone rurale des Pyrénées avec une approche assez intéressante où l'on sent la beauté des paysages mais qui ne sont jamais romantisés ou idéalisés sans pour autant dresser un portrait négatif des lieux. Encore une fois, l'approche réaliste fonctionne bien.
Si Quentin Dupieux peut enchaîner les films à ce point c'est qu'il est indéniablement un cinéaste doué avec un réel sens du cadre et un directeur d'acteurs efficace. Son travail de directeur de la photographie s'insère parfaitement dans l'entre-deux qui est au cœur du film à savoir le personnage de Georges face au reste du monde. Sa réalisation est souvent inventive afin de rendre dynamique des situations assez plates sur le papier, on pense notamment à sa manière constamment renouvelée de filmer Georges et sa voiture. Il s'amuse aussi avec le faux film de Georges et rend glaçantes les scènes de violence qu'elles soient assez frontales ou jouant sur le hors-champ. On peut néanmoins regretter un certain manque d'ambition comme de folie qui auraient pu embarquer le film qui semble parfois aseptisé. Devant sa caméra, Jean Dujardin (OSS 117, Le bruit des glaçons...) est excellent dans un rôle assez casse-gueule sur le papier mais il parvient parfaitement à rendre compte de la folie et de la médiocrité de son personnage déboulant parfois comme un chien dans un jeu de quilles. Il rend palpable l'évolution mentale d'un personnage assez à part dans sa filmographie. Face à lui Adèle Haenel (Un peuple et son roi, Portrait de la jeune fille en feu...) est au diapason avec un jeu naturaliste offrant un bon contrepoids avant que l'étincelle de sa passion du montage mette son personnage sur la brèche ce qu'elle retranscrit parfaitement. Parlant de solitude, le film se concentre surtout sur les deux comédiens avec peu d'autres rôles parlant présents sur plus d'une scène.

On vous le conseille si vous aimez C'est arrivé près de chez vous, I Feel Good, les vêtements en daim...
La conclusion de Bastien L. à propos du Film : Le Daim [2019]
Le Daim est une petite comédie d'horreur assez plaisante grâce à l'univers singulier de Quentin Dupieux qui souhaite filmer la folie et la solitude de manière assez terre à terre sans jamais réussir à complètement nous embarquer. Le film peut paraître assez plat comme froid nous arrachant quelques sourires toutefois. Heureusement, Jean Dujardin et Adèle Haenel sont excellents.
On a aimé
- Un univers singulier
- Une mise en scène inventive
- Deux acteurs principaux excellents
On a moins bien aimé
- Finalement assez plat
- Une partie horreur trop timorée
- On sent la modestie et la vitesse de la production