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La collision des mondes, interview de l'auteur Sam Cornell
Les dessous de ce livre d'inspiration lovecraftienne et d'enquête de 666 pages...

 Sam CORNELL, passionné de SF, de fantastique ainsi que de sciences, obtient un doctorat scientifique. Il publie dans des revues spécialisées les résultats de ses recherches sur l’imagerie numérique. Ses nombreuses lectures de grands auteurs tels qu’ Edgar Allan Poe, Howard Phillips Lovecraft, René Barjavel ou Anne Rice, continuent à alimenter son imaginaire. Mais ce sont ses années passées aux Etats-Unis d’Amérique, riches en légendes et en histoires, qui le poussent enfin à écrire son premier roman : La Collision des mondes.

SFU : Bonjour Sam. Merci de te présenter pour nos lecteurs qui ne te connaîtraient pas.
SC : Je suis né en 1971, au Havre, sur la côte Normande et ai passé toute mon enfance à Montivilliers, une charmante bourgade du pays de Caux. Je suis assez attaché à cette région qui possède une atmosphère particulière avec ses falaises, ses stations balnéaires pittoresques et les boucles de la Seine, tout un cadre qui inspira bon nombre de peintres et écrivains. Je n’y ai pas échappé.

Après des études scientifiques qui m’ont mené aux « quatre » coins de l’hexagone, je suis parti aux U.S.A. pour prendre un poste de chercheur à l’université Cornell, dans le nord de l’État de New-York. Ce fut une belle expérience, dans un décor idyllique, très inspirant aussi.

De retour en France, je suis revenu en Bretagne, ma région d’adoption que j’apprécie pour son patrimoine historique, sa géographie, et ses racines celtes.

Mon activité professionnelle est essentiellement visuelle, dans la 3D, la cartographie, la simulation, sur des écrans la plupart du temps. Le week-end, mon esprit se tourne donc vers d’autres activités, de nature très différente. Il vagabonde avec quelques personnages qui vivent chacun leurs petites aventures, dans des univers que je crée de toutes pièces et couche ensuite sur « papier ». Un passe-temps devenu passion et qui fait désormais partie intégrante de ma vie.

SFU : Peux-tu nous présenter, en quelques lignes, « La collision des mondes » ton roman récemment publié ?
SC : La version courte : 666 pages de mystères et de voyages, des tréfonds de l’histoire de l’humanité jusqu’aux confins du réel.

De façon un peu plus détaillée, « La Collision des Mondes » plonge le lecteur dans l’atmosphère paisible et bucolique de la Normandie des Années 20, dans la petite ville fictive de Fromenville, près d’Étretat. L’inspecteur Calvez, piqué au vif par la remise en cause de ses dernières conclusions, se voit contraint de rouvrir l’affaire Galantier. Ce respectable notaire de province ne s’était pas suicidé.

Cette quadrilogie, publiée en un seul volume de 666 pages, débute donc par un premier épisode conçu comme une enquête policière, où le lecteur accompagne Calvez pour confondre l’assassin du brave Galantier. C’est un « whodunnit ». Tous les indices sont fournis par l’auteur pour aider le lecteur à déterminer le meurtrier parmi tous les suspects potentiels.
Mais au cours des investigations, d’autres cadavres viendront compléter la liste. Et Calvez se voit finalement confronté à un triple meurtre.

Distinctes en apparence, toutes ses morts s’avèrent reliées à François Malville, un étranger venu au siècle dernier s’installer dans la commune. Après avoir été condamné pour troubles à l’ordre public, celui-ci fut envoyé dans une institution catholique.

Dans le second épisode, le lecteur suit Frère Guillaume, dans un thriller ésotérique qui le conduira jusqu’aux racines de cette affaire. Intrigué par les interrogations successives d’un journaliste, du policier, et d’une jeune paroissienne, l’abbé cherchera lui-même des réponses auprès de son prédécesseur. Ses pérégrinations le mèneront en Amérique puis au Vatican où il retrouvera la piste de ce mystérieux individu.

Le troisième épisode, quant à lui, remonte la généalogie des Malville et dévoile les origines du mécanisme d’Alhazen, qui, depuis l’an mille, se mêle à la grande histoire de l’humanité.

Le dernier épisode rassemble tous les protagonistes en Normandie au cours d’une vente aux enchères où les possessions d’un défunt seront cédées aux plus offrants. Parmi ces objets de valeurs figure un étrange instrument...

En combinant ainsi les styles et les points de vue au cours des épisodes, « La Collision des mondes » se présente comme un roman choral, une construction plus fréquente en littérature blanche que dans celle de genre. C’est probablement pour cette raison qu’il a souvent été qualifié d’ovni, dans un microcosme où les productions s’avèrent parfois formatées. Lui, sort volontairement des sentiers battus pour surprendre le lecteur et le pousser en dehors de sa zone de confort. Sans le prévenir, il l’entraine vers d’autres horizons, pour répondre aux précédentes énigmes tout en développant de nouveaux mystères.

C’est pourquoi ma maison d’édition le décrit souvent comme une « Collision des Mondes Littéraires ». Je trouve que c’est assez juste car en jonglant avec les codes habituels de ces genres, le roman estompe toute frontière entre polar, thriller ésotérique, récit historique, et fantastique.

Une sorte de rejeton innommable de Howard Phillips Lovecraft et Dan Brown, qu’ils auraient préféré cacher dans un asile psychiatrique.

SFU : Depuis quand écris-tu et par quoi as-tu commencé ?
SC : Je suis un pur produit des années 80. C’était une période foisonnante au niveau musical mais pas seulement. J’ai donc eu la chance de découvrir au cours de mon adolescence un âge doré du cinéma de genre, l’histoire primitive du jeu vidéo, et l’arrivée des premiers jeux de rôle... Cette profusion culturelle a nourri mon imaginaire.

Étant scientifique à la base, l’intérêt pour la littérature est cependant arrivé très tard. Dans ma jeunesse, je préférais me plonger dans une BD ou une encyclopédie que lire des classiques. C’est la littérature de genre qui m’a ouvert tout un univers, celui de la SF et de la fantasy. Plus tard, avec Edgar Allan Poe et Howard Phillips Lovecraft, j’ai découvert le fantastique dont j’appréciais les atmosphères.

En parallèle, le jeu de rôle, qui arrivait tout juste en France, m’a permis de vivre « personnellement » de telles aventures, au travers de personnages. Très vite, la place du conteur s’est imposée à moi pour permettre à ma créativité de s’exprimer. Puis le grandeur-nature est arrivé et la conception de scénarios m’a initié à l’écriture et ses rouages. Au départ ce n’étaient que des synopsis assez maladroits, puis avec le temps, ce sont devenues de véritables nouvelles. Mais l’objectif n’était pas de les publier.

Plus tard, aux USA, je racontais dans de longues lettres mes escapades en Nouvelle-Angleterre, dans l’Ouest sauvage, ou de l’autre côté de la frontière canadienne. Les destinataires de ces « carnets de voyage » m’ont encouragé à écrire. L’idée a fait son chemin. 

SFU : Comment t’est venue l’idée de "La Collision des Mondes » ?
SC : Avant de partir aux États-Unis, je venais tout juste de produire un nouveau Grandeur Nature en Normandie, avec mon groupe d’habitués. Il était plutôt réussi je pense, en tout cas j’en garde un excellent souvenir. En quittant la France, mon esprit se retrouvait donc libre de façonner un nouvel univers, pour un autre de ces week-ends bien sympathiques. Mais cette fois, je me suis dit que le background historique de celui-ci pourrait faire l’objet d’un roman.

J’avais en tête un sujet bien précis, une intrigue mêlant enquête policière et fantastique, ainsi qu’un ensemble de personnages ayant tous une bonne raison de participer aux enchères qui devaient succéder à la mort d’un protagoniste. Toute cette matière constitue aujourd’hui la dernière partie du roman.

Avec la conclusion ainsi définie, il me suffisait de remonter le temps et établir chacune des causes qui ont amené ces personnages jusqu’à celle-ci. En posant les grandes lignes des premiers épisodes, certaines thématiques se sont précisées.

SFU : Qu’est-ce qui t’a inspiré ou quelles sont tes sources d’inspiration pour écrire ton roman ?
SC : Comme évoqué précédemment, j’apprécie des auteurs fantastiques de la fin XIXème ou du début XXème pour le style, l’ambiance et l’époque. Le roman se veut aussi un hommage aux nouvellistes et feuilletonistes de cette période.

Ce que j’aime avec le fantastique c’est son ancrage dans la réalité. La crédibilité des phénomènes étranges qui y sont racontés repose sur la capacité du lecteur à se placer lui-même au cœur du récit. Stephen King s’appuie souvent sur une famille américaine représentative, avec son quotidien et ses problèmes, pour que l’on puisse aisément s’identifier à ses membres. C’est là tout son talent, car une fois que l’on s’est attaché à eux, King leur fera vivre des évènements de plus en plus troublants, pour terminer en apothéose dans une horreur cataclysmique. « Carrie », son tout premier roman publié en 1974 en est un bon exemple.

Pour « La Collision des mondes », plutôt que de choisir une famille traditionnelle (c’était déjà pris, alors inutile de reproduire vainement ce schéma), je me suis adossé aux habitudes du lecteur pour coller mon récit à la réalité. Le roman débute donc avec une enquête policière, en somme assez classique, dans la Normandie des Années 20. Inévitablement, on pense à Maurice Leblanc, Gaston Leroux, et Agatha Christie.

Mais l’affaire se voit résolue en soixante-dix pages environ et il en reste encore six-cents à parcourir. Pour comprendre la cause de tous ces meurtres (puisque le lecteur découvre rapidement que d’autres morts sont elles aussi inexpliquées), il faudra remonter quelques années plus tôt, voire plusieurs siècles en arrière. Cette incursion dans le passé permet à l’auteur d’introduire des faits singuliers, de plus en plus inquiétants, avant d’entrainer le lecteur dans un contexte fantastique. Cette ambiance ne surprendrait pas un habitué des contes de Poe ou de l’horreur cosmique de Lovecraft

SFU : Écrire ton roman fut un projet difficile, long ou compliqué ? Es-tu plutôt rapide ou lent pour écrire ? Écris-tu plusieurs livres ?

SC : À la différence de certains auteurs, je ne sais coucher sur le « papier » qu’un seul roman à la fois même si mon cerveau héberge plusieurs projets, à différents niveaux de maturité. Je suis au tiers de « Terre Promise », un post-apo où je cherche encore une fois à surprendre le lecteur en tordant les codes habituels du genre.

Je ne saurais pas évaluer si je suis rapide ou lent. J’ai mon rythme et mes rituels, les samedis et dimanches matin, toujours en musique. Je ne peux écrire que le week-end, ou au cours des vacances. Un projet met donc un certain temps à se matérialiser.

« La Collision des mondes », ce sont finalement quatre livres publiés en un seul volume (économiquement c’est une sacrée affaire). Je ne l’ai soumis qu’au terme du quatrième épisode car je trouve qu’il prend tout son sens une fois l’histoire terminée. Et il faut avouer qu’au début, je ne visais pas une publication. Puisque celui-ci représentait mon premier roman, ce fut avant tout une expérience personnelle. Mais une fois rédigé, on se prend au jeu de vouloir partager ses écrits, son univers, sa fiction. Ne dit-on pas que l’on écrit pour soi, et publie pour les autres ?

Par conséquent, il m’a fallu un certain temps pour accoucher de ces quatre bouquins : 8 années environ (2 par ouvrage). Ceci inclut le temps de recherche car il a fallu se documenter pour entremêler étroitement ma fiction à l’Histoire de l’humanité (un bon millénaire tout de même). Je souhaitais une séparation la plus ténue possible entre fiction et réalité afin de faciliter l’immixtion progressive du fantastique. 

Après avoir bouclé le premier jet, je ne compte pas le nombre de fois où le roman a été relu, adapté, corrigé, peaufiné. Encore quelques années de plus mais je suis assez fier du résultat et du travail accompli, seul ou avec Livr’S, ma maison d’édition. Tout vient à point à qui sait attendre.

Il faut aussi ajouter qu’au démarrage je n’imaginais pas produire un livre aussi ambitieux. Mes nouvelles faisaient moins d’une cinquantaine de pages. Alors, très naïf, je me disais que mon roman ferait cent-cinquante pages tout au plus. Mais entre la trame originelle d’une histoire, et des personnages qui prennent vie pour la concrétiser, il y a un fossé que je ne soupçonnais pas. Une belle aventure et un apprentissage bien utile en tout cas. Car il ne s’agit pas de se contenter d’avoir une idée et ensuite d’accumuler des phrases correctes pour la retranscrire (cela reste néanmoins indispensable). J’ai appris au cours de cette expérience à trouver mon style, sa petite musique qui doit l’accompagner pour fluidifier la lecture, ainsi qu’à développer le récit en distribuant judicieusement les évènements et les informations au fil des chapitres.

SFU : Comment écris-tu ? Sur un carnet, des feuilles volantes, un ordinateur ? Te réveilles-tu la nuit pour prendre note de tes idées ? Ou les as-tu sous la douche au réveil ?
SC : Au tout début, je prenais beaucoup de notes, sur toutes sortes de support papier. Je pouvais me réveiller la nuit pour coucher une phrase que je trouvais « extraordinaire ». Cela m’arrive moins souvent et je suis beaucoup plus organisé. J’ai un carnet désormais pour les notes manuscrites.

La douche et le bain sont effectivement des lieux d’inspiration, vous avez raison, mais l’eau m’oblige à patienter pour poser mes idées...

Pour l’essentiel, je suis un grand adepte de l’ordinateur portable. Mes romans progressent sur un traitement de texte, si pratique pour se relire, se corriger, déplacer ou couper des paragraphes.

SFU : Sont-ce tes années en Amérique du nord qui t’ont poussé à écrire ton roman loin de ta famille et de tes amis ? Madame en particulier, ne râle pas trop ?
SC : L’idée originale m’est effectivement apparue aux États-Unis. À l’époque j’y vivais avec femme et enfant, mais je n’écrivais pas encore. J’assemblais seulement quelques idées dans ma cervelle bouillonnante. Je souhaitais réaliser un nouveau Grandeur Nature, plus complexe, avec un background très étoffé. La trame qui se dessinait dans mon esprit correspond aujourd’hui au 4ème épisode, « Un incroyable dénouement », qui conclut « La Collision des mondes ».

J’ai profité de mon séjour aux USA pour découvrir ce pays magnifique, à la beauté sauvage, propice à la balade et aux rêveries. Lorsque tu marches au cœur de ces paysages fantastiques, ton imagination, gorgée par ces ambiances fabuleuses, saute aisément d’une pensée à une autre.

L’actualité réduit les États-Unis à sa population, très divisée en ce moment. Mais on en oublie à quel point ce territoire dessinent des panoramas splendides. Les indiens avaient bien raison de chérir de tels endroits.

À mon retour en France, les trois premiers épisodes se sont progressivement imposés à moi. Une fois les grandes lignes posées, je pouvais me lancer dans l’écriture, sans savoir où cela me mènerait. J’y étais d’ailleurs plutôt encouragé par ma seconde épouse.   

Mais en me limitant aux samedis et dimanches matin, je concilie sans mal ma vie privée avec cette activité. 

SFU : As-tu d’autres projets autour de « La Collision des Mondes » ? Des illustrations, une BD ou un JdR si mes intuitions sont bonnes ? Peux-tu nous en parler ?
SC : Inspirée par le roman, Jennifer Peulen, la talentueuse illustratrice qui a élaboré la couverture, ébauche de superbes dessins qui donnent corps à mon univers. Certaines de ces illustrations seront distribuées aux visiteurs lors des prochains salons. Parfois, nous nous plaisons à rêver d’une version illustrée de « La Collision des mondes » ou d’un artbook à son sujet. Ce n’est que pure spéculation, mais qui sait, peut-être cela se concrétisera-t-il un jour (petit clin d’œil à ma maison d’édition). 

« La Collision des Mondes » est d’ores-et-déjà la base d’un jeu de rôle Grandeur Nature. Deux sessions ont eu lieu, au cours de week-ends endiablés en 2012 et 2018, en Normandie bien évidemment. Nous avons à chaque fois passé de merveilleux moments, complètement hors du temps. Pour un romancier, voir son œuvre s’incarner, ses personnages prendre vie sous ses yeux, s’avère une expérience émouvante et inoubliable. J’en garde d’excellents souvenirs et de splendides photos. Beaucoup me réclament une troisième édition. Ce n’est pas encore à l’ordre du jour mais il ne faut jamais dire jamais.

SFU : Quel(s) livre(s) lis-tu actuellement ?
SC : L’excellent mook sur Dune paru chez l’Atalante et Leha Éditions.

SFU : Ton roman semble être inspiré ou tiré d’une campagne de l’Appel de Cthulhu, le jeu de rôle, est-ce le cas ? Tu y étais joueur ou gardien des arcanes (maître du jeu) ? Si c’est le cas merci de nous fournir en exclusivité les protagonistes comme pré-tirés !
SC : Dans les années 80-90, j’ai surtout été maitre de Rolemaster/Le Jeu de rôle des Terres du Milieu mais aussi un joueur assidu de l’Appel de Cthulhu (ce qui m’a permis de découvrir H.P. Lovecraft). Bien évidemment, au cours de mon adolescence, j’ai aussi lancé un tas de dés 20 à Advanced Dungeons & Dragons, pour occire quelques trolls (avec les toutes premières éditions). Mais avec l’âge, L'Appel de Cthulhu m’a procuré plus de sensations. Au fur-et-à-mesure des parties, je privilégiais l’ambiance au tableau de chasse et, tout naturellement, l’univers d’HPL me convenait mieux pour cela (d’ailleurs c’est plutôt le gardien qui étoffe son tableau de chasse à ce jeu).

Lorsqu’à la fin des années 90 je me suis mis à l’écriture de jeux de rôle grandeur nature, c’est également cette atmosphère que je souhaitais retranscrire dans mes scénarios, en immergeant mes participants au cœur d’évènements étranges et inquiétants.

« La Collision des mondes » devant servir de support à un autre G.N. sa construction devait, à la fois constituer un livre, lisible comme tout roman fantastique, mais aussi fournir tous les éléments indispensables à ce G.N. : Des personnages, des antagonistes, des indices, des énigmes, des évènements troublants, et une montée crescendo de la tension jusqu’au paroxysme final.

À première vue, cela semble le même exercice et pourtant il n’en est rien car on ne se confronte pas à un unique lecteur omniscient, mais un grand nombre de protagonistes à qui l’on doit offrir un divertissement égal, même si les intérêts de leurs personnages divergent.

C’était une grande première en France car s’il y avait déjà eu bon nombre de G.N. inspirés d'univers littéraires préexistants (à titre d’exemples, « Les Lames du Cardinal », « Le Trône de Fer », « Conan », « Le Mythe de Cthulhu »,  etc), un roman original, pensé dès son écriture pour servir de background à un G.N., cela n'avait jamais encore été réalisé.

Dans l’écriture d’un roman, l’auteur, démiurge, peut tout se permettre. Un G.N. impose des contraintes matérielles (trouver un lieu approprié, fidèle à l’esprit du récit par exemple, assurer une certaine logistique). Cependant, je ne souhaitais pas que ces impératifs brident mon récit. Je les voyais plutôt comme des règles à respecter, qui ne devaient surtout pas limiter mon imagination.

En outre, l’unité de temps du G.N., ce week-end d’enchères où les catastrophes se succèdent jusqu’au dénouement, ne correspond qu’au dernier épisode.

Pour les trois précédents, il me fallait donc un schéma qui emmène tous les protagonistes vers cette conclusion. L’idée d’avoir trois parties distinctes me permettait de varier les styles en fonction du personnage mis en avant (ce qui est un exercice stimulant pour l’auteur, et rafraichissant pour le lecteur qui se voit ainsi dépaysé d’un épisode à l’autre).

Le récit débute par une enquête en Normandie. Puis il s’élargit en suivant les pérégrinations de Calvez aux quatre coins du monde, avant celles de Frère Guillaume et mademoiselle Colinet. Et en gravissant la généalogie des Malville, il dévoile les causes profondes des évènements, qui prennent racine jusqu’au moyen-âge.

À grande échelle, cette structure ne nous rappelle-t-elle pas la construction des mythiques campagnes de Cthulhu, toutes ces investigations entreprises par les joueurs ?

Le lecteur de « La Collision des mondes », lui, passe du polar au thriller ésotérique, et enchaine avec un récit historique avant de basculer définitivement dans l’indicible. À la fin, il est censé avoir glané chaque pièce du puzzle et peut contempler dans son ensemble, toute la complexité de l’affaire Galantier.

Lors des deux sessions réalisées, malgré la grande liberté offerte aux joueurs, la trame principale de l’histoire a été en bonne partie respectée, ce qui n’était pas nécessairement le résultat attendu. C’est très gratifiant pour le romancier qui revit son œuvre au cœur du jeu. Bien sûr, la version écrite lui a permis plus de sensationnalisme dans ses effets.

Cette combinaison roman/G.N. garantit également une expérience de lecture inédite. Les joueurs n’ont évidemment pas lu le roman avant leur participation. Lorsqu’ils le lisent ensuite, c’est une représentation réelle, celle du joueur qui l’a incarné, qui s’applique à tous les personnages. Car chaque protagoniste du livre dispose de sa version P.J. ou P.N.J. (et donc, oui, les feuilles de personnages existent bel et bien).

SFU : Tu es un joueur de jeux de rôle, mais joues-tu de nos jours ? Si oui es-tu Maître du Jeu ou plutôt joueur ?
SC : À mon retour en France, j’ai complètement laissé tomber le jeu de rôle, sans éprouver de véritable manque. Lorsqu’en 2012, « La Collision des mondes » a été adaptée en Grandeur Nature, cela m’est revenu lentement à l’esprit, comme une petite musique. Histoire de me refaire la main, j’ai initié quelques amis avec lesquels nous nous contentions au départ de jeux de plateau (y compris Horreur a Arkham ou Les demeures de l'épouvante). La mayonnaise a pris, et je suis retombé dedans. En revanche, je me contente de scénarios du commerce. Mon imagination et mon écriture se limitent désormais à mes romans ou nouvelles. J’ai constaté que des écrivains aussi illustres que Maxime Chattam ou Henri Loevenbruck pratiquaient également ce même jeu. Je partage au moins ce point commun avec eux (et d’autres j’espère).

SFU : À quels jeux (quels sont tes préférés), et à quelle fréquence joues-tu ?
SC : Sans grande surprise, mon groupe et moi jouons à L'Appel de Cthulhu. Nous avons commencé par des ‘one-shot’, pour les familiariser avec les concepts du jeu de rôle et cet univers particulier. Désormais nous suivons une campagne, un grand classique de Keith Herber que j’avais eu le plaisir de jouer dans sa première version (Les Fungi de Yuggoth, paru en 1984).

Ayant pledgé chez Ulule les dernières productions de Sans-Détour, j’ai eu la chance d’acquérir dans leurs versions « prestige » les mythiques « Masques de Nyarlathotep » et « Jour de la bête » (le matériel est de qualité et collector désormais). Elles trônent dans mon bureau. Nous sommes presque au tiers de la seconde.  

Je partage mon temps libre entre l’écriture et beaucoup d’autres loisirs, tous chronophages. En outre, la vie et ses contingences nous amènent à nous rencontrer moins fréquemment, surtout en période de confinement. Mais nous essayons de jouer toutes les six semaines environ, afin de garder le rythme, et ne pas tout oublier entre deux séances.

SFU : Vu ton goût pour le fantastique et le jeu de rôle, vas-tu écrire ton propre jeu basé sur ton roman « La Collision des Mondes » ou sa version campagne pour l’Appel de Cthulhu ?
SC : Sans conteste, vu sa construction, « La Collision des mondes » pourrait tout à fait se transposer pour L'Appel de Cthulhu (quelle que soit l’édition du jeu, chez feu Sans-Détour et Edge, ou les autres formes existantes du jeu).

Comme la plupart des campagnes pour ce jeu, les investigateurs se retrouveraient impliqués dans une enquête policière, en apparence classique au départ, mais qui, au fil des épisodes, les plongerait dans une version plus sombre de notre réalité. Et ils seraient bien évidemment confrontés à l’ineffable à plusieurs reprises.

D’ailleurs les enquêtes de Calvez au cours de l’épisode 1 rempliraient bien quelques soirées et accompagneraient les joueurs, depuis les mystères dissimulés par la bourgeoisie normande jusqu’à la moiteur étouffante de la jungle guyanaise.

Celles de frère Guillaume lors du second épisode, rajouteraient plusieurs scénarios, aux USA tout d’abord, puis en Italie, avant de regagner la Normandie. La Nouvelle-Orléans, le Vatican et l’hospice d’Ecrainville me paraissent propices à de sinistres aventures.

Quant au final, il est digne des grandes classiques, non ? (Sans davantage de spoil).

Le troisième épisode « Histoire de familles » fournirait les nombreux indices qu’une campagne AdC se doit de distribuer aux joueurs (comme ce fut le cas pour les Grandeurs Natures de 2012 et 2018).

SFU : Quels sont tes futurs projets d’écriture, de livres, de jeu de rôle ou autre ?
SC : Je suis en ce moment sur un projet post-apocalyptique, comme dit plus haut. S’il y a bien un genre que je ne pensais jamais aborder un jour, c’est celui-ci. Mais une histoire a germé puis s’est développée dans mon esprit, et Mina, son personnage principal, m’accompagne aujourd’hui.

Il y a sans doute matière à faire une trilogie, mais le premier tome forme un one-shot complet et cohérent. C’est très bien ainsi. Après « La Collision des mondes » (qui certes est paru en un seul volume mais se divise en quatre tomes), je ne compte pas me replonger de sitôt dans une série.

J’ai également un autre récit en tête depuis longtemps mais pour celui-ci, c’est plutôt la situation inverse. Au lieu de produire un roman, il serait plus efficace s’il se contente d’une nouvelle.

SFU: Merci pour tes réponses détaillées, tes éclairages précis et longue vie à ton roman « La Collision des Mondes » qui fera un excellent cadeau de noël pour tout(e) ami(e) amatrice ou amateur d’enquêtes, d’actions, d’amour, de sciences mais aussi de fantastique !

Voici 2 liens où se procurer le livre au format broché de 666 pages pour 20€ (hors fdp) :
https://livre.fnac.com/a13761432/Sam-Cornell-La-Collision-des-Mondes
https://www.livrs-editions.com/boutique/fantastique/la-collision-des-mondes


 

Auteur : NURTHOR
Publié le mardi 15 décembre 2020 à 09h00

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