un conte d'urban fantasy, un héritage qui poursuit
Enfin disponible chez Le Livre de Poche

Une maison arrive. Elle ne s’installe pas : elle marche. Venue d’un autre continent, d’un autre temps, elle porte sur ses pattes de poulet le poids d’une lignée entière. Pour Bellatine et Isaac Yaga, ce n’est pas un miracle, ni même une chance. C’est un rappel. Un rappel que l’on n’échappe jamais complètement à ce dont on hérite.

Frère et sœur séparés par des années de silence, Bellatine et Isaac se retrouvent liés par un legs impossible : une maison vivante, transmise par leur grand-mère Baba Yaga. Avec elle viennent une magie ancienne, une mémoire familiale fragmentée et une menace obscure déterminée à faire disparaître tout ce que la maison conserve. Pour avancer, ils devront voyager, ensemble, produisant le spectacle de marionnettes familial, à travers l’Amérique — et surtout à travers ce qu’ils ont fui. Mais Isaac et Bellatine ne sont eux aussi pas comme les autres, Isaac semble pouvoir changer d'aspect et les mains de Bellatine insuffler la chaleur... Si Isaac s'en accommode dans sa vie d'artiste de rue voleur sur les bords, Bellatine est complexée et ne rêve que d'une vie ordinaire. L'arrivée d'Ombrelongue, un être maléfique assombrit vite notre histoire. 

GennaRose Nethercott ne modernise pas Baba Yaga : elle la déplace. Le folklore slave devient ici un outil narratif pour parler d’exil, de transmission et de ruptures générationnelles. La magie n’est jamais un simple décor : elle est la forme que prend la mémoire quand elle refuse de se taire. La maison aux pattes de poulet est le cœur symbolique du roman. Elle protège autant qu’elle exige. Elle guide, mais n’obéit jamais. À son image, le passé n’est ni entièrement hostile ni rassurant — il est vivant, mouvant, imprévisible. Le roman s’ancre dans la relation entre Bellatine et Isaac, deux héritiers qui ont choisi des stratégies opposées pour survivre à leur histoire familiale. L’un s’est dissous dans l’errance et l’illusion, l’autre s’est accroché à la création et à l’enracinement. Entre eux : une enfance éclatée, des mots jamais prononcés, une colère qui ne sait plus où se poser. Nethercott excelle à montrer que la magie n’efface rien. Elle exacerbe. Elle force les personnages à regarder ce qu’ils auraient préféré contourner. La réconciliation, ici, n’est ni automatique ni propre : elle se gagne au prix du doute, du renoncement et de la lucidité. 
 
Le roman multiplie les flashbacks pour découvrir le passé des jeunes gens mais aussi celui de la grand-mère mystérieuse, la Baba Yaga. Cela crée quelques longueurs mais l'objectif ici est clair : prendre son temps. Le roman s'attarde, cela peut frustrer mais c'est cohérent. Ce livre parle de ce qui insiste, de ce qui revient, de ce qui ne disparaît pas simplement parce qu’on le voudrait. Le style de La Maison aux pattes de poulet est dense, sensoriel, parfois presque chanté. Nethercott privilégie l’atmosphère à l’efficacité, l’émotion diffuse au spectaculaire. Le rythme épouse celui de la mémoire : irrégulier, chargé, impossible à presser.

Vous aimerez ce roman si vous aimez les histoires de Neil Richard Gaiman, le folklore slave, la fantasy contemporaine. La réinvention audacieuse du mythe de Baba Yaga n'est jamais folklorique au sens décoratif et les personnages, traversés par des contradictions crédibles crédibles sont profondément humains et attachants. Mais gardez à l'esprit que ce n’est pas un roman de consommation rapide, mais un texte qui demande qu’on s’y installe — comme dans une maison qui ne cesse de bouger.

 

Auteur : Nathalie Z.
Publié le vendredi 23 janvier 2026 à 08h00

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