Quand la bande dessinée se fait poésie
Un album surprenant et sublime

Le Chemin derrière la maison n’est pas une bande dessinée que l’on parcourt distraitement : c’est une traversée. Etrange et poétique. Perturbante et élégante. Derrière ce titre d’apparence anodine ne se cache pas un simple sentier, mais un territoire mental aux contours mouvants. Forêt, plage, strates minérales, faune inquiétante, surgissements fantastiques : le paysage se métamorphose sans cesse, comme si la nature elle-même était traversée par des états de conscience instables. Le lecteur avance dans une brume épaisse, oscillant entre rêve et cauchemar, hallucination et souvenir. Ici, la lecture cède le pas à l’expérience : Le Chemin derrière la maison se vit avant de se comprendre.



Avec cet album, Jérémie Gasparutto signe un retour marquant au Label 619, dans un grand format qui rend pleinement justice à la puissance de ses planches. L'objet est en effet de toute beauté ! Sa narration, volontairement déstabilisante, refuse le confort d’un récit balisé. Elle exige une disponibilité totale du lecteur, invité à se laisser porter par un dessin d’une grande maîtrise plastique, à la fois organique, inquiétant et profondément habité. Gasparutto n’est pas un inconnu du label — on l’a déjà croisé dans DOGGYBAGS, Heartbreaker ou encore le one-shot Teddy Bear — mais cet ouvrage marque une étape supplémentaire dans son travail de conteur.


L’imaginaire foisonnant de Le Chemin derrière la maison ne se contente pas d’illustrer le texte : il le prolonge, le déplace, parfois même le contredit. C’est dans cette tension entre image et narration que l’album trouve sa force. Gasparutto explore les possibilités du médium sans chercher à les rationaliser, rappelant que la bande dessinée peut être un espace de sensations, d’intuitions et de ruptures. À travers cet ouvrage, le Label 619 confirme son rôle de laboratoire exigeant, où l’expérimentation n’est pas un effet de style mais une nécessité artistique.



Album non conventionnel par essence, Le Chemin derrière la maison s’adresse à celles et ceux qui acceptent de lâcher prise. Chaque histoire peut être abordée comme un fragment autonome, dans une temporalité propre, à la manière d’un recueil de poèmes visuels. Une œuvre à picorer, à revisiter, à éprouver — et une démonstration éclatante que le neuvième art demeure un champ infini de possibles.


Pour les amateurs de BD, de poésie, de voyage, de rêve et de nature.

Auteur : Nathalie Z.
Publié le lundi 2 février 2026 à 12h00

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