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Critique du film : Mad Max [1982], par Christophe B.

Avis critique rédigé par Christophe B. le dimanche 4 juillet 2004 à 09h19

Un film "PUNK"

Une œuvre clinique à faire froid dans le dos
Il convient avant tout de souligner les qualités purement techniques de l’œuvre. Quand on entend filmer à cent à l'heure, on a intérêt à tenir la distance, sous peine que le public somnole en cours de route.
Pari tenu. La mise en scène est nette comme un couloir d'hôpital. L'utilisation du scope, en particulier, est remarquable, les scènes d'action (combats ou poursuites) se déroulant pour la plupart sur des autoroutes, l'écran large permet à la caméra de réaliser des tours de force vertigineux. Le spectateur est lancé telle une moto en délire, à la poursuite des méchants.
De plus, la précision et l'efficacité d'un montage extrêmement nerveux, permettent à certaines scènes d'atteindre leur pleine violence. La caméra est, par ailleurs, extrêmement mobile. Le spectateur participe à l'action, émaillée de péripéties imprévisibles qui provoquent en nous de fréquents "chocs" visuels et une tension permanente. La musique extrêmement riche en couleurs sait se faire agressive ou écrasante selon les images.
Des « sous-entendus » aussi forts que la violence des images
Le scénario, simple et direct, s'accorde bien avec l'esprit même du film, violent jusqu'à l'étouffement. Pourtant, jamais nous n'assistons réellement à une complaisance du réalisateur George Miller pour les scènes horrifiques qui, très souvent, ne sont que suggérées. Car si certaines images de Mad Max exhibent des mains coupées ou des corps carbonisés, si tout au long du film l'on assiste à la mort de flics tués à bout portant, écrasés, brûlés, en revanche le malaise naît souvent du sous-entendu.
Il y a parfois peu de distinction entre un chef de la police désespéré à l'idée de ne pas arriver à faire des "héros" de ses hommes et certains marginaux terrifiés à l'idée de commettre leur premier meurtre... Où est la réelle différence ?
Dans le pouvoir, tout d'abord, entre les mains des policiers qui se sentent à la tête du régime (leur quartier général n'est-il pas justement un palais de justice délabré dont ils sont les seuls occupants ?). Et puis ensuite dans les insignes qu'ils portent, cette fameuse plaque de bronze qui, selon leur propre définition, est la seule chose qui les différencie des méchants.
Le film baigne dans une constante amertume, celle des policiers conscients que la population se désintéresse complètement de leur sort lorsqu'un méchant est arrêté et que personne ne daigne se présenter au procès ou porter plainte ("même les punks ne sont pas venus " disent-ils). Celle des loubards, mis au ban de la société pour leur dérèglement mental et qui, de marginaux, deviendront tueurs par la force des choses.
La cassure entre le bien et le mal se produira finalement lorsque Max, brisé par sa douleur, puis rechargé à bloc par son trop plein de haine, caressera des doigts un masque de monstre en caoutchouc, symbole de son désespoir. Puisque la société semble de plus en plus admettre la folie furieuse comme état de fait, il va devenir fou, lui aussi, n'ayant plus ainsi à se plier à aucune règle pour parvenir à ses fins.
Un réalisateur « détaché » de son sujet
La rapidité de l'action, le réalisme forcené de la mise en scène et l'accent mis sur la violence étonnent, choquent, voire indisposent le spectateur. Mais George Miller s'interdit avec raison d'extrapoler, d'insinuer, de prétendre et de commenter son film.
Le sujet est certes allégorique (cela se passe dans un futur proche, sans doute après la 3ème guerre mondiale) mais rendons grâce à Freud de ne pas s'être déplacé. Le bon sens, bien sûr, cherchera à trouver un sens à cette violence : Est-ce un film répugnant, racoleur ? Cette violence est tout autant psychologique que visuelle. Miller rejoint Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse) dans sa manière de rendre les situations dramatiques vraisemblables et incroyablement réalistes dans leur horreur.
Certaines personnes ont bien tenté de désamorcer la mine en classant, à l’époque, "Mad Max" film X, l'accusant d'apologie de la violence. Ici, point de fascisme primaire, ainsi que certains esprits "bien intentionnés" l'avaient proclamé, mais un nihilisme farouche, désabusé, où on ne peut que se demander si tout ceci finira un jour... Peut-être le seul vrai film authentiquement punk de son époque, le cri de désespoir d'une "no-future generation" qui remet tout en cause à force de vouloir reconsidérer le monde sans bases structurelles.

La conclusion de à propos du Film : Mad Max [1982]

Christophe B.
98

Miller nous interpelle aux tréfonds de nous même, flattant l'instinct guerrier qui subsiste quelque part en nous, choquant de même l'esprit civilisé auquel nous tentons vaguement d'atteindre. Une vision cataclysmique, bouleversante, d'une civilisation après LA catastrophe, où le péril ne réside plus dans les éléments, mais dans la nature humaine...

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