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Critique du Film : [REC]
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Critique du Film : [REC]

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 1 avril 2008 à 1209

ça doit être la tuyauterie (future réplique culte)

Une équipe de télévision est chargée par une chaîne locale, à l'occasion d'une émission de nuit diffusée en direct, de suivre la vie quotidienne d'une caserne de pompiers. Après des premières heures très monotones, la jeune journaliste et son cadreur vont accompagner une petite escouade de pompiers pour une intervention apparemment anodine: une vieille femme, victime d'une crise d'hystérie, s'est enfermée dans son appartement…
Pour construire leur film, les réalisateurs hispaniques Paco Plaza et Jaume Balaguero ont utilisé un script se voulant le plus minimaliste possible. Leur objectif premier est de placer les spectateurs dans une sensation de direct, en plus de l'utilisation exclusive de la vue subjective, reflet parfait de la mode actuelle - lancée par The Blair Witch Project - en matière de restitution d'atmosphère. Ainsi, si REC fait bien entendu penser à Cloverfield, il est finalement plus proche de Diary of the Dead, le dernier Romero, par le fait (en plus du fait qu'il s'agit aussi d'un film de zombies) que le medium utilisé entre la situation fictive et le spectateur prend forme par le biais d'un cadreur et d'une caméra professionnelle.


Seulement, à la grande différence avec la comédie noire et cynique de George Romero, REC – huis clôt horrifique et gore - se veut très sérieux et surtout très réaliste. Pour ce faire, les cinéastes se sont inspirés des émissions TV-réalité comme COPS et consorts et ils nous introduisent dans le script comme si l'on en était un élément indispensable, à savoir le narrateur. Ainsi, l'on se doute bien, dés que cela commence à sérieusement chauffer dans le bâtiment, que la mort de ce personnage clé entraînera la fin du film (quoique Plaza et Balaguero nous bluffent un peu sur ce coup là). En fait, malgré ce point de vue directif et forcé, je dois bien admettre que l'histoire est parfaitement bien contrôlée, sans trop d'aberrations hormis les inévitables astuces scénaristiques qui permettent à l'histoire de rebondir. La plupart ne sont d'ailleurs guère gênantes, la plus ridicule restant cette scène révélatrice sur l'état de santé de la petite fille, au moyen d'une très peu plausible séquence de mutation instantanée et chronologiquement calculée.
Au niveau de la réalisation, c'est de la caméra-reporter à l'épaule. A ce sujet, Jaume Balaguero a déclaré qu'il a lancé son cadreur sur le plateau sans aucune consigne, afin de restituer une parfaite spontanéité des prisés de vue. Peut-être. Il reste que j'ai du mal à croire que cet aspect n'est pas volontairement forcé, ou alors les réalisateurs auraient mieux fait d'embaucher un cadreur de terrain plutôt qu'un caméraman de plateau en stage de formation. Ainsi, ce fameux Pablo (que jamais je n'emploierai dans mon équipe de tournage!) commet des erreurs de débutant assez grossières. Au lieu d'obéir au précepte de base de cet art qui veut que lorsque l'on n'est plus maître de la situation, il faut la "shoter" avec le cadre le plus large possible - histoire de prendre du recul par rapport à son environnement -, cet incapable (même dans les moments de discussions, il bouge comme un parkinsonnien en phase terminale) préfère zoomer sur les narines et autre détails anatomiques des résidents de cet immeuble contaminé. Il en résulte des séquences volontairement confuses, mettant en exergue de manière très forcée une panique et une hystérie se voulant communicative, mais qui n'a souvent abouti - pour ma part - qu'à des sensations d'agacement.

Je me suis d'ailleurs rendu compte que les passages les plus efficaces du film (car il y en a quand même) se situent justement lorsque la prise de vue devient plus stable; dans ces instants où les protagonistes explorent lentement les couloirs glauques de cet immeuble mis en quarantaine. Malins, les réalisateurs utilisent les artifices cinématographiques les plus brusques dans ces moments là (bruits violents, entrées soudaines dans le champ, panoramiques rapides), profitant que le spectateur use de ces courtes périodes de "calme" pour mieux le surprendre et le faire sursauter. Classique mais très souvent efficace, d'autant plus le spectateur est très souvent confronté au non-vu (faible profondeur de champ, absence de lumière) et menacé par un environnement hors-cadre inconnu mais que l'on sait hostile.

La conclusion de

L'effet REC n'a pas fonctionné sur moi. Je n'ai ressenti aucune frayeur, aucune sensation empathique avec ces pauvres gens condamnés par avance. Juste un peu de tension à certains moments et très souvent un fort agacement devant cet aspect caméra amateur trop forcé pour être honnête (plus excusable dans Cloverfield, qui veut nous faire croire à des prises de vue 100% amateurs). Il reste que le film de Paco Plaza et Jaume Balaguero n'en est pas moins une expérience intéressante, avec une bonne atmosphère horrifique, quasi-lovecraftienne, et la mise en situation des spectateurs dans le récit est effectuée avec une certaine maîtrise. En fait, je pense qu'un peu de sobriété dans les effets "hystériques" aurait bien servi le film. A voir et à juger sur pièce... Pour moi, c'est mi-figue, mi-raisin.

Que faut-il en retenir ?

  • Un concept live intéressant
  • Plus réaliste que la plupart des films de ce genre
  • Quelques bonnes séquences
  • Le sérieux de l'affaire

Que faut-il oublier ?

  • Un style caméra amateur hystérique trop forcé
  • Un scénario minimaliste et prévisible
  • Quelques artifices scénaristiques peu crédibles
  • Pfff, encore des zombies

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