Critique Dragon's Dogma : Dark Arisen [2013]

Avis critique rédigé par Bastien L. le vendredi 17 avril 2020 à 09h00

Coeur de Dragon

Testé sur PS3.

La génération de consoles Xbox 360/PS3 fut celle d'une crise pour le jeu vidéo japonais qui se retrouva vite dépassé tant dans la qualité de ses jeux que dans les ventes face aux productions occidentales. Des situations difficiles qui poussèrent les grands éditeurs à prendre des risques comme Capcom avec Dragon's Dogma.

La fime japonaise Capcom souhaitait au tournant des années 2010 offrir des nouvelles licences capables de vendre des millions de jeux aux côtés de séries historiques de son catalogue. Pour cela, l'entreprise réuni une équipe de développement composée d'anciens ayant œuvré sur des monuments tels que Devil May Cry (le réalisateur Hideaki Itsuno), Resident Evil (le producteur Hiroyuki Kobayashi) ou Breath of Fire... L'ambition était vraiment de mise pour un titre mélangeant le RPG, l'action tendance hack'n'slash avec une gestion novatrice de l'aspect multi dans un titre surtout solo. La volonté des développeurs fut aussi d'offrir un titre fantasy véritablement à la croisée des productions nipponnes (Dragon Quest) et occidentales (The Elder Scrolls) tout en s'inspirant des succès du moment. Dragon's Dogma vit ainsi le jour en 2012 sur PS3, 360 et PC. Le jeu ressorti l'année plus tard dans une version « Dark Arisen » comprenant plusieurs nouveautés dont un gros DLC. Cette critique a pour ambition de vous présenter le jeu de base dans sa version « Dark Arisen » ainsi que le DLC « Le Récif de l'Amertume ».

Le jeu commence véritablement après que vous ayez créé de manière assez complète votre héros qui vit paisiblement dans un village de pêcheurs dans un monde de fantasy assez classique. La quiétude des lieux est vite perturbée par l'arrivée d'un immense dragon semblant venir d'une autre dimension. Voulant protéger les vôtres, vous attirer le regard du dragon qui décide de voler votre cœur afin que vous soyez plus tard capable de l'affronter pour venir réclamer ce qui vous appartient. Vous devenez ainsi l'Insurgé (Arisen en anglais), celui qui sera le plus à même de vaincre le dragon afin d'empêcher son règne sur le monde de Gransys. Vous découvrez alors que les insurgés comme le dragon sont un cycle qui frappe Gransys. La société attend beaucoup de vous comme de vos pions qui sont des êtres dépourvus d'une véritable âme et qui existent seulement pour vous aider dans vos quêtes. Afin de grandir et de vous améliorer, vous allez devoir attirer les faveurs de l'armée comme du Grand Duc qui dirige Gransys depuis sa capitale, Gran Soren. Serez-vous capable de débarrasser Gransys du dragon tout en apprenant le maximum sur cette étrange boucle aux allures de prophétie funeste ? Serez-vous le sauveur ou celui qui permettra le règne du dragon par ses échecs ? C'est en tout cas à vous de forger votre destin.

Avant de revenir sur l'univers du titre, il faut avouer que l'histoire s'avère globalement décevante même si ce n'est pas le plus dommageable tant le jeu se parcourt souvent avec plaisir. Néanmoins, il y avait du potentiel pour nous proposer une intrigue assez intéressante proche du conte à l'aide de vieilles prophéties, de  cycle de fin du monde et du statut de héros en devenir sur qui reposent les espoirs d'un pays. Néanmoins, le scénario décide de se rendre très discret pendant une grosse partie de l'aventure avant de revenir à la fin pour se perdre dans des considérations bien trop complexes et exagérées pour une intrigue finalement trop bancale. Pourtant de gros efforts ont été faits pour créer un univers cohérent peuplé de PNJ très souvent doublés et des quêtes annexes parfois bien poussées. Mais l'ensemble s'avère trop classique voire trop sage et on sent vraiment l’influence nippone dans le scénario qui fait beaucoup penser aux J-RPG sur la fin avec ce combat contre la destinée et des considérations divines... La scénario n'existe vraiment qu'au début et à la fin avec un milieu qui propose une progression faiblarde où l'on enchaîne les quêtes sans jamais vraiment se concentrer sur les tenants et aboutissants. Cela est vraiment dommage car le système de pions aurait pu apporter beaucoup à l'intrigue qui reste ainsi vite oubliée.

L'univers de Dragon's Dogma est un monde d'héroïc-fantasy assez classique sans proposer toutefois des races vraiment définies en civilisations séparées. Les humains représentent la plupart des habitants et les ennemis sont à prendre dans le bestiaire classique du genre avec des brigands, gobelins, squelettes, morts-vivants, hommes-lézards, trolls, golems et évidemment dragons. On apprécie finalement l'arrivée d'ennemis tirés de la mythologie grecque avec les chimères et autres cyclopes. Pour les environnement, on reste aussi dans le classique avec une direction artistique visant une fantasy tendance "Europe médiévale" avec des teintes assez froides. Les décors sont quand même très plaisants à parcourir avec la grande capitale Gran Soren entourée de plaines riches en ruines. On apprécie aussi les forets inquiétantes, les grottes remplies de dangers ou encore les passages montagnards tortueux. Techniquement, le titre s'avère très solide pour un open-world de 2012 (2013 pour la version Dark Arisen) avec notamment une magnifique profondeur de champs permettant de vraiment se rendre compte des chemins parcourus.

S'il n'est pas porté par un scénario inspiré, Dragon's Dogma permet quand même de nous apporter un souffle épique avec une bonne ambiance fantasy. On reste néanmoins très loin de ce qu'est capable de faire la série des The Elder Scrolls pour citer une inspiration évidente du jeu. Mais on apprécie le fait de parcourir les différentes régions de Gransys avec les personnages que l'on a créé et les pions que l'on a recruté. Voyager dans des lieux inconnus avec la présence d'ennemis pouvant s'avérer coriaces ou une simple bande de gobelins. On a vraiment le sentiment d'explorer un univers cohérent, même si trop classique. Cela renforce encore une fois l'impression que Capcom a réussi à planter un magnifique décor, de nombreux personnages et une pelletée d'ennemis sans trop savoir comment y intégrer une vraie histoire... C'est dommage parce que les donjons sont intéressants à découvrir avec de bons level-design. Il est vraiment plaisant de progresser et de bien gérer ses alliés comme son inventaire avant un combat de boss très souvent épique. Cela fonctionne aussi grâce à la bonne science du détail dont ont fait preuve les développeurs. On arrive donc à bien s'immerger dans le monde de Gransys et à ressentir par moments le souffle de l'aventure notamment grâce aux combats dantesques et autres musiques composées par des vétérans tels que Inon Zur.

Dragon's Dogma est donc un open-world proposant une carte à parcourir qui s'avère assez grande pour contenter les explorateurs que nous sommes mais pas assez gigantesque pour entrer au panthéon du genre. De fait, le joueur est assez libre de maîtriser sa progression car le titre pullule de quêtes annexes. On peut aussi très bien enchaîner la trame principale (qui par moments ressemble malheureusement plus à une addition de quêtes annexes...) mais l'expérience fera vite défaut. Le jeu a la bonne idée de nous laisser collecter les quêtes et les faire dans l'ordre que l'on souhaite sauf celles assez soporifiques d'escorte qui obligent à se trimballer un PNJ tant qu'on ne l'a pas amené à bon port. Malgré quelques quêtes annexes un peu plus travaillées (parfois plus mémorables que celles principales) il faut avouer que la majorité de ce qu'il y a relève de l'anecdotique, de la quête Fedex à celle qui demande de tuer tant d'ennemi ou le nettoyage d'un camp de brigand... Les plus acharnés auront donc de quoi faire mais la traversée de Gransys va vitre s'avérer fastidieuse étant donné qu'il n'y a qu'une seule grande ville devenant notre point de chute multipliant les aller-retours. Heureusement que la version Dark Arisen offre ce qu'il faut de pierre et de portails de téléportation... Passée son agréable découverte, l'open-world de Dragon's Dogma s'avère au bout de plusieurs dizaines d'heures assez redondant à parcourir...

Mais ce qui fait vraiment le sel de ce RPG c'est son côté action qui est bien souvent assez épique. Entre Diablo (pour son côté hack'n'slah), Dark Souls (pour la gestion de la barre d'endurance) et Shadow of the Colossus (pour la nécessité de grimper sur les gros ennemis), le système de combat s'avère vraiment dynamique et très efficace. De plus, les différentes classes (guerrier, archer, mage ou des hybrides) permettent des approches différentes. Et comme on peut préparer son équipe à l'envie, cela permet des approches tactiques intéressantes selon les quêtes en cours. Cela donne des affrontements avec de nombreux combattants qui s'en donnent à cœur joie où la collaboration avec les pions est aussi simple que bien trouvée. Il faut trouver un bon compromis entre les attaques à distance et le corps à corps, entre le healer et le tank... Affronter un boss demande souvent une bonne dose de patience et de coordination. Lui monter dessus pour directement s'occuper de son point faible est assez grisant. Les combats sont aussi le vrai point fort du jeu. Mais encore une fois, Capcom ne réussit pas à convaincre parfaitement du fait de pions dont l'IA pourra vous faire pester, de caméras en galère dans les endroits exigus et du manque de raccourci pour les soins obligeant à passer par de fastidieux menus.

L'aspect purement RPG du jeu est aussi complet que classique si ce n'est pour le système de pions. Notre personnage et notre pion gagnent des niveaux contrairement aux deux pions que l'on peut invoquer à travers des lieux prévus à cet effet. On peut ainsi engager deux pions qui sont du même niveau (ou inférieur) que nous ou de niveaux supérieurs mais cela nous coûte des points que l'on gagne en réussissant des quêtes. Il faut ainsi souvent changer d'équipes et on peut même invoquer les pions principaux créés par les autres joueurs et constituer son équipe selon ses besoins. Bien que parfois légèrement contraignant, le système est intelligemment fait et fonctionne bien souvent. On passe du temps à créer des équipes adaptées à la situation. Notre pion principal peut aussi être engagé (sans qu'il ne disparaisse de notre partie néanmoins) et gagne des objets comme des connaissances. Cette imbrication subtile d'une forme de multijoueur dans un titre solo est vraiment bien pensée. Pour le reste, on peut changer de classe, on doit bien gérer l'équipement de nos personnages et aussi gérer le loot que l'on récupère un peu partout. Cela permet aussi d'introduire un système de craft comme d'amélioration de l'équipement assez efficace à défaut d'être indispensable... Le gros problème est que les menus sont vraiment peu pratiques et sont un exemple parmi d'autres de la lourdeur dont peut faire preuve le jeu en général. Se lancer dans Dragon's Dogma : Dark Arisen c'est malheureusement en accepter les défauts évidents... Néanmoins, si vous accrochez, vous pourrez facilement atteindre les 50 heures de jeu...

L'édition Dark Arisen du titre comprend donc le long DLC « Le Récif de l'Amertume » qui pourra vous prendre entre 10 et 15 heures de votre temps selon votre niveau et surtout votre patience... Dans cette production additionnelle, Capcom s'inspire complètement de Dark Souls et le A-RPG à la From Software à commencer par une ambiance dark fantasy assumée. L'intrigue vous demande de rejoindre le Récif de l'Amertume à la demande d'une étrange femme semblant être liée au cycle des Insurgés. Sur place vous attend une sorte de château/donjon lugubre où de sombres créatures pullulent et où la progression se fera dans l'obscurité à l'aide de vos pions comme celle indirecte d'un aventurier/marchand cynique. Encore une fois, l'histoire est anecdotique... L'intérêt réside dans cette ambiance sombre, qui tranche pas mal avec le jeu de base, et ce level-design tortueux où la progression doit se faire prudemment. Pour tenter l'aventure, soyez au-moins au niveau 50. Les amateurs de challenges corsés pourront s'y donner à cœur joie à battre des boss gigantesques, à survivre à des affrontements violents pour trouver des artefacts et autres équipements à désensorceler. On sent vraiment l'influence de Dark Souls à tous points de vue que ce soit dans la direction artistique, dans les intentions de jeu où devant le gigantisme des boss. Malheureusement, Dragon's Dogma n'est pas Dark Souls et le gameplay s'avère trop rigide pour une telle ambition. On a l'impression que le titre se dénature et j'en ai été très déçu... C'est finalement ça le plus gros problème avec Dragon's Dogma. Il propose beaucoup de choses qui sont quasiment toutes mieux réussies ailleurs...

La conclusion de à propos du Jeu Vidéo : Dragon's Dogma : Dark Arisen [2013]

Auteur Bastien L.
72

Dragon's Dogma, dans n'importe quelle version, est un action RPG très honnête qui emprunte beaucoup de choses en réussissant à bien digérer ses influences. Il reste néanmoins trop classique et son univers bien dessiné souffre d'un cruel manque de scénario digne de ce nom. Il s'avère néanmoins complet dans son aspect RPG, souvent épique dans l'action et le système de pions et une vraie bonne idée. Quant au DLC, son partis pris peut rebuter autant qu'il permet de bien renouveler l'expérience de jeu...

On a aimé

  • Une ambiance fantasy souvent épique (les combats de boss notamment)
  • Le système de pions
  • Un action/RPG assez complet

On a moins bien aimé

  • L'absence d'un réel scénario
  • Pas toujours très ergonomique
  • Le DLC décevant

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