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Critique du film : Le Territoire des ombres [2013], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 8 février 2011 à 17h16

Drame familial à tentacules


Quelques années après l'assez réussi Dagon , une production Fantastic Factory réalisée par Stuart Gordon, le cinéma hispanique lorgne à nouveau vers la mythologie lovecraftienne avec un diptyque cinématographique baptisé La herencia Valdemar. Alors que le deuxième volet vient à peine de sortir sur le territoire espagnol, attardons-nous un peu sur une première partie qui est, hélas, toujours inédite dans notre hexagone (la critique qui suit à été réalisée suite au visionnage du DVD espagnol).

Suite à l'étrange disparition de deux experts en biens immobiliers, leur employeur décide de faire appel à un détective répondant au nom de Nicolas Tremel. Pendant le voyage en train qui va le rapprocher du manoir Valdemar, dernier lieu où ont été vus les disparus, il se fait raconter par une responsable de l'agence l'histoire dramatique et légendaire des anciens propriétaires du domaine...

La herencia Valdemar est un film écrite et réalisé par José Luis Alemán, un cinéaste qui fit ses premières armes dans les domaines du documentaire et des clips vidéo. Le scénario est une histoire originale exploitant de nombreux éléments de la mythologie lovecraftienne auxquels sont adjoints d'autres appartenant à l'histoire ésotérique de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. On y croise ainsi des personnages bien connus pour avoir eu des affinités avec des membres d'ordres ésotériques comme la Golden Dawn (Bram Stoker, Renato Fuccini et... Howard Phillips Lovecraft!). Au sein de ce cercle d'initiés, le personnage le plus influent est l'occultiste Aleister Crowley. Principalement grâce à son pouvoir de persuasion, issu d'un magnétisme quasi surnaturel, c'est lui qui entrainera un couple vertueux, mais en position de faiblesse psychologique, sur le dangereux sentier de la pratique des arts sombres.

En fait, une grande partie de ce film tient plus du drame que du film fantastique. Hormis l'introduction, qui est prétexte à lancer l'enquête du jeune détective et déclencher le flashback qui va nous faire revivre le passé de la famille Valdemar, la première heure raconte l'histoire dramatique de Lazaro et Leonor Valdemar, couple respectable et empli de bonté qu'un scandale public amènera injustement à sa perte. Durant ces moments, on apprend à s'attacher à ces deux personnages - et à leur valet, le brave Jervas - qui ne trichaient que pour faire le bien, et leur chute ne se fera pas sans notre totale compassion; notamment quand des anciens amis vont leur tourner le dos, les abandonnant dans leur détresse et leur honte. Puis, quand est introduit Aleister Crowley, étrange sauveur aux objectifs mystérieux, le récit prend lentement une tournure fantastique et horrifique, entrainant le spectateur dans un univers cauchemardesque (la démarche reste cependant plus sobre que celles effectuées récemment par Ivan Zuccon dans ses œuvres lovecraftiennes).

Le plus frappant dans La herencia Valdemar est l'élégance de la réalisation. La photographie, dont les nuances (de patiné à macabre, en passant par un splendide rendu sépia) épouse de belle manière la nature du récit et colle parfaitement aux deux époques mises en images. Le ton est d'ailleurs donné dés ce générique filmé en faux plan séquence, absolument génial, où chaque visuel est associé au département technique cité (un engrenage pour la réalisation, une poupée défigurée par les maquillages spéciaux, etc.). Au final, on se retrouve donc devant un spectacle ultra chiadé mais absolument pas pompeux car en parfaite concordance avec le sujet traité et la scène exposée. Comme dans les meilleurs films de Tim Burton, on peut vraiment dire que l'image respire le récit. Même constatation pour la mise en scène, qui peut apparaitre certes un peu trop académique et explicite mais, par ce choix, José Luis Aleman amène un très pertinent ton classique, gothique et victorien. Au final, plus qu'un film d'horreur, La herencia Valdemar se veut entretenir une atmosphère de mystère et, du moins durant sa première heure, évoque plus Edgar Allan Poe qu'Howard Phillips Lovecraft.

De toute manière, l'intrigue est suffisamment bien fournie en mystères et en protagonistes pour rendre digeste la relative lenteur du flux narratif. Tous les personnages, même les plus secondaires, bénéficient d'une introduction appliquée et le récit laisse apparaitre de nombreuses zones d'ombres qui titillent notre intellect, comme le rôle à jouer du duo d'individus qui "sauvent" Luisa ou la nature exacte de la corporation dirigée par Maximilien. Des questions dont les réponses seront fournies probablement dans le second film (du moins, on l'espère!). Quand à la dernière demi-heure, nettement plus démonstrative, elle étonne par la qualité des ses effets spéciaux, qui sont vraiment très satisfaisants, que cela soit les effets visuels ou les maquillages. Tous ces éléments contribuent à donner à La herencia Valdemar un aspect luxueux, nous faisant oublier son modeste budget (environ 10 millions d"euros).

Bon, à coté de cela, tout n'est pas excellemment réussi dans La herencia Valdemar. On peut en effet notre que José Luis Aleman manque parfois de finesse dans la récupération des icones et des symboles. La possession de Leonor Valdemar, par exemple, avec son rendu très "Fulcien" (on pense à Frayeurs et L'Au-delà, les œuvres lovecraftiennes d'il maestro), dénote par rapport à la sobriété de l'ensemble et apparait comme un cliché un peu forcé. Ensuite, si les spectateurs les moins patients pourraient trouver l'histoire du couple Valdemar un peu lente à décoller, ils devraient plus regretter que la mise en place de la séance de spiritisme et que l'étude du Rituel du Dunwich n'ait pas bénéficiée de la même attention. Personnellement, j'aurai aimé en savoir plus sur ce fameux livre. Enfin, on peut critiquer le fait que personnage d'Aleister Crowley apparait ici plus comme un vulgaire fou dangereux que comme un individu mégalomane suivant une quête d'inspiration cosmique -  ce qui aurait été plus intéressant.

Pour finir sur une bonne note, un petit mot sur l'interprétation. Franchement, le casting de La herencia Valdemar est, dans son ensemble, formidable. Cependant, s'il fallait en distinguer quelques uns, je citerais Laia Marull et Francisco Maestre. La première interprète avec une grande distinction Leonor Valdemar, un femme certes brisée mais qui sait rester digne dans le malheur, et le deuxième incarne avec aisance le sulfureux Aleister Crowley, usant de son physique massif pour imposer son personnage. Enfin, notons la présence au casting du regretté Paul Naschy (alias Jacinto Molina), qui interprète ici son dernier rôle. La star espagnole du cinéma d'horreur, mondialement célèbre pour son personnage lycanthrope de Waldemar Danisky - hommage ou coïncidence? - incarne dans les deux volets le fidèle majordome Jervas.

La conclusion de à propos du Film : Le Territoire des ombres [2013]

Nicolas L.
70

Premier volet d'un diptyque lovecraftien, La herencia Valdemar, petite production espagnole méconnue, est une excellente surprise. Bien réalisé, doté d'une excellente atmosphère gothique et exploitant une intrigue captivante, le film de Juan Luis Aleman récupère de la plus élégante des manières l'univers de l'écrivain de Providence. Certains pourront reprocher au métrage une première partie peu spectaculaire, tenant plus du simple drame familial que du film fantastique. Il n'auront pas vraiment tort car La herencia Valdemar se veut plus être un film d'atmosphère qu'un film d'horreur graphiquement poussé. Et dans ce registre, la démarche est (presque) parfaitement accomplie.

Que faut-il en retenir ?

  • Une intrigue accrocheuse
  • Une belle photographie
  • Une réalisation très élégante
  • Un casting de qualité
  • Des effets spéciaux satisfaisants

Que faut-il oublier ?

  • Quelques petites faiblesses narratives
  • Une première partie peu spectaculaire

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