Critique La face obscure du soleil [1988]
Avis critique rédigé par Bastien L. le jeudi 25 juin 2026 à 09h00
Les débuts galactiques de Terry Pratchett
« Dans la fausse aurore, un vent chaud, venu de l'est se mit à souffler, agitant les tiges des roseaux secs.
Le brouillard qui planait sur le marécage se déchira en arabesques baroques aussitôt emportées par la brise. De petites créatures nocturnes s'enfouirent précipitamment dans la boue. Au loin, invisible derrière les lambeaux de brume, un oiseau de nuit éleva son cri rauque parmi les lits de roseaux flottants »
Si l'immense Terry Pratchett fut principalement connu pour sa saga Les Annales du Disque-Monde, ce ne fut pas sa première œuvre. Il écrivit d'abord quelques romans démontrant un écrivain en construction.
C'est en 1983 que parut au Royaume-Uni La Huitième Couleur, premier tome des Annales du Disque-Monde, une saga de fantasy comique qui fait maintenant intégralement partie de la culture populaire littéraire. Le romancier anglais Terry Pratchett (disparu en 2015) connut néanmoins une première vie littéraire plus compliquée avant ce succès. On sentit néanmoins cette œuvre incroyable en formation en lisant son premier roman, Le Peuple du Tapis, paru en 1971. Le récit d'un jeune écrivain de 23 ans qui ne reçut pas un accueil très important. Pratchett, qui était alors journaliste à cette époque, poursuivit néanmoins dans le domaine de l'imaginaire mais cette fois-ci vers la science-fiction parodique. Il cible en effet principalement Isaac Asimov et Larry Niven dans La face obscure du soleil édité au Royaume-Uni en 1976 avant d'être traduit chez nous en 1988.
Le roman se déroule dans un futur apparemment lointain où la Terre a exploré l'espace en rencontrant de nouvelles espèces et en s'installant sur différentes planètes lointaines qui ont entraîné des mutations et une division au sein de l'humanité. La robotique est devenue aussi très poussée offrant un contraste entre des mondes technologique et ceux plus ruraux comme la planète Reverseau. C'est ici que vit Dom Sabalos, héritier d'une des familles les plus puissantes de la galaxie qui a fait main-basse sur une denrée locale permettant de prolonger la vie et de soigner très efficacement n'importe quelle blessure. Dom s'apprête par ailleurs à devenir le Président héritier de son monde et d'autres honneurs. La veille se son investiture, il est malheureusement la cible d'un assassinat qui échoue tandis que sa famille lui cache qu'il va se faire assassiner le lendemain selon les prédictions de la grande science des probabilités. Néanmoins, il survit une nouvelle fois probablement parce qu'il doit mener une quête décrétée impossible : retrouver la race supérieure disparue des Jokers. Le seul indice dont il dispose est un poème expliquant que la race se trouve sur la face obscure du soleil...
Comme Le Peuple du Tapis, La face obscure du soleil est un court roman, moins de 200 pages en version poche. Il est surprenant quand on connaît un peu l’œuvre de Pratchett car il se montre bien plus sérieux qu'à l'accoutumé. Pourtant on sent poindre l'humour sarcastique et cynique de l'auteur mais de manière plus timorée. Comme s'il tentait de lutter contre sa nature dans une œuvre qui se fait bien plus sérieuse au service d'un récit très rythmé où l'on va de planète en planète découvrir une galaxie des plus étonnantes. Le côté parodique n'est donc pas forcément là pour être poussé le plus loin possible dans la comédie même si les références sont assez évidentes quand bien même je ne connais qu'un seul roman de Larry Niven (La paille dans l’œil de Dieu) mais on y reconnaît la description d'une galaxie peuplée de nombreuses espèces aliens avec de nombreux mondes à visiter. En revanche, il n'est pas difficile de reconnaître l'influence de Isaac Asimov que cela soit via son cycle des Robots avec le personnage de l'androïde Isaac (oui la référence est subtile...) qui est très content de sa condition ou encore tout ce qui concerne les probabilités faisant directement penser à la saga Fondation... Bref, si vous aimez la science-fiction américaine des 30 Glorieuses alors vous serez en terrain connu.
Et pas seulement pour le côté parodique mais aussi pour l'univers décrit par Terry Pratchett. L'auteur britannique joue par ailleurs volontairement la carte de l'exotisme SF en nous abreuvant de beaucoup de termes, de créatures comme d'espèces afin de nous donner des réponses au compte-goutte. ratchett réussit ici à inventer de nombreuses planètes, des créatures très étranges et des personnages secondaires surprenants mais bien travaillés. Il embrasse ici pleinement une science-fiction qui est résolument très 70's avec cette humanité décrite au milieu d'une galaxie maîtrisée et s'étant mélangée à d'autres espèces. Un récit offrant aux lecteurs avides d'univers imaginaires incroyables ce qu'ils réclament quitte à parfois frôler l'overdose. Plusieurs passages du livre s'avère brouillons tant Pratchett laisse libre court à son imagination dans un roman trop court faisant qu'on a du mal à digérer tout ce qu'il nous propose. Certes cette grande quête sur la place de l'huamanité au sein de la galaxie sait se montrer plaisante avec son rythme soutenu, quelques passages forts et son humour sous-jacent. Une quête intergalactique où l'absurde n'est jamais loin annonçant quelque peu Le Guide Galactique de Douglas Adams...
On vous le conseille si vous aimez Les Annales du Disque-Monde, Fondation, Le Guide Galactique...
La conclusion de Bastien L. à propos du Roman : La face obscure du soleil [1988]
La face obscure du soleil est un roman pleinement ancré dans son époque et qui en parodie les grands maîtres. On a aussi affaire à l’œuvre d'un jeune Terry Pratchett qui n'a pas encore plongé dans la fantasy et l'humour assumé comme il le fera brillamment quelques années plus tard. Un roman de jeunesse qui possède de réels défauts comme des passages assez brouillons mais qui démontre le talent de Terry Pratchett. Évidemment, il s'avère moins fort si les références parodiés ne sont pas connues...
On a aimé
- Une plaisante aventure galactique
- L'humour parodique sous-jacent
- Un dépaysement garanti
On a moins bien aimé
- Un humour pas assez assumé
- Très brouillon par moments
- Un roman mineur