Critique La Forêt de cristal [1967]
Avis critique rédigé par Bastien L. le vendredi 10 juillet 2026 à 09h00
Apocalypse Glow
« Quand le Dr Sanders vit pour la première fois s'ouvrir devant lui l'estuaire du Matarre, ce qui l’impressionna le plus fut l'eau sombre du fleuve. Après bien des retards, le petit vapeur approchait enfin de la ligne des jetées, mais bien qu'il fut déjà 10 heures, la surface de l'eau était encore grise et lourde, teinte des sombres nuances de la végétation croulant sur les rives. »
La science-fiction a illustré de bien des manières l'apocalypse (et souvent ce qui suit) mais rares sont ceux l'ayant fait avec l'originalité de J. G. Ballard et sa cristallisation du monde.
Alors jeune auteur d'une trentaine d'années durant les 60's, l'Anglais J. G. Ballard proposa quatre récits mettant en scène une apocalypse. Après Le vent de nulle part (1961), Le Monde englouti (1962) et Sécheresse (1964), le dernier tome de cette Tétralogie des apocalypses fut proposée en 1966 sous le nom de La Forêt de cristal. Comme plusieurs œuvres de l'écrivain, il s'agit d'une version longue d'une nouvelle antérieure, L'Homme illuminé, issu de son recueil La Page ultime (1964). En France, on a eu la chance d'obtenir une traduction rapide de ce roman grâce aux éditions Denoël qui l'inclut dans sa prestigieuse collection Présence du Futur ici critiquée. Cela est important car une nouvelle traduction fut proposée en 2008 mais ce n'est pas celle-ci que j'ai eu sous les yeux contrairement à cette critique de Manu.
Le roman se déroule à l'époque de son écriture et met en scène le Dr. Edward Sanders qui est un médecin travaillant dans une léproserie en Afrique depuis plus d'une décennie. Il y était collègue de Max et (surtout) Suzanne Clair avec qui il avait eu une liaison. Le couple était partie travailler au Cameroun et Suzanne a envoyé une lettre curieuse à Edward. Ce dernier se décide à les rejoindre et arrive à Port Matarre où règne une ambiance mystérieuse. En arrivant, il est utilisé contre son grès par l'étrange Ventress afin de faire passer une arme tandis que la ville semble vide. Il apprend qu'il lui est impossible de rejoindre ses amis vivant au cœur d'une forêt. Il entend par ailleurs des rumeurs sur cette forêt connaissant un problème certain et commence à voir dans la ville des objets en cristal magnifiquement réalisés reproduisant des fleurs ou des branches d'arbre... Il fait aussi la connaissance sur place de la journaliste Louise Péret dont l'équipe a disparu dans la forêt. Il va donc devoir s'y embarquer alors qu'il semble que la nature soit en train de se cristalliser à grande vitesse...
Avec ce roman, J. G. Ballard nous propose le tout début d'une apocalypse qui aura probablement lieu des années après la fin du roman. On y lit surtout la progression difficile du Dr. Sanders tentant de se frayer autant un chemin vers ses amis que vers une vérité qui dérange et surtout qui inquiète. Au début du roman, l'apocalypse est donc en arrière-plan avant de devenir bien plus présente vers son milieu dans ce court roman de 200 pages environ. Malgré cette petite longueur, on sent que Ballard a lutté pour transformer sa nouvelle en récit plus ambitieux et cela se ressent. Il y a parfois trop d'allers-retours dans les progression de Sanders comme pour retarder artificiellement la découverte de la cristallisation. De même, il y a quelques soucis avec des dialogues manquant souvent de sincérité et de fluidité pour une nouvelle fois mettre plus de temps à faire apparaître les réelles motivations des personnages. Si l'intrigue principale se lit avec intérêt, elle manque de péripéties assez solides comme de dialogues bien ficelés pour tout le temps nous tenir en haleine.
Malgré cela, le roman a quelque chose de captivant dans cette idée de fin du monde par cristallisation. Cela permet de belles envolées lyriques de la part de J. G. Ballard qui sait rendre cela aussi fascinant que poétique. Une sorte de fin du monde dans un éclat de lumière dont les implications liées à un temps inéluctable forment une belle parabole sur la maladie qui finit toujours par ronger les chairs. Le fait que la lèpre soit un des thèmes présents du roman n'est clairement pas un hasard. Mais ce qui intéresse le plus Ballard ce sont les motivations des personnages face à leur monde qui est en train de disparaître que cela soit pour ceux ayant des motifs terriblement humains, ceux toujours motivés par l'idée de possession ou ceux voulant rester malgré tout... En face d'eux, on trouve des personnages qui sont fascinés par cette fin du monde quitte à y plonger volontairement... Après avoir lu Le Monde englouti, on retrouve aussi la fascination de Ballard pour les sauriens ou sa défiance envers les hommes un peu trop blancs... Enfin, on garde en mémoire ce roman pour les excellentes descriptions des payses cristallisés qui resteront gravés dans notre mémoire.
On vous le conseille si vous aimez Le Monde englouti, l'apocalypse, les cristaux...
La conclusion de Bastien L. à propos du Roman : La Forêt de cristal [1967]
La Forêt de cristal est un court roman nous faisant vivre les prémices d'une apocalypse à travers le prisme de personnages très humains qui surnagent comme ils peuvent face à cette tragédie. Si l'intrigue principale comporte de réels défauts, le talent descriptif et poétique de Ballard fonctionne à merveille comme son exploration de la psyché humaine.
On a aimé
- L'originalité de l'apocalypse
- Une aventure dépaysante
- Le style souvent poétique de Ballard
On a moins bien aimé
- Un récit un peu frustrant dans sa fin
- On sent trop la nouvelle transformée en roman
- Trop de dialogues inutiles
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