Le futur est là et cette dystopie est bien pourrie !
Bolchegeek de retour pour un essai percutant !

Avec COGIPpunk : comment le monde est devenu une dystopie discount, Benjamin Patinaud prolonge exactement ce qu’il fait depuis des années sous le nom de Bolchegeek : prendre la pop culture au sérieux pour mieux disséquer le réel. Passé par YouTube où il s’est construit une audience solide en décortiquant films et imaginaires politiques, il s’est imposé comme un vulgarisateur capable de relier blockbuster et lutte des classes sans perdre son public en route. Après Le Syndrome Magneto, où il explorait la figure du “méchant” comme révélateur idéologique, il déplace ici le projecteur : ce n’est plus la fiction qui est interrogée, c’est notre quotidien qui devient suspect.

Son idée tient en une formule qui claque : nous vivons dans une dystopie, mais une dystopie médiocre. Pas de néons, pas de hackers charismatiques, pas de rébellion stylisée — seulement des open spaces, des process absurdes et des outils numériques qui plantent au pire moment. Là où le cyberpunk promettait une fascination trouble, un invers foisonnant et technovisible, la réalité livre une version administrative, presque mesquine, du cauchemar. Le futur n’a pas dérapé dans le spectaculaire, il s’est enlisé dans le banal. Personnellement d'accord avec son analyse, je suis tout de même heureuse que nous ayons développé le WiFi à la place des prises jack fichées dans le cou !

Ce qui fait mouche, c’est la précision avec laquelle l’auteur attrape des sensations diffuses pour les transformer en diagnostic. Il capte cette fatigue particulière liée au travail tertiaire, cette impression d’être coincé dans des systèmes trop gros pour être compris et trop absurdes pour être justifiés. Il connecte sans effort science-fiction, management contemporain, culture web et désillusion politique. Le tout avance vite, avec un sens du rythme hérité de la vidéo : ça enchaîne, ça percute, ça amuse autant que ça agace. Dès l'introduction, vous allez rire jaune !

Mais cette efficacité a un revers. À force d’empiler les exemples, le propos donne parfois l’impression de glisser en surface. L’intuition est forte, la formule brillante, mais certaines pistes auraient mérité d’être creusées plutôt que survolées. L’angle choisi ne tremble jamais : la critique du capitalisme structure tout et ça fonctionne redoutablement bien. Parce qu’il met des mots sur un malaise largement partagé, sans jargon ni pesanteur. Parce qu’il transforme une impression vague — celle d’un futur décevant — en concept immédiatement reconnaissable. Et surtout parce qu’il rappelle, avec une ironie grinçante, que le problème n’est pas que la dystopie soit arrivée, mais qu’elle soit aussi peu impressionnante. On est touts d'accord que mad max comme fin du monde, ça claque plus qu'une pandémie de Covid !

Auteur : Nathalie Z.
Publié le mercredi 6 mai 2026 à 08h00

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