Recueilli, blessé mortellement dans son orgueil et dans sa chair, à bord du brise-glace de l’explorateur
Robert Walton (
Donald Sutherland),
Victor Frankenstein, au seuil de la mort, effectue une relecture de sa vie avec comme témoin cet autre utopiste, cette sorte de capitaine
Akkab près à sacrifier son équipage pour matérialiser sa chimère. Là, allongé sur cette couche misérable, il va raconter la dramatique histoire qui causera sa perte et celle de toute sa famille.
Le première partie, assez rapide, met en place les différents personnages qui auront une importance affective majeure dans l’existence de
Victor Frankenstein. On y voit ainsi le futur savant durant une période heureuse de son enfance avec l’arrivée dans sa vie de son unique amour et sœur adoptive,
Elizabeth, et de
Henry, son plus cher ami. Puis, d’une façon toujours aussi rythmée et directe (usage d’ellipses très osées), sans relents mélodramatiques nauséabonds, on assiste à la prise de conscience de
Victor sur les méfaits de la Mort, cette entité injuste qui va emporter son chien mais surtout sa jeune et douce mère, victime d’une affection alors incurable. Secoué par ces évènements inattendus, Victor va prendre conscience de la faiblesse de la science face à la souffrance, la maladie, mais surtout la mort.
Victor et Elizabeth, un bonheur éphémère
Parvenu à l’age d’adulte,
Victor se rend donc à l’université, en compagnie de
Henry. C’est dans ce milieu privilégié qu’il va découvrir les mystères de la nature, en grande partie grâce à son mentor, le professeur
Waldman, incarné de superbe manière par le très en forme
William Hurt. Même si l’on a du mal à comprendre la façon dont il peut se faire doter de tout ce matériel scientifique (avec notamment ce gigantesque laboratoire), l’idée de transformer le mégalo
Victor Frankenstein, propriétaire de château, en un étudiant ambitieux, surdoué et (trop) enthousiaste, me parait judicieuse dans le sens que son inexpérience permet de justifier ses erreurs, ses égarements philosophiques, et ses imprudences. Car c’est dans le cadre de ses études universitaires que
Victor donne vie à sa créature, à partir de morceaux de cadavres récupérés dans une fosse commune.
Si la reconstitution de la séquence ‘’d’éveil’’ de la créature est réalisée de manière classique (eau, orage, éclair, etc…), il en est autrement ensuite. En effet, non seulement le jeune scientifique donne la vie à sa création, mais de plus, cette dernière conserve la conscience et l’intellect de sa vie passée, à défaut de sa mémoire (solution pratique mais peu crédible, tout compte fait). En d’autres mots, non seulement la Créature comprend très bien ce qu’on lui dit, mais de plus elle est douée de la parole et elle sait même lire ! Au début du 19ème siècle, on peut même dire qu’elle est plus érudite que le commun des mortels.
Une chambre d'étudiant bien spacieuse
Le choix peut sembler saugrenu, voire déplacé, mais cette liberté scénaristique a un avantage dramatique certain : un changement psychologique dans le rapport entre
Frankenstein et sa création, un individu presque humain dont les aspects de monstruosité ont quasiment été gommés (mis à part quelques cicatrices et une grande taille). Il s’établit en fait un douloureux rapport père-fils entre les deux personnages. Douloureux dans le fait que le jeune
Victor n’assume aucunement les responsabilités liées à la paternité (il fuit même lors de leur première rencontre). Lentement, abandonnée et privée d’affection, la Créature va se noyer dans le violent tourbillon de la jalousie.
Après une tentative d’adoption ratée au cœur d’une famille rurale réunissant dans la même maison la petite fille de la rivière et le vieil aveugle (clin d’œil très sympathique), la Créature va entamer une procédure de harcèlement et de voyeurisme autour de la propriété des
Frankenstein. Cette période transitoire du script prendra fin à l’occasion d’un accident mortel au cours duquel la Créature, mesurant mal sa force, va tuer le jeune frère de
Victor. Un évènement déclencheur d’un engrenage infernal qui va se mettre en marche, broyant irrémédiablement dans son évolution tout l’environnement de ce père indigne. Et lorsque
Victor refuse définitivement de contenter la créature en détruisant par le feu, sous ses yeux horrifiés, une ‘’fiancée’’ qui lui était destinée, la destruction de la famille
Frankenstein est entamée.
La créature, un air de Fantôme de l'Opéra
Transformé en tueur froid et calculateur, la Créature se matérialise sous la forme d’une Malédiction.
‘’Je serais présent à ton mariage’’, déclare t’elle à un Victor s’engageant dans le terrain dangereux de la paranoia.
Henry et
Elizabeth disparaîtront de l’entourage de
Victor, et seul le vieux
Joseph Frankenstein, brisé par le chagrin, sera épargné par une Créature respectant plus que jamais la notion de paternité. C’est la partie la plus violente du film, mais paradoxalement celle qui m’a le moins convaincu. Je trouve en effet que la transformation psychologique de la Créature est trop abrupte, presque forcée, sans réelle phase de ‘’métamorphose’’, ce qui entraîne des séquences de meurtre peu cohérentes. De plus, le rythme posé et réfléchi de la narration qui jusque là permettait une meilleure exposition des enjeux et des rapports entre les personnages, ne convient plus dans cette partie qui narre une simple histoire de vengeance meurtrière. On y trouve parfois le temps un peu long.
Malgré cet inconvénient,
Frankenstein est un film très réussis dans tous ses secteurs. Et c’est naturellement que j’en viens à parler des comédiens, tous excellents, avec la présence inattendue de deux acteurs français ; la presque américaine
Julie Delpy dans le rôle de la mère de Victor, et
Jean Rochefort dans le rôle du vieil aveugle au violon. Quand à
Victor Frankenstein, il est interprété de manière juste par
Alec Newman, habitué aux rôles littéraires puisqu’il fut le
Paul Atreides du
Dune version 2000. Du coté de la technique, même si les maquillages de la créature sont succincts, les amateurs de belles images seront ravis par une très jolie photographie gothique et romantique.