Critique Frankenstein #1 [1931]

Avis critique rédigé par Bastien L. le vendredi 28 juin 2019 à 09h00

Franky goes to Hollywood

Les cinémas de genre, d'horreur-épouvante en particulier, doivent beaucoup à l'imaginaire et aux grands écrivains du XIXème siècle qui ont été adaptés maintes fois sur grand écran au début du XXème siècle. Des adaptation qui offrirent des codes au genre et qui furent le début d'un cinéma de divertissement qui aime faire frissoner les spectateur. La créature de Frankenstein est assurément son monstre le plus symbolique grâce au film de 1931.

Les personnages de Dracula ou de la créature de Frankenstein appartiennent pleinement à la pop culture mondiale depuis près de 90 ans grâce notamment aux studios de cinéma hollywoodien Universel créés par Carl Laemmle en 1912 et dont le fils, Carl Laemmle Jr., en fut le directeur de production entre les années 1920 et 1930. Lors de l'année 1930, le studio essuie des pertes importantes poussant Laemmle Jr. a investir dans une adaptation du Dracula de Bram Stoker avec Bela Lugosi qui fit un carton au box-office. Cela poussa le producteur à préparer d'autres films d'horreur-épouvante dont l'inévitable adaptation de Frankenstein ou le Prométhée moderne de Mary Shelley. D'abord publié en 1818, ce roman fut un grand succès tout au long du XIXème siècle en étant adapté plusieurs fois au théâtre comme au cinéma (dans des films muets) avant cette production de 1931. Une production qui fut autant l'adaptation du livre que d'une pièce de théâtre ayant adapté Shelley en 1927. Laemmle Jr. confia d'abord le projet au cinéaste franco-américain Robert Florey (dont une partie du récit qu'il avait préparé subsiste) avec Bela Lugosi pour jouer la créature. Suite à de nombreux aléas, ce fut finalement le cinéaste britannique James Whale qui repris le flambeau après le succès de son drame de guerre Waterloo Bridge. Pour jouer la créature, le réalisateur choisit le colosse Boris Karloff dont la carrière pris enfin son envol après près de une décennie de seconds rôles. Whale dirigea aussi des acteurs qu'il avait déjà côtoyé comme Colin Clive et Mae Clarke tandis que la préparation de l'aspect visuel du monstre fut confiée au maquilleur Jack P. Pierce déjà présent sur Dracula.

Le film prend place dans l'Allemagne du XIXème siècle où le brillant et jeune scientifique Henry Frankenstein (Colin Clive) se tue au travail aux côtés de son fidèle assistant Fritz (Dwight Frye) et au grand dam de sa fiancée Elizabeth (Mae Clarke) comme de son meilleur ami Victor (John Boles). Ces deux derniers décident de demander l'aide du professeur d'université (Edward Van Sloan) de Frankenstein pour lui faire retrouver sa raison car son mariage approche. Parallèlement, on comprend vite que Henry et Fritz volent des morceaux de cadavres humains pour recréer la vie. Et c'est au moment où Elizabeth, Victor et le professeur rejoignent Henry et Fritz que l'expérience du scientifique abouti : son corps composé de différents cadavres prend vie grâce à l'électricité... Cette  découverte scientifique incroyable du point de vue d'Henry va vite être confrontée au scepticisme de ses amis comme à l'attitude pas franchement contrôlable de sa créature (Boris Karloff) dont le cerveau est celui d'un ancien criminel...

Le film produit par Universal adapte le roman de Mary Shelley en le simplifiant vraiment notamment en limitant les lieux de l'action comme en resserrant l'intrigue en quelques semaines. Le film est ainsi assez court, selon nos standards actuels, ne dépassant pas les 70 minutes. Malgré cela, cette adaptation définit beaucoup plus que le roman ce que Frankenstein évoque pour le grand public. C'est cette adaptation (en empruntant parfois à la pièce de 1927) qui introduit dans l'imaginaire collectif le rôle du majordome/assistant bossu de Frankenstein, le monstre mutique et rigide, l'utilisation de l’électricité et bien d'autres... En peu de temps, le scénario réussit à être vraiment marquant pour des générations de spectateurs et poser les jalons, comme les figures de style, de tout un genre. Évidemment, le scénario n'est pas sans défaut à commencer par une gestion hasardeuse du temps qui passe dans l'intrigue et aussi quelques raccourcis trop forcés dans son dernier tiers. Ensuite, le film a quand même vieilli en ce qui concerne son objectif de faire peur. Passé 10 ans, le spectateur du XXIème siècle n'aura jamais peur.

Néanmoins, le scénario prend quand même le temps d'aborder intelligemment le thème des limites de la science, comme des scientifiques, tout en posant véritablement la question de savoir qui est le monstre... Les discours et la folie de Heny Frankenstein explorent bien l'orgueil des scientifiques face à la religion ou l'existence de puissances divines qu'ils pensent pouvoir remplacer. Sans trop forcer le trait, le scénario interroge aussi sur l'absence de limite que doit parfois s'imposer la science pour vraiment progresser... Le plus marquant reste aussi la qualité de « monstre » qu'on a du mal à donner à la créature tant elle s'avère finalement beaucoup plus proche de l'animal innocent et maltraité que de la créature diabolique cherchant à nuire. Enfin, le film de James Whale dresse un portrait pessimiste des hommes entre la folie du scientifique se prenant pour dieu, le vieux professeur ayant peu d'influence sur son élève, la méchanceté gratuite de l'assistant, la lâcheté sentimentale du meilleur ami, le comportement ridicule des bourgeois et la manipulation facile de la foule... Seule l'innocente enfant semble trouver grâce aux yeux du réalisateur pour un résultat augmentant la noirceur du film...

Si Frankenstein est aussi iconique est aujourd'hui c'est bien sûr pour l'aspect du monstre montrant l'incroyable collaboration entre l'acteur Boris Karloff et le maquilleur Jack P. Pierce pour créer le monstre sous la direction de James Whale. Les maquillages restent impressionnant même aujourd'hui et font de la créature la véritable star du film définissant son aspect dans la culture populaire pour au moins un siècle. Le reste de la direction artistique tient aussi grandement la route apportant un charme indéniable à l'ensemble avec malgré un aspect forcément vieillot mais qui fait partie intégrante du plaisir de regarder ce classique. Les effets spéciaux sont plutôt bons pour l'époque quand il s'agit de montrer l'utilisation de l'électricité ou les conséquences de la traque de la créature à la fin du film. Le métrage bénéficie aussi de magnifiques décors que cela soit les intérieurs d'époque mais aussi toute la machinerie de Frankenstein pour réaliser son expérience. Le reste des décors montre bien l'influence de l’expressionnisme allemand et du gothique dans la direction artistique ce qui permet de souligner magnifiquement l'aspect fantastique du récit.

Si le montre est bien réalisé, il faut dire qu'il est aussi très bien intérprété. Ce film qui fit de Boris Karloff (The Criminal Code, Five Star Final...) une star du cinéma de genre montre indéniablement les talents du comédien. Incarnant un personnage muet, il devient véritablement la créature avec un jeu combinant parfaitement la rigidité cadavérique de la créature comme son innocence qui apparaît derrière son regard. Tout en sachant se montrer imposant et intimidant quand le scénario le demande. A ses côtés, Colin Clive (La Fin du Voyage, The Stronger Sex...) livre une performance habitée d'Henry Frankenstein retranscrivant parfaitement l'hystérie d'un scientifique au bord de la folie tout en étant juste à la fin quand son personnage se rend compte des conséquences de ses actes. Il réussit avec brio à interpréter les changements du personnage ayant la psychologie la plus approfondie du film. Les seconds rôles sont tout aussi bons comme Dwight Frye (Dracula, Le Faucon Maltais...) en assistant peu recommandable, Edward Van Sloan (Dracula...) en vénérable professeur ou Mae Clarke (The Front Page, Waterloo Bridge...) en touchante fiancée...

La puissance que dégage le film doit beaucoup à son réalisateur James Whale qui apporte sa sensibilité européenne à ce produit de divertissement américain. Le réalisateur britannique montre clairement son passé en tant qu'homme de théâtre sachant tirer le meilleur de ses décors influencés par l’expressionnisme allemand. Cela se ressent notamment dans le travail incroyablement minutieux réalisé sur les ombres qui sont souvent bien plus évocatrices que ce qui se passe au premier plan. Cette mise en scène résolument moderne est parfois légèrement ternie par un montage un peu abrupt qui s'explique peut-être par la mauvaise qualité des copies sur lesquelles sont basées nos versions DVD/Blu-Ray. A ce propos, les versions actuelles sont celles entières sans les coupes de la censure de l'époque. Pour revenir à la mise en scène de James Whale, ses plans sont toujours bien construits mais il ne rechigne jamais à donner du rythme. On apprécie de voir la naissance d'un genre avec des figures de style bien reconnaissables : le monstre très souvent plongé dans l'obscurité ou cacher avant de se dévoiler, le monstre prétendument endormi ou inconscient surprenant celui chargé de le surveiller ou encore le spectateur étant d'abord averti de la présence du monstre avant sa victime. James Whale a donc réussi à rendre son film angoissant pour les spectateurs de l'époque créant un monument du genre.

 

La conclusion de à propos du Film : Frankenstein #1 [1931]

Auteur Bastien L.
80

Certes, Frankenstein a vieilli. Certes Frankenstein ne dispose plus de l'impact émotionnel qu'il pouvait avoir à sa sortie. Néanmoins, Frankenstein est un classique dont la vision est toujours indispensable aujourd'hui autant pour comprendre ce mythe fondateur de notre culture populaire mais aussi pour voir les mécaniques du genre horreur/épouvante se mettre en place sur grand écran. Sans oublier que le film reste artistiquement très intéressant grâce à la mise en scène inspirée de James Whale et la performance iconique de Boris Karloff.

On a aimé

  • La naissance d'un genre
  • Une ambiance et une mise en scène admirablement tissées par James Whale
  • La performance de Boris Karloff, le gentil monstre du cinéma d'épouvante américain

On a moins bien aimé

  • Ca a quand même vieilli
  • Un scénario parfois bancal

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