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Critique du Film : After Earth
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Critique du Film : After Earth

Avis critique rédigé par Jonathan C. le jeudi 20 juin 2013 à 1504

Bienvenue chez les Smith

affiche after earth

A l'image de World War Z avec Brad Pitt, cet attendu After Earth, lui aussi projet SF de longue date, est ce qu'on peut appeler un blockbuster "caprice-de-star", c’est-à-dire un blockbuster produit, interprété et porté par sa star, et ou le réalisateur n’est alors plus qu’un mercenaire exécutant un contrat et suivant les consignes de la star (parfois ça clashe, cf. Marc Forster et Brad Pitt). Dans son acharnement quasi-malsain à vouloir faire de son fils une star à son image, du beau A La recherche du bonheur au remake de Karaté Kid (qu'il produit) en passant par leurs nombreuses apparitions télévisées, Will Smith veut monter un blockbuster pour Jaden Smith et apporte ainsi une histoire à M. Night Shyamalan, qui a bien besoin d'être relancé par une star hollywoodienne après plusieurs échecs critiques et commerciaux. Ça fait mal au cul de le dire (et de l'écrire), mais le prodige de Sixième Sens et de Incassable devient ainsi un yes-man, ici à la solde de la famille Smith (c'est produit par Will et Jada Pinkett Smith, et interprété par Will et Jaden Smith, sur une histoire imaginée par Will et son beau-frère Caleeb Pinkett…). D'un autre côté, Shyamalan parvient tout de même à s'imposer et à faire de cette pure commande un blockbuster assez singulier en forme de série B à la Outlander (souvenez-vous, cet excellent petit film d'aventure SF avec Jim Caviezel, sorti en DTV en France), ce qui peut d'ailleurs expliquer son bide commercial (comme Outlander, justement) et les critiques assassines (ça ne va pas arranger les affaires du réalisateur, détesté des critiques américaines depuis Le Village et ce dont il fait une affaire personnelle dès son mal-aimé et incompris La Jeune fille de l'eau)…

jaden et will smith

En effet, même si After Earth confirme, après Le Dernier Maître de l'air, que M. Night Shyamalan est définitivement plus doué pour gérer un cadre intimiste à suspense qu'une grosse machine hollywoodienne épique, ça fait du bien de voir un blockbuster minimaliste qui ne sombre pas dans la surenchère et prend le temps de raconter son histoire sans cynisme ni précipitations, d'autant plus qu'il ne s'agit ni d'une suite, ni d'un remake, ni d'une adaptation avec super-héros & Cie mais bien d'un scénario original, ce qui devient rare à Hollywood. Du coup, au niveau du spectacle ce modeste After Earth fait pâle figure entre un Fast and Furious 6 et un Star Trek : Into Darkness, qui l'écrasent au box-office. Mais Shyamalan reste un formidable conteur, parvenant à rendre intriguant un récit pourtant très balisé (la mission du héros est d'ailleurs de trouver une balise). Ici, la mise en scène est sobre, toujours assez planante, et le rythme est lent. On est bien chez Shyamalan, qui s’attarde sur les mines perplexes ou torturées de ses personnages et qui gère quelques bonnes séquences de suspense sans taper dans le spectaculaire dopé aux CGI ou au surdécoupage.

C'est, d'un autre côté, la faiblesse de son film, qui manque de péripéties et de morceaux de bravoure, surtout dans une quête initiatique autour de la peur et du contrôle de soi, thèmes d'ailleurs typiques du cinéma de M. Night Shyamalan (on devine ce qui a intéressé le réalisateur dans l'histoire apportée par Will Smith). Pour étayer cette thématique, le cinéaste se réfère plusieurs fois à Moby Dick (l'apprentissage de la vie et de la survie dans la lutte contre un monstre), une influence majeure dans son oeuvre et également très présente dans sa série en développement Lost Horizon, qu'il présente d'ailleurs comme un "Moby Dick moderne". Mais avec After Earth, le Shy ne va pas au bout de son traitement. Le combat contre la peur se résume principalement à des babouins agressifs et à une créature extraterrestre que l'on ne verra finalement que lors d'un affrontement final trop bref, même si visuellement séduisant. Le héros devient un Ranger et maitrise « l'effacement » (le fait de ne pas ressentir la peur et d'être donc bien plus fort) très soudainement, et la fin est aussi débile qu'expédiée (« Je veux travailler avec maman », ou comment foirer tout un récit initiatique avec une réplique pour faire rire). Avec ce pitch de survival SF sauvage, il y avait de quoi fabriquer un mélange excitant entre La Planète des singes, John Carter, Predator et Avatar, mais Shyamalan passe à côté de l'aspect aventure old school (même si After Earth, à l'image du très bon Oblivion sorti la même année, évoque beaucoup les films SF des années 60 et 70 comme, justement, La Planète des singes) pour privilégier, comme toujours, le versant intimiste et spirituel, la quête mentale, la psychologie (certes ici très basique). L'ensemble n'est pas assez viscéral, pas assez méchant, pas assez féroce, à l'image d'une des rares créatures du film, l'oiseau géant, d'abord prédateur menaçant (d'ou une efficace traque aérienne, très inspirée par Avatar) puis finalement bienfaiteur (ce qui amène une petite scène assez touchante). Shyamalan fait dans l'anti-spectaculaire, ce pourquoi il ne sera jamais adapté aux gros blockbusters d'action. On espère d’ailleurs le voir revenir au thriller surnaturel (ça coute pas cher et ça peut rapporter gros, en plus).

jaden smith after earth

S'il déçoit par rapport à son pitch et n'échappe pas à quelques fautes de goût (notamment des ralentis kitsch), After Earth n'en reste pas moins très agréable à suivre, truffé de plans assez impressionnants, de belles images iconographiques, de CGI convaincants (sans être transcendants) et de petites séquences captivantes, dans une prod design SF/nature hostile très réussie (jusqu’aux accessoires) et sur un superbe score d'un James Newton Howard toujours aussi inspiré chez Shyamalan, sans oublier le travail formidable du grand chef opérateur Peter Suschitzky (L'Empire contre-attaque, les films de David Cronenberg…). Comme dans Le Dernier Maître de l'air (et sa superbe séquence du raz-de-marée sur la ville), quelques fulgurances ressortent dans un ensemble trop sage et pompeux, mais tout de même propice à un bon moment d’évasion. Le talent de M. Night Shyamalan est partiellement bouffé par la famille Smith, d'autant plus dommage que Jaden Smith est toujours aussi mauvais et crispant, ce dont son père ne semble logiquement pas se rendre compte. Blessé et bloqué dans le vaisseau pendant la majeure partie du récit, Will Smith, pourtant excellent, s'efface pour laisser la vedette à son fils pistonné, qui s’était imposé sur le projet depuis fin 2010 bien avant que Will Smith ne décide de jouer son propre père à l'écran. Peut-être la star de Bad Boys, Men in Black et Independence Day a t-elle voulu, par ce choix, ajouter une dimension personnelle et familiale à son blockbuster. Mais After Earth aurait probablement été bien meilleur avec seulement Will Smith en tête d'affiche (d'autant plus qu'il était parfait dans Je suis une légende, dans un registre similaire), sans cette relation père-fils narcissique qui parasite le film, et sans ce personnage de fils-warrior aux réactions agaçantes (lancer une pierre sur le singe, sauter dans le vide…), loin d’un vrai héros charismatique qui aurait ajouté du caractère à l’ensemble. Ce caprice de star précipité mène Will Smith à son premier véritable échec commercial, son premier bide au box-office, l'acteur ayant depuis déclaré vouloir s'éloigner des grosses productions hollywoodiennes pour jouer dans des petits films d'auteur (ce qu'il fait parfois, cf. les deux mélodrames de Gabriele Muccino). Trop habitué au succès, Will Smith semble ne pas supporter l'échec (à raison, cela dit), encore moins quand il concerne directement son fils.

jaden smith after earth

Quant à la dimension scientologique de l'histoire (le dépassement de l'Homme et sa survie par voie spirituelle), elle ne choque pas plus que ça (ce n’est pas de la propagande nauséabonde à la Terre champ de bataille avec John Travolta) puisque les préceptes de la Scientologie sont des thèmes récurrents du cinéma de science-fiction. Le scénario, écrit par Gary Whitta (Le livre d'Eli) et Shyamalan d'après l'histoire apportée par Will Smith (mais des scénaristes de renom comme Stephen Gaghan et Mark Boal ont également travaillé dessus), reste très sommaire, minimaliste et autant avare en rebondissements qu'en scènes d'action, ce qui apporte paradoxalement une certaine fraicheur, une sérénité inhabituelle dans une production à 130 millions de dollars. Les meilleurs passages sont les silences, les moments de réflexion que le cinéaste filme avec son style si propre, un style flottant, discret et sobre. A l’époque ou After Earth s’appelait encore One Thousand A.E, une première version du script devait opposer, sur une Terre abandonnée par ses habitants, le jeune héros Kitaï Raige à des méchants pilleurs et chasseurs de trésors, avant que ne s’impose l’idée d’une Terre inhabitable (et donc inhabitée) par l’Homme. Avec After Earth, ayant sans doute pensé à une franchise en cas de succès, Shyamalan et Smith posent ainsi les bases d’une mythologie excitante mais hélas survolée, et qui ne devrait pas être développée par la suite vu l’échec commercial du film, et ce malgré la sortie en parallèle d’une bande-dessinée (Earth : Innocence) et d’un roman (After Earth : Ghost Stories) autour de l’univers d’After Earth. C'est le même cas de figure qu'avec Le Dernier Maître de l'air, qui a cependant obtenu un plus grand succès à travers le monde mais pas suffisamment aux Etats-Unis pour lancer la production d'une suite.

After Earth est ainsi une étrange production, entre l'honnête série B désincarnée mais efficace (mais dans ce secteur et sur un pitch similaire, Outlander est bien meilleur) et le film d'auteur spirituel essayant de s'imposer au sein d'une machine hollywoodienne menée par sa star, même si la collaboration entre Will Smith et M. Night Shyamalan semble s'être bien passée. Quand bien même ses derniers films ont été des échecs, et quand bien même il fait office de yes-man sur Le Dernier Maître de l'air et After Earth (son nom ne figure d'ailleurs même pas sur les affiches de ces deux films dans lesquels il n'apparait pas non plus et qui ne sont pas vraiment des "M Night Shyamalan's") qu'il a tout de même su s'approprier, M. Night Shyamalan reste l'un des réalisateurs les plus intéressants (donc forcément décriés) du cinéma américain actuel, n'en déplaise à ses détracteurs et à ceux qui lui ont tourné le dos. En espérant qu'il se relèvera de ce nouvel échec (loin d'être aussi honteux que ne le disent les critiques américaines) et reviendra au registre qui a fait sa renommée. Car il a plus à offrir qu'un honnête divertissement.

poster after earth

La conclusion de

En assurant cette commande de la family Smith censée « starifier » le fiston (toujours piètre acteur), M. Night Shyamalan impose son rythme et son style, transformant After Earth en un blockbuster anti-spectaculaire et minimaliste partagé entre la série B friquée (on pense à Outlander, Predator, Pitch Black, etc.) et le film d’auteur malade qui se débat dans le star-system (incarné par les Smith). Forcément plus porté sur l’aspect spirituel et la quête initiatique que sur les scènes d’action ou la surenchère, Shyamalan prend son temps pour raconter cette histoire excitante sur le papier quoique assez pompeuse (un mélange scientologique entre La Planète des singes, Predator, John Carter et Avatar), mais dans laquelle il retrouve certains de ses thèmes fétiches (le contrôle de soi, la peur…). En résulte un blockbuster modeste, presque apaisant, assez singulier et très agréable à suivre, d’autant plus que l’esthétique et l'iconographie ne manquent pas de charme (photo du chef op’ de L’Empire contre-attaque, prod design séduisante, ambiance exotico-futuriste, mise en scène flottante…) et que la superbe musique de James Newton Howard rajoute un peu d’intensité à une aventure qui manque de péripéties et de morceaux de bravoure. Mais After Earth confirme, après Le Dernier Maitre de l’air, que le réalisateur de Sixième sens et de Incassable, autrefois prodige acclamé et aujourd’hui cinéaste méprisé, est bien plus inspiré en auteur de thrillers surnaturels qu’en yes-man de blockbusters.

Que faut-il en retenir ?

  • Esthétiquement séduisant
  • Un univers excitant
  • Un récit bien mené
  • Le score de James Newton Howard

Que faut-il oublier ?

  • Jaden Smith
  • Trop peu d'obstacles et de péripéties
  • Un scénario très rudimentaire

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