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Critique du Film : Brain dead Sanglante paranoia
Brain dead Sanglante paranoia >

Critique du Film : Brain dead Sanglante paranoia

Avis critique rédigé par Jonathan C. le dimanche 13 novembre 2016 à 09:18

L'autre Brain Dead

Homonyme du film culte de Peter Jackson, qui sort trois ans après, Brain dead , aussi connu en France sous le titre vidéo de Sanglante paranoia, est un étrange objet, hybride et fascinant, et en aucun cas le nanar pour lequel il pourrait passer, surtout avec l’appellation « production Corman »… Réalisé par Adam Simon (qui fut également le scénariste du Bones avec Snoop Dogg et l’un des producteurs du Haute Sécurité avec Stallone), auquel on doit aussi le fameux Carnosaur de Roger Corman, mais aussi les documentaire The American Nightmare (sur les grands réalisateurs du fantastique/horreur) et La machine à écrire, le fusil et le cinéaste (un portrait de Samuel Fuller ponctué d’interviews de Scorsese, Jarmusch, Tarantino et Tim Robbins), Brain dead - Sanglante paranoia est une curiosité géniale qui mérite le coup d’œil.

Rex Martin (Bill Pullman) est un neurochirurgien réputé. Un jour, un de ses amis, Jim (Bill Paxton), cadre dans une entreprise privée, lui propose de relever un défi au nom de la science, mais aussi de l’argent : soigner un certain Halsey (Bud Cort), un ancien mathématicien employé par la société de Jim et qui, devenu schizophrène paranoïaque, a fini par tuer sa femme et ses enfants. Son cerveau malade détient une formule révolutionnaire qui rapporterait gros. Martin étudie le patient et accepte de l’opérer. Cette opération, inédite et novatrice, consiste à retirer directement sur le cerveau des évènements traumatisants, donc à supprimer la folie, ce qui peut changer complètement une personne. L’opération semble être une victoire promise à un bel avenir, mais Martin commence à se sentir bizarre et à avoir des hallucinations macabres…

Ne pas se fier à la jaquette, qui s’emmêle les pinceaux rien que dans son résumé du film, ni à la première partie du long métrage, volontairement soporifique (la première partie, pas le long métrage). En effet, la première demi-heure, introduite par un générique des plus banals, a tout du téléfilm bavard, plat, plan-plan et daté dans lequel il s’agit de relever un challenge pour la médecine neurologique. On y découvre cependant une réflexion plutôt pertinente sur l’avancée dangereuse de la médecine et de la science. La rationalité pépère (encore que les délires d’Halsey commencent déjà à faire vaciller le récit) de ces 30 premières minutes entretient la rupture à venir.
En effet, quelque chose se débloque lorsque le personnage de Bill Pullman se met à avoir des hallucinations, à mélanger rêve et réalité, à tenir des propos nonsensiques et à voir partout un homme en blanc ensanglanté (Nicholas Pryor, un vétéran de la télévision), le même qui terrorisait Halsey. Le film prend une autre route, plus imprévisible, sans balises, sans destination. Le réalisateur brouille les repères spatio-temporels. Au bout de trois quarts d’heure, un twist de folie, c’est le cas de le dire, renverse toute la première partie, dont on ne sait plus vraiment si elle tenait de la réalité ou du cerveau malade du personnage (c'était 13 ans avant le génial Identity de James Mangold). Rex Martin se réveille en effet dans une chambre d’hôpital psychiatrique et apprend qu’il est en réalité Halsey, le fou qu’il étudiait et opérait dans ses fantasmes (la première partie). Mais est-il réellement Halsey, surtout quand ce même Halsey continue à le persécuter ? Et d’où vient cette folie ? Jusqu’à la fin, les interprétations resteront multiples et ouvertes…

Totalement kafkaïen, Brain dead entame ainsi un véritable voyage dans un cerveau schizophrène et paranoïaque en pleine ébullition, à l’instar du personnage principal, qui tâtonne, déambule, tombe, se relève, se réveille de façon répétée, découvre et ouvre des portes dans les méandres de sa propre tête. Il farfouille dans son esprit bouillant et affronte en même temps une société mégalo pourrie qui semble lui vouloir du mal (à noter que cette société s’appelle Eunice, prénom lié à la rationalité, à l’analyse et au discernement extrême). Lui qui se passionnait pour l’étude de la folie et du cerveau, le voilà en train d’étudier avec stupeur sa propre folie intérieure, étude dont il ne restera littéralement que son cerveau (un neurologue réduit à un cerveau dans un bocal, touche d'ironie comme le film en contient beaucoup). Une réplique, prononcée par le psychiatre en charge de Rex / Helsey, résume parfaitement ce voyage chaotique : « Sung Tzu se demandait s’il était un homme rêvant qu’il est un papillon ou un papillon rêvant qu’il est un homme. Etes-vous sûr de ne pas être un papillon ? ». La plongée dans ce cerveau commence justement lors d’une opération délicate à cerveau ouvert (c’était bien avant Hannibal ou Saw 3), et se termine également sur une opération neurologique ; la boucle est bouclée, Brain dead étant construit en forme de boucle. Tout dans la première partie finit par revenir dans la dernière partie, mais les rôles sont inversés ; Rex n’est plus le docteur mais le patient, il ne dirige plus l’opération mais la subit, il n’est plus le collectionneur de cerveaux mais devient l’un des cerveaux d’une collection, etc.

Quête identitaire torturée et vertigineuse dans laquelle un homme finit par ne plus savoir qui il est ou dans quelle vie il se trouve, Brain dead est, comme la plupart des films avant-gardistes, aussi méconnu que précurseur, sans pour autant être révolutionnaire. Réalisé un an avant l’incroyable et novateur L'Echelle de Jacob, Brain dead partage avec le film d’Adrian Lyne de nombreux points communs, en premier lieu celui d’être la représentation du passage vers la mort, comme les titres de ces deux films peuvent d’ailleurs l’indiquer (Brain Dead = mort cérébrale). En effet, cet éprouvant parcours mental s’effectue alors que le cerveau de Rex Martin est en train d’être opéré suite à un accident, opération dont il ne se sortira pas (« Je suis un peu nerveux, c'est ma première opération sur un cerveau », lance le docteur, annonçant d'emblée l'échec à venir de l'opération). Rex Martin, en train de se faire opérer le cerveau alors qu'il est encore conscient, comprend qu'il n'y a plus aucun échappatoire. Lancée par le chirurgien à la femme de Rex suite au décès de ce dernier, la dernière réplique (ou presque) du film est particulièrement ironique : « Il n’a pas souffert ». Les images d’un Bill Pullman déambulant dans les couloirs de l’hôpital et finissant par s’arracher le cerveau devant la glace restent gravées dans les mémoires, tout comme le plan final sur le cerveau du personnage dans un bocal, en train de se demander ce qu’il fout là. Brain dead est un film d’une noirceur terrifiante et en même temps d’une ironie mordante qui adopte le point de vue incertain et imprévisible du fou pour mieux impliquer puis perdre son spectateur.

Rêve dans un éternel cauchemar éveillé que même la mort ne peut stopper (c’est l’histoire d’un homme qui n’arrête pas de se réveiller dans un cauchemar à chaque fois différent), Brain dead annonce également les visites cérébrales labyrinthiques de David Lynch, qui n’avait alors pas encore réalisé Lost Highway, Mulholland Drive. et INLAND EMPIRE, auxquels il est permis de penser ici. Si le réalisateur est Adam Simon (qui est un vrai cinéphile et qui connait ses classiques, comme l’indiquent ses documentaires), également coscénariste, Brain dead est surtout l’œuvre de Charles Beaumont, l’un des auteurs cultes, avec Rod Serling et Richard Matheson (dont l'oeuvre se rapproche également de Brain dead), de La Quatrième Dimension. Ce n’est donc pas un hasard si Brain dead se paie des airs de Quatrième dimension que n’aurait pas renié un Richard Kelly. Beaumont, qui avait également écrit plusieurs films d’épouvante/horreur dans les années 60 (notamment du Edgar Allan Poe), livrait là son dernier script pour le cinéma, révélant une ultime fois les psychoses, les peurs et les angoisses de l’homme tout en soulevant des questions pertinentes et pour l’époque inédites sur la science neurologique (agir directement sur le cerveau peut-il changer le mental d’une personne comme le fait la chirurgie esthétique pour le physique ?).

Entre effroi (même si on est loin du « film le plus terrifiant de ces 10 dernières années » clamé sur la jaquette) et humour noir parfois proche du slapstick (la collection de cerveaux, les cerveaux maltraités…), Brain dead est un thriller psychologique dingue et maelstrom qui, dans sa folie sans fond, renvois autant à du Stuart Gordon / Brian Yuzna (surtout Ré-animator) qu’à du John Carpenter (surtout L'Antre de la folie, réalisé bien des années après), donc à du H.P. Lovecraft (auquel Adam Simon adresse justement un clin d’œil lorsque Rex Martin dit être allé à la Miskatonic University, qui est en fait une université imaginaire créée par Lovecraft et utilisée par Stuart Gordon dans…Re-Animator !), mais aussi à du Stephen King pour la quête identitaire, l’exploration d’un subconscient et le thème du double. Comme dans L'Echelle de Jacob, l’entourage entier du personnage souffrant, pour ne pas dire agonisant, apparait comme une menace, traitres, assassins ou conspirateurs. Bien que psychanalytique, sans virer au cliché freudien, Brain dead est aussi un film organique, en témoignent ces nombreux plans cadrant des cerveaux tels des êtres humains à part entière (comme le fait justement remarquer le personnage), et les scènes d'opérations, dégueulasses et douloureuses (l'aiguille enfoncée dans le cerveau fait sensation). Dans cet enfer dantesque de visions cauchemardesques, d’images surréalistes et d’élans horrifiques, on y trouve même quelques surprenants élans de poésie (les papillons dans le cerveau !). Brillamment écrite, cette étude sur la folie se suit grâce à une narration pleine d’idées, notamment dans les transitions, surprenantes et brutales, qui nécessitent trouvailles et imagination. C’est un film mieux monté qu’il n’est illustré, la mise en scène restant sobre, quoique ingénieuse dans la façon dont elle opère les virages et les ruptures de ton. C’est ainsi que le film, déjà très court (1h20), passe à une vitesse fulgurante, car constamment en train d’avancer, comme une accumulation de sketchs, ou les sketchs finissent par se rentrer l’un dans l’autre, chamboulant toute logique et toute cohérence narrative. Plus le récit avance, plus personnage et spectateur perdent pied ensemble à rechercher une rationalisation qui semble ne jamais arriver.

Bien sûr, Brain dead sent le fort parfum des années 80, alors qu’il sort en 1990. Il ne fait pourtant jamais kitsch, de par sa construction en trompe-l’œil, son atmosphère étrange et sa réalisation carrée. La bande-son pourrait paraitre désuète, mais les airs mélodieux ou stridents du synthétiseur servent à merveille la dimension onirique et cauchemardesque du récit, jusque dans le délirant mix musical du générique de fin, typique de la fin des années 80 et du début des années 90. Avec cette prestation hallucinée et allumée, Bill Pullman (qui sera justement le héros de Lost Highway) tenait là un de ses premiers rôles principaux (après L'Emprise des ténèbres de Wes Craven, ou il jouait déjà un personnage qui perd les pédales, et La folle histoire de l'espace de Mel Brooks), aux cotés d’un Bill Paxton (qui avait déjà une bonne carrière de second couteau derrière lui) toujours aussi poseur, du culte Bud Cort (qui jouait d’ailleurs dans un épisode de La Quatrième Dimension) lui aussi génialement barré, de la belle Patricia Charbonneau (que Bill Paxton a l’honneur de se taper lors d’une scène érotique très eighties) et d’un George Kennedy dans un rôle sans grand intérêt (mais on est toujours content de revoir sa bonne bouille).

Produit par Julie Corman (et non par son mari) et par Concorde / New Horizons, Brain dead n’est finalement pas du tout du registre du fantastique. On pourrait plutôt parler d’horreur psychologique. Très éloigné de tous les autres films d’exploitation sortis de l’usine Corman, au point d’être contre-commercial (un comble, pour une production Corman), Brain dead est une série B audacieuse, fun, angoissante et intéressante. Un vrai film de fous, c’est le cas de le dire.

80

Thriller dingue, bizarre et jouissif, série B audacieuse et angoissante, film d'horreur "neuro-psycho" explorant les méandres de la folie à travers un cauchemar sans fond dans lequel se noie la réalité, Brain dead - Sanglante paranoia prend le spectateur par surprise grâce à un récit schizophrène malin et ingénieux traversé par un Bill Pullman halluciné et hallucinant, malmené par d'incessants rebondissements qui sont autant de visions horrifiques stressantes et terrifiantes. Anticipant sur L'Echelle de Jacob, Identity, L'Antre de la folie, David Lynch, Richard Kelly et évoquant La Quatrième Dimension, Stephen KingH.P. Lovecraft, Stuart Gordon, Tod Browning, Brian Yuzna ou John Carpenter (avec de telles références, vous voyez à peu près de quoi il en retourne), Brain dead se transforme en labyrinthe mental kafkaïen, en quête identitaire torturée et vertigineuse truffée d'humour noir, de détails glauques et d'ironie. A dégoter dans toute bonne brocante qui se respecte et à réhabiliter au plus vite !

Critique de publiée le 13 novembre 2016.

Que faut-il en retenir ?

  • -Une narration virtuose
  • -Un humour noir macabre et ironique
  • -Une exploration mentale fascinante
  • -Un Bill Pullman habité
  • -D'incessants rebondissements

Que faut-il oublier ?

  • -Une première partie un brin ennuyeuse
  • -Une mise en scène qui manque de punch

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