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Critique du film : S1m0ne [2002], par Emmanuel G.

Avis critique rédigé par Emmanuel G. le mercredi 30 avril 2003 à 04h54

Simone

Rêve de pixel
Avec Simone, Andrew Nicoll aborde à nouveau des thèmes qui lui sont chers, et qu’il a déjà développés dans le superbe Bienvenue à Gatacca (dont Simone ne parvient pas à égaler l’épure et la puissance émotionnelle) mais aussi dans Truman Show, dont il est scénariste. Coercition de la société sur l’individu, rapport entre réel et virtuel et entre créateur et oeuvre, on est ici en terrain connu.
Simone est donc une œuvre complexe, bien plus que son pitch de comédie de situation ne le laisse supposer de prime abord. Simone débute donc sur une critique du monde Hollywoodien soumis au dieu dollar, engendrant des aberrations comme la « star » égocentrique fort bien campée par Wynona Ryder. Un monde prêt à toutes les compromissions et tous les retournements de veste pour croquer une part du gâteau. Nicoll connaissant visiblement ce dont il parle, ça fait mal ! Mais par la suite, le réalisateur nous renvoie notre propre image, en nous montrant un public asservi et ne remettant rien en cause. Que ce soit le monde du cinéma ou le monde extérieur, Nicoll dépeint un univers déshumanisé, où les personnages virtuels deviennent plus réels que leurs homologues de chair et d’os. Car finalement Simone nous apparaît bien tangible, jusque dans ses débordements (son excellente période trash !).
Logique donc que l’on ne s’attache réellement à aucun des personnages du film (ce qui est aussi une faiblesse du film par rapport à Gatacca où l’identification était totale) dans le sens ou le réalisateur ne trouve d'excuse à personne. Même son héros, le réalisateur Victor Taransky, paria imbu de lui-même, ne trouve finalement pas grâce à ses yeux. Nicoll est complètement sincère quand à la passion de cet homme pour son art et sa dévotion à exprimer ce qu’il ressent par le biais de ses films, mais cela ne l’empêche de le rendre ambigu : Taransky profite de la situation sur le plan matériel et use du pouvoir que lui a donné Simone sur les spectateurs. Ce que nous montre Nicholl des films de Taransky (par le biais d’extraits) est édifiant : l’homme a beau être dévoué à son art, il n’en produit pas moins des oeuvres ampoulées et chichiteuse qui prête à sourire devant leur suffisance. En clair, le réalisateur n’épargne personne et pointe clairement l’égocentricité de la fonction de « créateur », finalement pas plus reluisante que la logique purement commerciale du studio, puisqu’elle conduit au même type de manipulations…
Qui plus est cette logique aboutit forcément à la détresse. Enfermé dans son rêve : « finaliser son art », le personnage de Pacino voit en Simone la possibilité de s’affranchir de toute composant humaine extérieure (des acteurs quoi) dans son travail. Mais ce faisant, il s’enferme alors dans la solitude absolue.
Le rapport du créateur à son oeuvre est bien sur une autre thématique forte du film. Encore une fois, il est illusoire de vouloir contrôler ce qu’on crée. Taransky se rend compte que sa « créature » acquiert une indépendance propre et une vie qu’il ne peut plus contrôler. C’était déjà le cas dans Truman Show, où Truman était considéré par le réalisateur de l’émission comme son oeuvre, au point de lui nier son libre arbitre. C’est encore le cas avec Simone. Mais ici, c’est encore plus troublant car c’est une créature virtuelle qui prend finalement le dessus.
Autre sujet passionnant, Simone interroge notre rapport d’individu au réel. Simone acquiert la vie, et rien ne pourra plus la lui retirer. Ce qui est assez sinistre : ce qui nous définit et prouve notre existence, c’est notre fort intérieur ou seulement l’œil des autres ?
Très ambitieux sur le fond, Simone prend la forme d’une comédie de situation, plutôt réussie, d’ailleurs. Dommage que le film comporte quelques longueurs (la dernière partie du film s’éternise un peu avant de déboucher sur le dénouement) et soit parfois très bavard. L’interprétation est quand à elle sans faille, même si Pacino, plutôt sobre, finit quand même par en faire un peu trop. De la même façon, l’aspect sentimental que développe le script (le divorce de Pacino, sa gamine) est de trop ici. Intelligent et plaisant, Simone est donc parfois (et malheureusement) un peu pesant. La comédie est grinçante, mais parfois un peu lassante. Voilà qui gâche un peu le plaisir d’un film sec et tranchant, mais qui aurait pu l’être encore plus.
Un film diablement intelligent, donc, sous des dehors de comédie plutôt réussie. Ce que confirme le dénouement, un faux happy-end plus sinistre qu’il n’en a l’air quand on prend le temps d’y réfléchir.
Sur le plan visuel, Simone est là aussi très particulier. A l’instar de Gatacca, l’image est très froide et très stylisée, preuve d’un travail très approfondie sur la photographie. Nicoll aime aussi les espaces vides, comme le hangar de travail du réalisateur. Mais le film prend parfois des allures un peu kitsch, comme « l’ordinateur » qui donne vie à Simone. Ce n’est au final pas bien grave puisque le propos du film n’est pas de mettre en scène de façon plausible une avancée technique, mais uniquement d’en analyser les dérives possibles.

La conclusion de à propos du Film : S1m0ne [2002]

Emmanuel G.
80

Avec Simone, Andrew Nicoll confirme à la fois sa rigueur technique et l’intérêt de sa démarche. Sur des thèmes déjà présents dans ses œuvres précédentes, il propose un film intelligent et culotté. Dommage que sur la forme, une comédie de situation efficace, il y ait quelques ratés.

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