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Critique du Roman : Grendel
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Critique du Roman : Grendel

Avis critique rédigé par Manu B. le samedi 4 décembre 2010 à 1532

Caïn le maudit

"Le vieux bélier se dresse d'un air bêtement triomphant, coule un regard du haut des éboulis de rocs. Je cligne des yeux, les ouvre tout ronds d'horreur, et siffle:
- Fous le camp d'ici! Retourne à ta caverne, ou à ton étable - peu importe..."


Il était encore jeune lorsque Grendel, déjà isolé du commun des mortels, rencontra le bélier, puis Hrothgar. Cette expérience traumatisante lui instilla une espèce de haine dirigée vers le roi des Danois, puis le genre humain. C'est à cette époque que germa l'idée de guerre contre celui qui régnait sur les terres environnant la caverne où Grendel et sa mère hideuse et grasse vivaient en reclus. Tels des parias exilés.
Plus tard il commença une guerre qui durerait douze ans, où le monstre ne cessa de harceler le château de Hrothgar, en tuant et dévorant les hommes, en semant la terreur dès que la nuit tombait. Le Destructeur était né...

John Gardner est un écrivain assez peu connu sous nos latitudes. Il est pourtant l'auteur de Grendel, le roman qui le fit connaître du grand public anglo-saxon et lui apporta le succès. Ce court roman, réédité aux éditions Denoël coll. Lunes d'encre raconte la légende de Beowulf par la voix du vilain Grendel. Le monstre avait donc une âme, savait faire preuve de réflexion - pas du tout à l'image telle qu'on nous l'avait décrite dans le texte antique.

Après quelques recherches et la lecture de l'excellente analyse en postface de Xavier Mauméjean, on en apprend beaucoup plus sur John Champlin Gardner. Ce professeur de lettres a été très éprouvé par l'accident survenu lors de ses douze ans et qui s'est soldé par la mort de son frère cadet. C'est ainsi qu'on retrouve une grande part autobiographique dans Grendel et d'autres futures oeuvres (entre autres la nouvelle redemption).
On comprend pourquoi dans les dernières lignes du roman, l'écrivain américain nous parle d'accident.

Pour être tout à fait pertinent, la lecture de Grendel doit être précédée par la lecture de Beowulf. Le texte originel étant en anglais ancien (étudié par J.R.R. Tolkien) et dont les traductions en anglais moderne sont généralement qualifiées de mauvaises, notre choix s'est arrêté sur la traduction française de Beowulf par André Crépin, réputée une des plus sérieuses, avec l'avantage d'être accompagnée du texte original pour ceux qui liraient l'anglais ancien couramment. Signalons aussi que récemment, Robert Zemeckis a réalisé un film d'animation, une libre adaptation (et pas très fidèle) intitulée La Légende de Beowulf.

Ainsi, ces préliminaires mettront en relief dans le roman ce que Xavier Mauméjean décrit par l'autre, le double. Grendel répond à Beowulf dans lequel ce personnage était un monstre barbare et instinctif. Une sorte de jumeau noir.
Ici Grendel est un être pensant, une créature qui réfléchit et se demande quel est le sens de son existence. Ce n'est pas par hasard qu'il hait en même temps qu'il est attiré par les gens du Palais-du-Cerf. Il sent qu'il fait partie de l'humanité mais qu'il est en quelque sorte banni, comme l'a été Caïn après avoir tué son frère Abel (Genèse 4). Il est à la fois envieux et dédaigneux des hommes. Il peut éprouver des sentiments, peut-être même de l'amour mais, étant enfermé dans son propre monde intellectuel et moral, il ne peut confronter ses réflexions à personne, et certainement pas sa mère.
Il est isolé. Il doit réinventer le monde selon ses propres référentiels. Ce sentiment contradictoire d'amour-haine débouche inévitablement sur la folie et la perte de tout repère. Grendel devient aussi nihiliste (on sait l'influence de Nietzsche sur John Gardner). Plus rien n'a de signification ou de valeur à ses yeux. Il ne comprend pas qu'il terrorise les gens, ne sait pas que dévorer les gens est mal. Il part dans une guerre absurde pendant douze ans (comme l'âge où John Gardner a tué accidentellement son frère) non pas contre Hrothgar mais contre l'humanité toute entière.
Et pourtant Grendel philosophe, il s'improvise même solipsiste. Le monde n'est qu'une représentation de son esprit.

Alors, tout cela n'a-t-il rien à voir avec Beowulf ?
En fait, John Gardner rend hommage à cette oeuvre (qu'il trahit) à la fois sur la forme lorsqu'il en singe les poèmes, et sur le fond lorsqu'il définit la notion d'héroïsme.
Tout le reste n'est qu'affaire de symbolisme et de métaphore.

La conclusion de

Il est vraiment surprenant d'écrire deux romans extrêmement différents à partir du même matériau. Si Beowulf était une légende qui valorisait le héros éponyme, Grendel fait de même avec son anti-héros. Voilà une oeuvre qui sort des sentiers battus.
On vous encourage à lire Beowulf, étape essentielle pour la compréhension de Grendel. On vous encourage aussi à lire la postface qui éclairera de manière étincelante le fond symbolique, quasi surréaliste de cette oeuvre singulière.

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