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Critique du Film : La route

Avis critique rédigé par Vincent L. le lundi 7 décembre 2009 à 17:05

Une adaptation parfois laborieuse...

Au début de La Route, il y a le roman de Cormac McCarthy, écrivain peu porté sur l'optimisme nous livrant ce qui est probablement son livre le plus sombre - plus, peut-être, que le très violent Méridien de sang - et assez clairement le plus désespéré. Écrit minimaliste à la construction syntaxique aride, La Route est un écrit pluriel, une œuvre aussi riche dans ses thématiques qu'elle est ouverte dans les diverses interprétations qu'elle peut offrir. Son succès en librairie ajouté, dans le même temps, au fait que son auteur connaisse un regain de popularité grâce au succès public et critique de l'adaptation de son No country for old men, font qu'il n'a pas été plus étonnant que ça de voir débarquer une adaptation cinématographique de ce roman post-apocalyptique qu'est La Route. Une initiative rétrospectivement pas nécessairement heureuse, tant le point de départ Mad-Maxien du livre fait que sa transposition cinématographique aurait pu sombrer dans toute sorte de dérives hollywoodiennes.

Confié à l'inconnu John Hillcoat - dont le précédent long-métrage, le western The Proposition n'est pas encore sorti en France - l'adaptation de La Route apparaît pourtant très respectueuse du roman de McCarthy, la trame du livre, pourtant peu Hollywoodienne, ayant scrupuleusement été respectée, et ce jusque dans la moindre de ses péripéties. La route est donc extrêmement fidèle au roman éponyme, trop peut-être, pour avoir un réel intérêt indépendamment de toute comparaison ; la question peut ainsi légitimement se poser : si c'était pour reproduire le livre à la page près, y avait-il vraiment un intérêt à en faire une adaptation ? Si l'on est en effet ici en face d'une adaptation formellement presque parfaite, il en résulte que le long-métrage ne fait fatalement preuve d'aucune forme de créativité, au mieux de réussites techniques indéniables. A moins, bien sur, que l'on considère que c'est faire preuve d'inventivité que de transposer le plus fidèlement possible une œuvre d'un support à un autre. Mettons.

La Route reprend donc tout ce qui pouvait faire l'intérêt du roman, traduisant les mots et les constructions lexicales dans un langage cinématographique adéquat. On y retrouve les mêmes thématiques - transmission et subjectivité des valeurs, dichotomie entre  vie et la survie - les mêmes ouvertures quant aux interprétations possibles - nature biblique ou humaine du cataclysme, justification de la barbarie des divers protagonistes - ainsi qe ce pessimisme vis à vis de la nature humaine qui a traversé l'ensemble des œuvres de Cormac McCarthy. Le film utilise de fait pour cela les mêmes artifices que dans le roman - personnages nommés par leur fonction sociale, succession de scènes s'apparentant à des tableaux, vrai-faux happy-end - pour aboutir à un résultat globalement similaire, quoique quelque peu amoindrit par quelques maladresses dans la mise en scène.

Ces faiblesses dans la réalisation ressortent de deux aspects différents du travail de John Hillcoat. Le premier vient du fait que l'histoire racontée n'a pas forcément été conçue pour connaître une adaptation cinématographique ; le film s'écoule sur un rythme assez lent, presque onirique, traversé ici et là par quelques courses-poursuites, mais présente sans-cesse cette même situation de vacuité et d'inutilité dans les actes des deux protagonistes ; cet état de fait, qui, dans le roman, sert d'appui à la narration, s'avère au final être un travers dommageable dans un film où le héros ne peut sans-cesse commenter ses actes. Ainsi, afin, peut-être, de mieux guider le spectateur dans ce parcours initiatique, la voix-off du père se fait entendre dans le film de manière quelque peu irrégulière, sans aucune logique quant à ses diverses apparitions, s'apparentant ce faisant à une sorte de pis-aller pour ramener ainsi le spectateur dans le cœur du récit et tenter de minimiser les longueurs inhérentes au script.

L'autre travers, nettement plus génant, est cette propension qu'a Hillcoat à sombrer, de temps à autre, dans un pathos de très mauvais goût. Cela se traduit parfois techniquement, notamment avec l'utilisation d'une musique trop sirupeuse détonnant assez fortement avec le reste de la bande originale, plus minimaliste, mais, plus génant, cela se retrouve également dans sa direction d'acteur. Ainsi, si Viggo Mortensen livre globalement une performance remarquable de sobriété, il se trouve parfois obligé d'en faire des tonnes pour bien faire comprendre son malheur aux quelques spectateurs qui n'auraient pas bien compris le pathétisme de sa situation - la scène du piano, bien lourde, en est l'illustration la plus flagrante - tentant, ainsi, de déclencher un semblant d'émotion. Raté, car si le film sait se faire émouvant lorsque son propos est traité de manière sobre, il sombre dans ces quelques moments dans le drame de bas étage plutôt agaçant.

Mais s'arrêter à cela serait oublier que le film s'avère être, au delà de ces défauts, un spectacle intelligent, servi par une technique irréprochable - mention spéciale à la superbe photographie de Javier Aguirresarobe qui offre au film une identité visuelle forte - et par un casting plutôt inspiré - duquel émerge très largement l'aussi géniale qu'éphémère prestation de Robert Duvall. Derrière la caméra, Hillcoat nous offre une mise en scène sobre transposant de manière plutôt efficace le style minimaliste que McCarthy avait utilisé dans son roman. Si l'émotion inhérente au livre ne trouve jamais la même profondeur et la même intensité dans son adaptation - Viggo Mortensen et Kodi Smit-McPhee, malgré la qualité de leurs interprétations respectives, n'arrivant jamais à concrétiser à l'écran ce lien fusionnel entre leurs deux personnages - le film s'avère pourtant souvent touchant, presque hypnotique dans sa manière de raconter ce voyage sans espoir.

75

La route est une adaptation excessivement fidèle du roman de Cormac McCarthy, trop d'ailleurs, pour pouvoir être jugé au delà de toute comparaison. En tentant de retranscrire presque à la lettre l'oeuvre littéraire, John Hillcoat en oublie parfois qu'il fait du cinéma, et que ce qui fait la force du livre peut s'avérer être une faiblesse une fois transposé dans un langage cinématographique. Reste qu'il serait dommage de passer à côté de La route tant le film, totalement hors des normes hollywoodiennes actuelles, s'avère être un spectacle intelligent d'une beauté visuelle rare.

Critique de publiée le 7 décembre 2009.

Que faut-il en retenir ?

  • Une réussite visuelle éclatante,
  • Scénario vraiment intelligent,
  • Mise en scène globalement sobre,
  • Une interprétation de qualité.

Que faut-il oublier ?

  • Sombre quelques fois dans le pathos,
  • Voix-off utilisée de manière maladroite,
  • Manque d'intensité.

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