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Critique du Film : La route
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Critique du Film : La route

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 21 janvier 2010 à 1823

Perte du poids des mots, reste (seulement) le choc des photos

Un homme et son fils marche sur la route d'un univers dévasté, sans autre but que mettre un pied devant l'autre...

Se nourrir pour avancer, avancer pour se nourrir. Travailler l'utopie d'un refuge inespéré, loin au sud, pour réussir à ouvrir les yeux à chacune de ces matinées de grisaille, quotidien de ces journées d'un monde mort-vivant. Mais aussi, ne pas succomber à la séduisante, car facile, barbarie. Eviter de manger son prochain. Quel que soit le prix. Une dure réflexion sur les singularités de l’humanité, sur notre capacité à défendre jusqu'à la mort ce qui a construit notre psyché, voilà le sujet de La route, le chef d'œuvre de Cormac McCarthy (ma critique dithyrambique ici).

Essentiellement drame intimiste proposant une démarche prospective, La route est une réflexion philosophique nihiliste d’une grande intensité, très riche en métaphores, qui interpelle directement le lecteur, qui fouille dans son vécu pour établir un lien émotionnel très fort, à la limite de la symbiose émotionnelle. Une œuvre qui travaille plus le lecteur sur le ressenti que sur les descriptifs (le style est minimaliste et la syntaxe épurée, mais le MOT y est très important), une œuvre plus spirituelle que visuelle et spectaculaire. Autant dire, donc - sachant que l’essence qui compose l’expression cinématographique est en grande partie graphique - que la tâche d'adapter un tel roman était un sacré défi.

C'est pourtant ce que le vaillant John Hillcoat (qui avait déjà versé dans le thème de l’humanité en détresse avec le western philosophique The Proposition) a tenté de faire, en optant pour la méthode la plus osée qui soit : la retranscription la plus fidèle possible. Ainsi, structurellement, le script (écrit par Joe Penhall) de La route est assez proche du texte du génial romancier américain... Avec cependant quelques nuances non négligeables car elles ont leur influence sur l'atmosphère désespérée et l’intensité de l'œuvre. Le plus important de ces « petits » détails est la place occupée par la femme (interprétée par Charlize Theron) dans le film. De fantôme à peine palpable, de vague réminiscence d'un équilibre disparu, la femme se transforme ici en un fil rouge matérialisé via des séquences de flashback occupant une grande place dans le métrage et étiolant parfois l'ambiance expressionniste et cauchemardesque dégagée par le métrage, faisant ainsi retomber cette intensité dramatique que John Hillcoat avait mis tant de patience à construire. Ensuite, quelques petits détails de mise en scène gênent aux entournures, comme lorsque John Hillcoat se laisse gentiment aller au mélodrame, pour s’assurer l’adhésion du public (la séquence du piano) ou quand il supprime des passages du roman très intéressants pour intégrer au récit une séquence aussi spectaculaire qu’inutile (la course poursuite suivie de la « chute » des arbres). Enfin, je n’ai pas compris le choix de cette musique sirupeuse et médiocre, et j’ai encore été plus surpris quand j’ai appris qu’elle était l’œuvre de Nick Cave, qui a été souvent bien mieux inspiré.

A coté de cela, il est indéniable que le cinéaste a tenu à rester globalement fidèle au roman, notamment en mettant en forme une imagerie poétique – magnifique reflet d’une fin du monde silencieuse - qui m'a totalement convaincu. Des paysages de désolation gelée, avec, filmé en plan d'ensemble, un homme et un enfant poussant un vieux caddie. L'effet est absolument saisissant, graphiquement magnifique (bravo à Javier Aguirresarobe, responsable de la photographie !). Puis, j’ai été heureux de constater que la description du vain combat de ces pauvres ères en guenille contre le froid et la faim respecte à la perfection – grâce à une réalisation très dépouillée - les codes mis en place dans le roman par McCarthy, sans toutefois parvenir, c'est un fait, à totalement restituer la même intensité transpirant de cette damnation terrestre ; cette émotion douloureuse mais addictive qui va bien au-delà de la simple catharsis théâtrale - et qui fait la force empathique du roman. Pour ce faire, il aurait presque fallu que le film soit construit à la manière d'un unique plan séquence, ce qui était techniquement impossible au regard des changements de décors.

Cependant, malgré tout, le film de John Hillcoat est bon. Il faut dire que le matériau de base est d'une grande richesse, permettant de présenter une vision très originale d'un univers post-apocalyptique. Après, restait à soigner la mise en place des personnages en s'appuyant sur des comédiens empathiques. Et c'est là que la production a eu l'idée géniale d’accorder sa confiance à Viggo Mortensen, absolument parfait dans un rôle difficile et qui parvient à mettre entre parenthèse le jeu un brin atone de son petit compagnon (à la décharge de Kodi Smit-McPhee, la tache était difficile pour un jeune comédien de 13 ans). Physiquement métamorphosé, Viggo Mortensen amène au récit une bienvenue sensation de vécu, plein de sincérité, transportant l'émotion autant par son regard que par ses gestes. Même constat d’excellence concernant la courte mais remarquable performance de Robert Duvall dans le rôle du vieillard, même si, là encore, la neutralité de la caméra de John Hillcoat bride de trop le développement dramatique.

 

La conclusion de

Privé du fort potentiel évocateur de l’art littéraire (magnifié par la syntaxe de Cormac McCarthy), La Route, transposé sur la toile, devient un récit nettement moins riche en intensité dramatique, en charge philosophique et en émotion, tout simplement… sans toutefois sombrer dans la médiocrité. Au final, John Hillcoat nous offre un bon film, très (trop ?) respectueux de l’œuvre, doté d’une superbe photographie, d’un casting convaincant (surtout Viggo Mortensen et Robert Duvall) et d’un traitement consciencieux, à défaut d’être mémorable.

Que faut-il en retenir ?

  • Un récit fidèle à l'original
  • De la SF intelligente
  • Superbe photographie
  • Un casting séduisant

Que faut-il oublier ?

  • Nettement moins fort poignant que le roman
  • Quelques choix narratifs étranges
  • Une bande originale médiocre

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