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Critique du Film : The Thing
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Critique du Film : The Thing

Avis critique rédigé par Nhaigraoo le samedi 22 février 2003 à 2235

La Chose

Le trip horrifique ultime...
Si je ne devais garder qu’un seul film de John Carpenter, ce serait forcément The Thing. Un choix personnel dicté uniquement par une chose : c’est sans doute l’un des rares films à m’avoir fait flipper, et c’est avec certitude celui qui y est le mieux parvenu. Sans compter que c’est un film qu’on a de cesse de (re)découvrir et de décortiquer, tant sur le plan formel que thématique. Ou comment Carpenter réalisa un chef d’œuvre en réalisant le remake d’un bon, mais pas génial, film de monstres des années 50...
Avec 3 notes de musique obsédante (qu’on jurerait écrites par John Carpenter, alors que la partition est bien signée Ennio Morricone) Carpenter instaure un malaise qui ira crescendo. Dès l’ouverture, on sent qu’un truc cloche, que la normalité dérape et que ça ne va pas s’arrêter là : deux types dans un hélico s’acharnent à descendre un simple chien dans l’immensité glacée et blanche de l’Antarctique. On ne peut que se mettre à la place du groupe de scientifiques qui récupère l’animal, victime de cette incompréhensible vindicte, dans leur base polaire. Pas de chance, le chien n’en pas un…
Sur des axiomes ultra simples (enfermement physique et créature vicieuse), Carpenter met en œuvre une incroyable construction psychologique, particulièrement éprouvante, basée sur une paranoïa galopante. On doute de tout dans The Thing, tant la créature peut être partout et dans chacun. Carpenter réussit même le tour de force de nous faire douter du personnage pourtant érigé en héros : à un moment, Mc Ready (excellent Kurt Russell) se retrouve enfermé à l’extérieur de la base, pour une raison inconnue… Naturellement, les autres membres de l’équipe ne veulent plus la laisser rentrer. Alors, comme eux, on doute de Mc Ready. L’instant d’avant, on a pourtant pris par ailleurs fait et cause pour ce type. Inconfortable, avez-vous dit ? Un véritable tour de passe-passe carpenterien, plutôt, qui use de notre volonté d’identification à un personnage emblématique pour mieux nous faire douter de celui-ci. Héros qui d’ailleurs, ira jusqu'à abattre un autre homme, dont on saura par la suite qu’il n’était en rien infesté… Cette lente montée de la paranoïa à laquelle nous sommes conviés connaît son incroyable paroxysme dans la scène des tests sanguins.
Tout The Thing repose sur l’enfermement et l’idée angoissante de la maladie qui « trahit » le corps où elle se développe, dont la Chose est une allégorie parfaite. Mais l’habileté du script ne serait rien sans une mise en image irréprochable, et celle de Carpenter est d’une efficacité mathématique. Cadrages et montage sont tout simplement parfaits.
Face à l’efficacité redoutable de sa narration, Carpenter n’édulcore pas son propos. Il se tient scrupuleusement à un premier degré implacable, sans distanciation humoristique, les séquences s'enchaînant selon une logique glaciale à laquelle on aimerait pourtant bien parfois échapper. Dans cette logique, l’efficacité des effets spéciaux, dont on ne nous cache rien, fait ici merveille. Rarement on aura vu des tableaux aussi dantesques, où les corps sont soumis à de telles distorsions qu’on atteint une sorte de poésie macabre… Pour la première fois, Carpenter donne à voir ce que Lovecraft décrivait dans ses nouvelles par le terme « innommable ». La référence lovecraftienne n’est pas fortuite, tant l’horreur organique décrite par Carpenter rappelle les monstruosités tapies au seuil de l’humanité qui forment le socle des écrits de l’écrivain américain.

La conclusion de

A coup sur le chef d’œuvre de Carpenter, The Thing est un pur concentré de terreur et de paranoïa, soutenu par des effets spéciaux hallucinants qui donnent enfin un visage aux obsessions innommables d’un H.P Lovecraft.

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