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Critique du film : Le sadique aux dents rouges [1971], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 27 juin 2013 à 00h30

Vampire dada

Daniel, un brun ténébreux, ne se sent pas bien. Ce n’est pas la couleur immonde du papier peint qui recouvre les murs de son appartement post-soixante-huitard, ni la chromatique hideuse de la photographie qui lui donnent envie de vomir - on aurait pourtant compati. Non, ce dessinateur trentenaire est aujourd’hui sujet à de perturbantes hallucinations; un défilé d’enfants aux sourires vampiriques; le spectacle de badauds marchant à reculons; des flash d’images d’actualité montrant cataclysmes et actes de guerre, des incrustations foireuses d’araignées et de serpents ou des visages barbouillés de grenadine. Pardon… C’est du sang. Parfois, ce pauvre Daniel voit même en négatif ou en fuchsia. Bref, depuis son accident et sa sortie de l’hôpital psychiatrique, Daniel, nouvellement obsédé par les flics (euh... les poulets) est perturbé, tourne de l’œil pour un rien et il lui vient plein d’idées bizarres, comme être persuadé qu’il est un vampire aux yeux maquillés et au visage talqué. Cette conviction profonde d’être un monstre le pousse même aux pires atrocités, comme assassiner la vendeuse d’un magasin de farces et attrapes pour lui voler un dentier de vampire en plastique. Bref, Daniel n’est plus lui-même, au grand dam de Jane, son amie anglaise au regard d’huitre pas fraiche et à la diction de Petula Clark (les plus jeunes, comprenez horripilante).

 

Mais si ce n’était que ça. En plus d’avoir de gros problèmes identitaires, Daniel affiche un degré de paranoïa aigu qui lui fait avoir parfois des raisonnements aussi surréalistes que drôles. Ainsi, quand il découvre une poule morte chez lui (c’est lui qui l'a décapitée mais il semble l’avoir oublié), la seule chose qui lui vienne à l’esprit est «si la police découvre que cette poule s’est suicidée chez moi, elle va surement m’accuser». Ouch. C’est d’autant plus débile que ce n’est pas la police du coin, en manque de zèle, qui va lui créer de gros ennuis. Arrêté il y a quelques jours pour avoir tenté de mordre une femme au cou dans un cinéma, Daniel n’a-t-il pas été relâché sans dommage pour la simple raison que les victimes n’avaient pas porté plainte? Au final, Daniel vit dans un univers parallèle où les gens parlent comme des acteurs de films porno des années 70, où un silence abyssal de recueillement ponctue chaque discussion et où il existe des médecins vampires hippies - mais on ne sait pas à quoi ils servent.

 

Par contre, ce qu’ignore Daniel, c’est qu’il est manipulé (de poule, bien sûr). Loin de le soigner, le docteur Rollet, son psychiatre au sourire sournois et au phrasé fleuri (au passage, signalons que ce psy est également dentiste, ophtalmologue, biologiste, chimiste, ostéopathe et obséquieux) et son assistant au désopilant tic facial, entretiennent sa schizophrénie et ne le quittent pas d’une semelle grâce à un appareillage ultrasophistiqué, comme un téléphone mobile (enfin, là, on est plus près d’une cabine téléphonique portable). Pourquoi? Bonne question, cher lecteur! En fait, au début, l’on pense à une expérience scientifique mais l’on découvre ensuite que ces deux agités du bulbe sont les (seuls?) membres d’une secte satanique. On apprend leurs véritables objectifs quand Daniel, sous contrôle hypnotique (gné?), se rend chez un medium qui, assisté d’un Méphistophélès de carnaval nous dévoile la terrible vérité: Daniel, alias Dents Rouges, est voué à tuer ses trois enfants, et le quatrième né est destiné à devenir le Seigneur du Maaaal. Ouais. Rien que ça. Quel rapport avec le vampire? Euh... Ne cherchez pas, c’est de l’art. Ou du cochon.

 

Enfin, heureusement pour la sauvegarde de l’humanité – et la santé mentale du public, Jane va trouver du soutien en une équipe de choc composée d’un inspecteur ambitieux, d’un dompteur de fauves (enfin, de chiens) et des deux savants qui finissent par retourner leur veste, sans que l’on comprenne le pourquoi. Lentement, autour du faux vrai vampire, le piège va alors se refermer et tout s’achèvera en drame à l’occasion d’un bal des vampires qui va partir en sucette, certains passages me rappelant la scène de bal dans l’un des volets de Fantomas.

La première chose qui frappe lorsque l’on visionne Le sadique aux dents rouges, improbable production horrifique franco-belge, c’est la tenue calamiteuse du jeu d’acteur. De mémoire d’amateur de nanar, hormis à l’occasion de doublages bâclés des films indonésiens des années 80, je n’ai vu un niveau d’interprétation aussi catastrophique. Dialogues surréalistes débités sans émotion par des comédiens aussi énergiques que des moules ou, au contraire, le surjeu total, grimaces à l’appui, comme avec les deux guignols qui interprètent le dompteur et l’assistant du docteur Rollet. Des acteurs prenant la pose qui, à leur décharge, ne sont pas aidés par une réalisation qui, usant de champ contre champ aux plans excessivement longs, pourrait faire passer le cinéma de Jean Rollin pour du Michael Bay. Au final, c’est tellement nul que c’en est souvent très drôle.

 

Jean Louis van Belle, probablement dans le but de flatter une audience péteuse amateur de dadaïsme de comptoir, prend un malin plaisir à triturer son métrage comme s’il s’agissait d’une véritable œuvre d’art. Un filtre par ci, un ralenti par là, un zoom par ici… Une totale escroquerie sur le plan artistique usant d’une symbolique bidon et de passages psychédéliques qui tendent à vouloir présenter l’œuvre comme une composition poétique un peu subversive… mais surtout bien foireuse. Il n’y a qu’à voir comment le cinéaste fait fi de toutes les incohérences et les questionnements qui composent son film (vers la fin, on ne comprend vraiment plus rien) pour se conforter à l’idée qu’il n’avait pour objectif que de tromper son monde avec un coté néo réaliste franchouillard (on est plus dans le style saucisson à l’ail et bouteille de gros rouge que dans le style champagne et caviar) recyclant le pire des idées de Jesus Franco, Jean Rollin, Paul Morrissey et Andy Warhol. Le pire, c’est que certains critiques et spectateurs se sont laissé prendre, faisant de ce nanar une œuvre culte.

 

Tout cela, finalement, n’a qu’un seul avantage : celui de nous faire rire ! Car force est de dire que Le sadique aux dents rouges, c’est que du bonheur pour l’amateur de portnawak. Au-delà de la pitoyable direction d’acteurs, les effets spéciaux, absolument nuls (les morsures se résument à un léger barbouillage de faux sang) ne cèdent qu’aux dialogues surréalistes et une mise en image hideuse. Le tout sur une bande originale décalée qui ésite entre jazz intello et variet’ yéyé. D’ailleurs, pour rester dans le sujet, je tiens sincèrement à remercier les membres du groupe de « rock » qui anime le bal. J’ai tellement ri que j’en ai encore un peu mal au bide.

La conclusion de à propos du Film : Le sadique aux dents rouges [1971]

Nicolas L.
15

Spectacle aussi surréaliste que ridicule, Le sadique aux dents rouges se pose comme le spectacle idéal pour l’amateur de nanar. Jeu d’acteur catastrophique, réalisation bordélique, effets spéciaux pourris, bande originale décalée. Bref, tout est absolument nul. Et dire que certains critiques ont vanté l’atmosphère poétique de l’œuvre. Remarquez, arrivé à ce niveau de performance, la nullité peut se voir considérer comme une démarche artistique. Non ?

Que faut-il en retenir ?

  • Tellement nul que cela en est drôle

Que faut-il oublier ?

  • Tout est mauvais. Tout.

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