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Critique du Recueil de nouvelles : Kane, l'intégrale 3/3
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Critique du Recueil de nouvelles : Kane, l'intégrale 3/3

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 28 juin 2011 à 2309

Le champion éternel qui s’en balance..

Kane était un colosse – guère plus d’un mètre quatre-vingts, mais bâti en masse. D’un volumineux torse en barrique posé sur des jambes en colonnes, les bras de Kane pendaient comme de grandes branches d’arbres bardées de muscles. Ses mains avaient une taille et une vigueur prodigieuses – des mains d’étrangleur, se dit Troÿline. L’homme devait avoir bien de la puissance, et il savait sans doute manier cette épée, également. Il était gaucher, à se que voyait le baron. Il portait des cheveux roux, modérément longs ; rousse aussi, sa barbe courte. Il avait des très assez rudes, voire un peu inquiétants, avec sur une joue une cicatrice récente qui semblait en cours de disparition (Réflexions pour l’hiver de mon âme – 1985)

Ce troisième et dernier tome de l’intégrale de la collection Kane est composée de neuf nouvelles et un poème plus, en fin d’ouvrage, une version de travail du Trésor de Lynortis (1984) - dont la version finale est présentée dans le tome 2 – ainsi qu’une entame de roman inachevé. Ces nouvelles sont de longueurs variables. Trois atteignent la centaine de pages (La froide lumière, Le nid du corbeau, Reflexions pour l’hiver de mon âme) alors que Dans les tréfonds de l’entrepôt Acme dépasse à peine la dizaine de feuillets. Mais tous présentent de nombreux points communs. A commencer par le personnage principal ; Kane.

Toutes les nouvelles pouvant être considérés comme classiques (celles dont l’intrigue se déroule dans le monde dark fantasy construit pour le personnage) introduisent un Kane en situation de fuite. Principalement après avoir subi un sérieux revers et perdu la plupart de ses compagnons. Contraint de trouver un abri de fortune, ses pas l’amènent en des lieux périlleux et l’entraînent à faire des choix délicats. Dans Le nid du corbeau, il se réfugie dans une auberge qu’il a jadis pillée et découvre qu’il a une fille (Kleisst, que l’on reverra dans d’autres nouvelles). Dans La froide lumière, Kane trouve un abri dans une ville à la population mourante. Accueilli dans l’indifférence, l’adversité viendra de l’extérieur, à travers les intentions mauvaises d’un groupe de paladins fanatiques. Dans Reflexions pour l’hiver de mon âme, le mercenaire échappe à ses poursuivants pour tomber dans les griffes de loups-garous et dans Mirage, son refuge accueillant n’est en fait qu’une illusion créé par une reine vampire. Dans toutes ces nouvelles, Karl Edward Wagner nous offre le spectacle d’un héros malmené par le destin, mais qui s’entête à vouloir reprendre le contrôle des évènements… avec de nombreux dommages collatéraux.

Reculant en titubant, Kane attaqua de son poignard le flanc de l’autre. Toutefois, la douleur dans son épaule ralentissait ses mouvements, et, avec un rire de dément, Jan frappa le poignard de son crochet rougi, avant de glisser le long de la lame et de s’enchevêtrer avec la garde. La pointe du crochet entama la main de Kane et, tirant en arrière d’une saccade, Jan arracha le poignard à sa poigne affaiblie. Jan poussa un cri de triomphe et martela de sa lame la garde de son assaillant. Le feu s’étendait, et la porte latérale commençait à se fendre. Un coup brutal engourdit un instant le bras d’épée de Jan, et Kane frappa avant qu’il puisse parer efficacement Sa lame ouvrit le flanc de son ennemi, tranchant côtes et poumon… (La froide lumière – 1973)

L’auteur, usant de cette plume très riche, s’attarde toujours à construire autour du personnage de Kane un environnement tangible et réaliste. En évitant les stéréotypes et en construisant des personnalités pleines d’ambiguïté, il rejoint un peu la démarche de Michael Moorcock tout en allant encore plus loin avec Kane puisqu’il fait de ce champion maudit, condamné à errer pour l’éternité, une individualité égocentrique assumant totalement ses actes. Ici, lorsque Kane commet des actes horribles, il ne s’abrite pas derrière l’influence d’une quelconque arme maudite. Par contre, il est intéressant de relever que dans tous les textes précités, Kane est montré sous un meilleur jour que dans les textes des précédents tomes. La plupart du temps, il ne cherche qu’à trouver le repos (repos faisant suite, cependant, à une série de crimes odieux). Peine perdue, sa qualité d’homme maudit l’empêche d’aspirer à la paix, et c’est la violence et la cruauté qui vont venir à lui. Très vivantes, riches en personnages et en sensations, dotées d’intrigues bien ficelées, toutes ces nouvelles sont d’excellente facture. Mais, de manière très subjective, j’ai un petit faible pour Le nid du corbeau, pour la construction dramaturgique mettant en scène un réseau assez complexe de rapports humains.

La fascination d’Elric pour la ruine domina sa colère et ses soupçons initiaux. Il plongea Stormbringer dans une masse couverte d’un tissu de champignons, à coté  d’une des machines fracassées. Un squelette se disloqua tandis que ce linceul s’ouvrait. Le crâne qui roula au loin possédait une mâchoire qui ne différait guère de celle d’un crocodile. Une des énormes araignées pâles courut vers un nouveau refuge.
« Kane, où sommes-nous, ici ? Et assez de mensonges » … (La touche gothique – 1994)

La touche gothique, nouvelle de 26 pages écrite en 1994 (année du décès de l’écrivain), est une petite surprise. On savait l’auteur proche de Michael Moorcock par sa manière d’appréhender les principes cosmogoniques de ses univers, mais l’on ne s’attendait pas à le voir introduire dans l’une de ses nouvelles le plus célèbre des champions éternels, à savoir Elric de Melnibonée. Par un caprice spatio-temporel, Elric et Tristelune se retrouve dans un château bâti à la jonction de deux plans dimensionnels. Ils y sont attendus par Kane, qui désire obtenir les services de Stormbringer pour supprimer un « démon » gardant un soi-disant trésor. Evidemment, Kane cache son jeu et se montre fin manipulateur. Dans ce texte, Wagner s’amuse à mettre Elric dans une position d’infériorité vis-à-vis de son héros, tant et si bien que le champion éternel le prend un instant pour une incarnation d’Arioch. Très amusant.

Son pénis en détumescence, encore gras de vaseline, chatouilla Elaine en se retirant de son cul. La main droite d’Allen s’engagea dans l’eau tiède, pour presser les dernières gouttelettes d’orgasme de la queue molle d’Elaine. Tendrement, il la retourna et l’embrassa avec amour – prolongeant profondément la langue dans sa bouche.
« Vas-y », enjoignit Allen en interrompant leur baiser. Il pressa vers le bas les épaules d’Elaine, la guidant sous la surface écumante…/… Elaine ouvrit la bouche pour prendre la queue glissante d’Allen. Elle sentit la traînée sucrée de sa propre merde en la gobant sur toute sa longueur… (Lacunes – 1986)

Les trois dernières nouvelles jouent également sur le principe du champion éternel, mais de manière plus sournoise. Kane, homme maudit, n’a jamais été aussi proche de ses modèles bibliques ; Satan et Caïn. Ces nouvelles placent leurs personnages et leurs intrigues dans des décors contemporains. Le ton employé est plus cru (pornographique) et use d’une cosmétique pop culture adulte qui évoque aussi bien les romans psychédéliques de Moorcock (Cycle de Jerry Cornelius) que les textes provocateurs de Philip José Farmer. Dans ces trois nouvelles, Wagner, extrêmement cynique, dévoile réellement son pessimisme et sa vision très sombre sur l’avenir de l’humanité, mettant ses personnages dans des situations aussi absurdes (comme lorsque dans Dans les tréfonds de l’entrepôt ACME, une rock star lesbienne se voit doté, comme par « magie », du sexe d’Elvis Presley) que cruelles. Bien que décalés et reléguant un peu Kane au second plan, ses trois textes sont excellents, l’auteur s’employant à créer des situations inattendues, et souvent bien drôles. La plus remarquable est Tout d’abord, juste un spectre, dans laquelle un écrivain de SF veuf se réfugie dans l’alcoolisme (Wagner avait d’ailleurs des problèmes d’alcool) et la consommation de stupéfiant pour découvrir un univers parallèle où le Mal combat le Pire. L’on n’est pas loin du délire de William Burroughs (Le festin nu) et de l’absurde Kafkaïen. L’un des tous meilleurs textes de l’auteur.

La conclusion de

Avec ce troisième opus, l’on termine en beauté cette série consacrée aux aventures de Kane, peut-être le plus sombre de tous les héros de fantasy. On peut découvrir, à travers cette petite dizaine de nouvelles, les divers aspects de l’auteur Karl Edward Wagner, un fan revendiqué d’Howard qui a réussi à créer son propre univers, foisonnant, sombre et nihiliste. Fait très intéressant, la présence en fin d’ouvrage de trois nouvelles se déroulant dans un décor contemporain, dans lesquelles l’auteur nous délecte d’un humour noir vraiment très efficace.

Que faut-il en retenir ?

  • Neuf excellentes nouvelles
  • Un Kane qui voyage dans le temps et les dimensions
  • De l’humour noir
  • Un style d’écriture élaboré

Que faut-il oublier ?

  • Une mort prématurée, une œuvre inachevée

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