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Critique du Film : Black Swan
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Critique du Film : Black Swan

Avis critique rédigé par Nicolas L. le lundi 28 mars 2011 à 1718

Le langage des cygnes

Sélectionnée pour être la danseuse étoile d'une nouvelle version du Lac des Cygnes, une jeune ballerine perfectionniste jusqu'au bout des orteils croit voir son rêve se réaliser. Mais il va rapidement se transformer en un douloureux cauchemar...

Cygne blanc et cygne noir, candeur ingénue et magnétisme sexuel, complémentarité entre le Yin et Yang, c'est ce qu'exige Thomas Leroy, un directeur de ballet (Vincent Cassel, plutôt convaincant en pervers manipulateur), de Nina (Natalie Portman), sa nouvelle danseuse étoile. Mais celle-ci, malgré de louables efforts, n'y arrive pas. Pour incarner le cygne blanc, pas de problème, c'est dans la nature de cette douce jeune femme, mais pour le reste... Autant demander à une biche de se métamorphoser en tigresse. Totalement inhibée par l'éducation d'une mère au tempérament vampirique, appliquée jusqu'à en perdre toute spontanéité, Nina, jeune femme à la fragilité cristalline, ne parvient pas à exprimer sa féminité et, poussée avec brusquerie sur un terrain émotionnel qu'elle ne reconnait pas, elle n'arrive à générer dans son esprit qu'un déstabilisant sentiment de dualité. Une épreuve psychologique qui finit par l'entrainer dans un univers se situant entre fantasme et réalité quand surgit devant elle une projection de cette femme épanouie qu'elle n'arrive pas à être - Lily (la séduisante Mila Kunis), sa fougueuse et sensuelle rivale.

Dés l'entame, conscient de l'obligation d'aviser au plus tôt le spectateur du désarroi psychologique de son héroïne, Darren Aronofsky fait preuve de son savoir-faire dans le domaine de la métaphore visuelle en lui créant un étrange environnement mimétique. Pour ce faire, il entoure son personnage principal d'une perturbante galerie de "sosies" - l'impression est bien entendu appuyée par les tenues de ballerine - qui fait qu'à chaque fois que Nina regarde une danseuse, elle a la sensation de voir une image déformée - souvent plus séduisante - d'elle-même. Puis, progressivement, en faisant montre d'un grand timing narratif, le cinéaste transforme ce simple malaise en un délire obsessionnel à base d'hallucinations dans lesquelles Nina voit se matérialiser ses angoisses, certes, mais aussi les profonds émois qu'elle n'arrive pas à assumer. Un processus fantasmagorique qui atteint son point culminant (douloureusement orgasmique, pourrait-on dire)) avec cette désormais fameuse séquence de saphisme qui n'est pas sans évoquer les viols imaginaires d'Hélène (Répulsion) et qui nous met bien en évidence que Nina a désormais complètement perdu le sens des réalités. La similitude avec le film de Roman Polanski, d'ailleurs, ne s'arrête pas à cette unique scène. En effet, dans Repulsion, on voit se matérialiser la destruction de édifice psychologique d'Hélène via l'apparition de fissures dans les murs d'une maison faisant office de refuge. Ici, le temple de Nina, c'est son corps - et notamment ses pieds. C'est donc lui qui subit dégradations et déformations, parfois réelles (par automutilations inconscientes) mais le plus souvent imaginaires (des orteils qui se soudent, des embryons de plume noire dans le dos).

Peur de la blessure, de l'échec, de la laideur, de la vieillesse. En exploitant ces thèmes, Black Sawn se pose comme un film cruel et sans concession, qui nous offre un regard assez caricatural et peu séduisant sur le monde des ballets. Darren Aronofsky, en choisissant le rendu cru d'un tournage 16mm et une photographie sans complaisance, insiste sur la dureté du milieu, avec de nombreux plans sur des pieds meurtris et des visages marqués par la fatigue et le stress. Ainsi, séduisant lorsque cadré avec une vue d'ensemble, le monde de la danse devient de moins en moins enchanteur - et de plus en plus douloureux - au fur et à mesure que l'on s'en approche, que l'on pénètre dans son intimité. Et Darren Aronofsky ne se prive de le faire (allant parfois, hélas, jusqu'à un excès frisant le ridicule). Un univers de souffrance digne des arènes de gladiateurs contrastant fortement avec le petit nid douillet de Nina, univers immature fait de peluches et d'une décoration rose bonbon. Ainsi, violement projetée d'un monde de conte de fée dans celui de la compétition et des rapports sociaux, Nina va avoir la plus grande difficulté à en appréhender les aspects les plus crus et elle va même « découvrir » les affres de l'âge, cette affreuse affection qui rend les danseuses étoiles aussi éphémères que des roses. On ne d'ailleurs que féliciter Darren Aronosky pour les choix de Barbara Hershey et Winona Ryder, deux stars de cinéma tombées un peu dans l'oubli (l'une a connu ses heures de gloire dans les années 80, l'autre dans les années 90), pour interpréter ces danseuses has been. Quand on connait le triste déroulé de carrière de ces deux comédiennes, difficile de ne pas faire de parallèle avec le milieu du cinéma.

Le personnage de Nina figure dans pratiquement tous les plans de Black Swan, et il est difficile d'imaginer ce film privé de la présence de Natalie Portman. Dans un rôle à oscar, cette comédienne nous offre ici bien autre chose que l'un des plus beaux sourires du monde et trouve enfin un rôle à sa mesure, interprétant avec une belle justesse un personnage d'une grande fragilité, presque terrorisé, mais parfois capable de brusques poussées sensuelles, comme lors de la séquence de "métamorphose". La justesse d'interprétation de Natalie Portman (Nina est ce que l'on pourrait appeler une cruche, mais à aucun moment l'on a envie de se moquer d'elle, on est au contraire touché par sa naïveté) est LE gros points fort de ce film qui, bien mis en valeur par une mise en scène très appliquée, arrive presque à dissimuler que Black Sawn est tout... Sauf un grand film!
Voilà, je l'ai dit, vous pouvez me lyncher.

Car franchement (oui, j'insiste), déclarer chef d'œuvre ce thriller au scénario linéaire et minimaliste (on peut résumer son intrigue, sans rien oublier, en quelques lignes), aux séquences à peine écrites et aux personnages tout juste esquissés est carrément une insulte à Orson Welles et Alfred Hitchcock, et même au Brian De Palma des grandes années! Alors, certes, l'on peut être abusé par les effets de style d'une réalisation jouant avec une certaine malice sur le sensationnel et le tape-à-l’œil (et présentant, je l'admet, quelques fulgurances visuelles), sur le capital séduction d'un microcosme accrocheur ou sur le mur musical de Tchaikovski, mais force est d'être raisonnable et de reconnaitre que le ramage du film d'Aronofsky - qui, faute de matériau, réutilise en permanence les mêmes ficelles narratives et les mêmes gimmicks horrifiques (le miroir, accessoire narcissique se transformant en un stigmate schizophrène) - est loin de présenter le même intérêt que son joli plumage.

Sans aller jusqu'à parler de misérabilisme scénaristique (cela serait injuste), on se trouve ici avec un métrage qui mise pratiquement tout sur sa forme, oubliant que c'est la pertinence du fond qui construit les bonnes histoires. Il suffit d'ailleurs de se hasarder dans un second visionnage pour se rendre compte qu'une fois passé l'effet coup de poing, Black Swan affiche cruellement son manque d'argumentaire dramatique et la déficience de son intrigue. A coté de cela, on peut aussi dire que le cinéma d'Aronofsky présente les mêmes défauts que la psychologie de son héroïne; un manque de naturel, de spontanéité et de culot. Ainsi, Black Swan n'appuie jamais là où cela pourrait faire mal, préférant rester superficiel dans l'exploration de ses thèmes délicats (dans le registre du drame psychologique bâti sur les rapports mère-fille, le film, par exemple, sort grand perdant d'une comparaison avec La pianiste). En conséquence de quoi Black Swan n'arrive à entretenir qu'un léger climat anxiogène, apte à ne faire frémir que la ménagère en quête de sensations inédites.

La conclusion de

Au final, l'engouement populaire et critique à l'endroit de Black Swan me laisse perplexe. Le cinéma américain actuel est-il devenu un genre tant appauvri qu'il suffise qu'un film présente quelques indéniables qualités pour qu'il accède sans discourir au panthéon du cinéma, accompagné de son créateur? C'est malheureusement le constat que je peux porter après avoir visionné le film de Darren Aronofsky, un spectacle certes intéressant (parfois même captivant), transcendé par une actrice inspirée, mais au scénario superficiel et policé recyclant des thématiques souvent mieux exploitées (les rapports mère-fille, le sacrifice et le dépassement de soi, etc.) et mettant en scène des personnages aux profils à peine esquissés. Un bon film, certes, mais assurément pas le chef d'œuvre proclamé!

Que faut-il en retenir ?

  • Une réalisation très appliquée
  • Une mise en scène bien pensée
  • Natalie Portman, formidable
  • Un univers captivant

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario superficiel
  • Des personnages peu approfondis
  • Parfois très caricatural

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