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Critique du Film : Black Swan
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Critique du Film : Black Swan

Avis critique rédigé par Vincent L. le mercredi 9 février 2011 à 1715

Un chef d'oeuvre...

Au fil des films et des années, Darren Aronofsky s'est construit une filmographie aussi courte qu'impressionnante. Découvert avec le film ovni Pi, ce dernier s'est par la suite illustré dans un cinéma lyrique au visuel extrêmement chiadé, et a quasiment touché la perfection avec le très critiqué The Fountain ; conscient qu'il ne pourrait probablement pas aller plus loin dans ce style, et désireux de ne pas se reposer sur ses lauriers, Aronofsky a par la suite décidé de se renouveller, de modifier son style de réalisation, offrant au public The Wrestler, long-métrage au visuel cradingue, au style proche du documentaire. Black Swan, son dernier long-métrage, a été conçu comme un dyptique censé compléter The Wrestler, s'appuyant sur les mêmes thématiques, mais tout en s'intéressant au sport le plus noble qui soit : la danse classique. Après Mickey Rourke en catcheur prêt à tout pour remonter sur le ring, Aronofsky met en scène Natalie Portman dans le rôle d'une ballerine perfectionniste prête à tout pour devenir la reine des cygnes.

On retrouve dans Black Swan tout ce qui fait l'intérêt du cinéma de Darren Aronofsky, et notamment cette façon de s'interroger sur les mêmes thématiques en changeant systématiquement de genre cinématographique. Une nouvelle fois, cette quête de l'aboutissement et de la perfection, qui finit par conduire inéluctablement à la mort (physique ou mentale), se trouve au coeur du film. Le personnage de Nina Sayer est à ce niveau très proche de celui de Randy The Ram dans The wrestler (concept du dyptique oblige, il est très facile de faire des parallèles entre les deux films), mais on peut également y voir des morceaux de Harry Goldfarb (Requiem for a dream), de Tom Creo (The Fountain) et, surtout, de Maximilian Cohen (Pi) dans cette manière qu'ont ses personnages de se détruire pour parvenir à atteindre leur but. On trouvera également les interrogations habituelles d'Aronofsky (vivre sa passion, les relations filiales, le rapport au corps), ainsi que quelques pistes de réfléxions nouvelles, notamment sur ce qui peut parvenir à transformer un performance physique en art.

Darren Aronofsky est avant tout un dramaturge appliquant une grammaire cinématographique maîtrisée sur le bout des doigts. Metteur en scène appliqué - qui tend à s'améliorer et à exceller de long-métrage en long-métrage - Aronofsky raconte ses histoires en créant un lien entre ses films et les personnes qui les regardent, et fait toujours appel à la sensibilité du spectateur. Le scénario, finalement, n'a que peu d'importance, tant ce réalisateur s'avère capable de transcender des histoires simples (Requiem for a dream était ultra-bateau, The Wrestler s'avérait assez simpliste). Black Swan ne déroge pas à la règle ; c'est peut-être d'ailleurs le seul véritable défaut que l'on pourrait lui trouver, à savoir que l'histoire racontée est à la fois balisée et pas vraiment originale. Mais au final, à l'instar des autres films d'Aronofsky, l'idée n'est pas d'offrir au spectateur un scénario chiadé qui l'oblige à s'interroger sur ce qui est montré à l'écran, mais au contraire de l'accompagner pour qu'il puisse mieux entrer dans le film, et s'ouvrir à ce qui est raconté sans avoir à se poser de questions sur la structure du scénario et sur la teneur de l'histoire racontée.

Ainsi, dans les mains d'un réalisateur plus roublard, Black Swan aurait pu devenir un énième film portant sur la schizophrénie, et se construire sur des artifices scénaristiques à base de twist et de révélations (à la manière d'un film de Shyamalan). Ce n'est ici pas le cas, car la nature des visions du personnages principal n'est jamais caché au spectateur, et son basculement dans la folie fait l'objet d'un accompagnement progressif ; point d'artifices ici, la folie de l'héroïne sert l'histoire racontée, certes classique, mais finalement suffisamment solide pour pouvoir porter le film. Par extension, notons que Black Swan est un film psychologiquement crédible, qui ne s'aventure jamais dans un délire sf à base de double personnalité ou de symptomes impossibles, restant dans le domaine d'une dissociation crédible. Le scénario, très bien écrit, met donc en scène une histoire dont les enjeux dramatiques sont calqués sur les éléments du Lac des Cygnes, au centre duquel se trouvent des péripéties utiles à la trame et des personnages correctement travaillés.

Ces derniers sont d'ailleurs incarnés à l'écran par des comédiens livrant des prestations abouties. Natalie Portman, évidemment, trouve probablement ici le rôle de sa vie, physiquement et psychologiquement impressionnante de bout en bout dans le rôle de la reine des cygnes. Autour d'elle, les autres acteurs qui lui donnent la réplique sont tous d'une justesse parfaite, du metteur en scène brillant et égocentrique (Vincent Cassel) à la mère vivant ses rêves par procuration grâce à sa fille (Barbara Hershey) en passant par la ballerine vieillissante et aigrie (Winona Ryder). Le contrôle d'Aronofsky sur la création de son film semble ainsi être également passé par le casting, jouant avec la représentation publique des actrices mises en scènes, femmes-enfants passées (Winona Ryder) ou actuelles (Natalie Portman, Mila Kunis) ; dans un film dont le pivot s'appuie tout de même sur une ouverture à la sexualité, il est peu probable que ces choix se soient fait uniquement sur le talent des diverses comédiennes.

Techniquement, Black Swan est également une brillante réussite. Les afficionados du cinéma d'Aronofsky ne seront pas dépaysés, ce dernier livre un long-métrage esthétiquement abouti (mais pouvait-il en être autrement vu le sujet traité ?). Bien que le film s'appuie sur les mêmes techniques formelles de réalisation que dans The wrestler (dyptique oblige), l'imagerie est cette fois beaucoup moins cradingue que celle utilisée pour décrire le milieu du catch. A la photographie, on retrouve Matthew Libatique, collaborateur habituel de Darren Aronofsky, qui rend parfaitement honneur au monde du ballet et de la danse classique avec une image classieuse (bien que volontairement enlaidie par la réalisation). Au niveau sonore, Clint Mansell, compositeur attitré des films d'Aronofsky, a été chargé de composer la bande originale, et parvient une nouvelle fois à livrer un score impressionnant, s'appuyant sur les thématiques musicales du Lac des cygnes de Tchaïkovski pour composer des variations propre à accompagner le film, tout en lui conférant une véritable cohérence.

Mais au delà de tout cela, ce qui fait la brillante réussite de Black Swan est sans conteste la mise en scène de Darren Aronofsky. Reprenant le style initié dans The Wrestler, il trouve ici un aboutissement via une réalisation maîtrisée de bout en bout. Cela se joue sur des détails visuels utilisés à bon escient (l'imagerie des miroirs notamment), mais également dans cette façon bien particulière qu'il a de filmer les dos comme s'il filmait des visages. On retrouve également ce sens du tempo qui lui permet de toujours trouver le juste milieu dans son utilisation des procédés dramatiques (ni trop peu, pour qu'il y ait de l'émotion, ni trop, pour que le tout ne sombre pas dans le pathos). Dans Black Swan, il revient également à ses premières oeuvres, notamment sur toute cette façon de mettre en scène les représentations faussées du réel, procédés qui rappellent ceux mis en place dans Pi ou, à une moindre mesure, dans Requiem for a Dream. Au final, Black Swan est donc un film très abouti du point de vue de la réalisation.

Cependant, le véritable tour de force de Darren Aronofsky est l'incroyable montée en puissance qui se développe tout au long de son film. Emportant le spectateur dans ce tourbillon de danse, de musique et de folie, il amène son film crescendo vers un dénouement que l'on sait inéluctable, et qui trouve un aboutissement dans l'extraordinaire final du film, d'un baroque complètement assumé. Jamais, depuis Les chaussons rouges, un film n'aura à tel point transcendé l'approche cinématographique du ballet. En accompagnant le personnage principal dans les trois actes du Lac des Cygnes, du cygne blanc au cygne noir, et en la suivant dans ses transformations successives, Aronofsky a créé une séquence finale tout simplement impressionnante. Porté et habité par la performance de Natalie Portman, mis en exergue par la musique de Tchaïkovski, Black Swan se termine sur un épilogue d'une force dramatique et émotionnelle époustoufflante. Le tout, sous les applaudissements du public, se conclue sur le même plan final que celui de The Wrestler ; le dyptique est achevé, un chef d'oeuvre est né...

La conclusion de

Black Swan est peut-être, pour Darren Aronofsky, le point culminant d'une filmographie déjà impressionnante. Poursuivant le dyptique mis en place avec The wrestler, il transforme son long-métrage en une expérience cinématographique en tout point impressionnante. Maîtrisé de bout en bout, Black Swan ne se regarde pas, il se vit et se ressent, laissant, au final, le spectateur subjugué par une montée en puissance extraordinaire. Définitivement, Aronofsky s'impose comme l'un des maîtres du septième art, peut-être pas le plus reconnu, mais très certainement le plus brillant.

Que faut-il en retenir ?

  • Un film magistral, maîtrisé de bout en bout,
  • Montée en puissance impressionnante,
  • Mise en scène inventive,
  • Casting solide,
  • Scénario intelligent,
  • Bande-originale géniale,
  • Techniquement abouti.

Que faut-il oublier ?

  • Une histoire pas fondamentalement originale.

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