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Critique du Recueil de nouvelles : Epées et mort
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Critique du Recueil de nouvelles : Epées et mort

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 5 octobre 2010 à 1718

Les quêtes de l'oubli

Un terrible instant, prétrifié, le Souricier regarda la tour, dont le sommet ressemblait à la partie renflée d'une massue, s'abattre inexorablement sur lui. Puis il se baissa, bondit sur la paysanne, lui faucha les jambes et la fit rouler sur le sol avec lui. La pointe de la tour s'écrasa à moins d'un pas d'eux, s'arracha au trou qu'elle venait de creuser et se releva pour frapper à nouveau... (Les joyaux dans la forêt)

Les circonstances dramatiques du troisième et dernier texte d'Epées et Démons, aussi réussi soit-il, laissait le romancier Fritz Leiber devant une problématique à résoudre. Le Souricier gris et Fafhrd, après avoir vengé la mort de leurs chères et tendres dans un bain de sang, ne pouvaient pas continuer leurs aventures comme rien ne s'étaient passé. Cela ne collait pas du tout à la cohérence du cycle, recherchée depuis les débuts par l'écrivain.  En même temps, en détruisant de manière spectaculaire tout l'environnement des principaux protagonistes, il les laissait sans but ni motivation et, de plus, minés par un profond sentiment de culpabilité. Il lui fallait donc entamer un processus de reconstruction, non pas pour simplement combler les vides, mais pour redonner à ses personnages une raison de vivre et d'agir.

Dans Epées et mort, Fritz Leiber, intelligemment, a procédé par étapes. A travers ce recueil de dix nouvelles, il a continué de développer la psyché de ses personnages en usant de leur vécu, mais sans sombrer dans la redite. Et il ne s'est pas égaré pas en route, mettant les choses à plat dés la première histoire. Dans Eternel retour, première nouvelle du recueil, il nous montre deux hommes brisés ne pouvant se résoudre à demeurer en Lankhmar, trop riche en souvenirs douloureux, et qui prennent la route, sans véritable but. Ce court texte (11 pages) n'est pas le meilleur du recueil mais il n'en est pas moins important car il permet au Souricier Gris et à Fafhrd, à travers un étrange pèlerinage, de faire leur deuil. Puis l'auteur y introduit deux nouveaux personnages qui joueront un grand rôle dans leurs aventures futures, les sorciers Sheelba au visage sans yeux et Ningauble des sept yeux. Ainsi, à la fin de cette nouvelle, sans pour autant avoir oublié leurs amours, le Souricier Gris et Fafhrd sont de retour à Lankhmar, et s'établissent dans leur quartier général, l'auberge de l'Anguille d'argent.

Un moment, le prêtre fanatique continua d'avancer, s'embrochant de plus en plus sur la fine lame de Scalpel pour approcher du Souricier et tenter de l'éventrer. Puis la haine qui faisait briller son regard s'éteignit comme une chandelle mouchée par le vent et tous ses muscles se détendirent. Ecœuré, le petit aventurier dégagea sa lame des entrailles du moribond... (Les sept prêtres noirs)

Les nouvelles de ce recueil s'enchainent suivant un ordre chronologique, certaines se situant même dans la continuité directe de la précédente (L'île naufragée et Les sept prêtres nains). Toujours servis par une plume pleine de sombre élégance et d'humour noir, le Souricier Gris et Fafhrd continuent leur évolution, perdant petit à petit leur complémentarité pour acquérir une personnalité plus complexe. Les deux héros sont toujours amis, certes, mais ils peuvent désormais être considérés comme des personnages autonomes. Fritz Leiber en profite d'ailleurs pour construire une sorte d'aimable compétition entre deux personnages qui affirment leurs différences. Pour s'occuper l'esprit et se remplir les poches, les héros enchainent alors les aventures et se construisent une sacrée réputation. Ces gentlemen cambrioleurs medfan se frottent à nouveau avec la Guilde des Voleurs, partent explorer des horizons lointains, avant de revenir en ville pour claquer leurs gains sans penser au lendemain. Cependant, si cette vie mouvementée leur permet de ne pas trop penser à Avrian et Vlana, elle va les amener à tomber sous l'influence des deux sorciers rivaux Sheelba et Ningauble, qui vont en faire à la fois leurs disciples et leurs sujets d'expérience.

Le prix de l'oubli, par le fait qu'elle concentre tous les éléments thématiques développés ici par Fritz Leiber, est la meilleure nouvelle du roman et mérite que l'on s'y penche de plus près. Elle débute dans un numéro riche en humour et en romantisme morbide. Le souricier gris et Fafhrd qui, depuis la disparition de leurs dulcinées, ont perdu le sens de la mesure, décident de s'emparer de la belle maison d'un noble pour la dresser sur le lieu même où Ivrian et Vlana ont péri. Pour ce faire, ils soldent quarante malandrins qui sont chargés de soulever la maison et de leur amener! Puis, pour maquiller la nature de la demeure au yeux des miliciens, ils la recouvrent des cendres recueillies au sol, qui contiennent bien entendu celles des jeunes femmes brulées vives quelques mois plus tôt! On reconnait bien là l'humour sinistre de l'auteur. Les deux compères s'installent alors dans leurs nouveaux murs, espérant profiter du luxe des installations. Cependant, hantés par la vision de leurs dames, ils n'arrivent pas à profiter du confort de leur nouveau logis. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que derrière ces apparitions fantomatiques se cachent les machinations des deux sorciers qui, prétextant pouvoir les débarrasser de leurs douleurs, les manipulent séparément et les envoient courir après le même artefact. Se déroule alors une véritable course où le Souricier Gris et Fafhrd vont mettre en péril leur amitié et ne vont pas apparaitre sous leurs meilleurs jours.

Cette fois, plus aucun doute possible, c'était bien les oiseaux qui parlaient. Fafhrd écarquilla les yeux, fasciné. il avait déjà entendu des mots sortir de la gorge de volatiles - des perroquets dressés à jurer ou des corbeaux dont on avait fendu la langue. Ceux-mà s'exprimaient du même son monocorde, sans une once d'intelligence, et avec la même tendance à la répétition agressive. A dire vrai, il avait entendu des perroquets capables d'imiter beaucoup mieux la voix humaine... (Les serres de la nuit)

Mais attention; même si l'on peut affirmer que Le prix de l'oubli est au-dessus du lot, il serait injuste de prétendre que les autres textes sont indignes d'intérêt. En effet, hormis peut-être Les joyaux dans la forêt (et encore!) qui peut sembler un peu plus classique, toutes les nouvelles de ce recueil méritent d'être lues tant elles sont originales et variées. La plus surprenante (et délirante) est probablement Le bazar du bizarre, avec ses illusionnistes interdimensionnels qui viennent dans notre monde pour y vendre le contenu de leurs poubelles. Par ailleurs, il est bon de noter que si les aventures du Souricier et Fafhrd sont riches en rencontres (spectres, démons, golems, sectateurs fanatiques, magiciens fous), les femmes y sont reléguées au second plan (Leiber prend pour prétexte que ses héros sont pour le moment trop affectés par la mort de Avrian et Vlana pour penser à la bagatelle). La seule qui mérite d'être citée est Atya, dans la nouvelle Les serres de la nuit, et elle n'apparait pas vraiment sous un visage très sympathique (même si elle a des circonstances atténuantes). C'est d'ailleurs dans cette nouvelle que l'on peut lire l'un des meilleurs "gags" de Fritz Leiber; pour se protéger des attaques d'oiseaux voleurs de bijoux, les femmes de Lankhmar préfèrent protéger leur tête en la glissant dans une cage à oiseaux plutôt que laisser leurs joyaux dans leurs écrins! Et summum de l'ironie: quand la menace est définitivement éliminée, la gente féminine continue à porter la cage car elles trouvent ça "tendance". Une manière pour Fritz Leiber de matérialiser l'expression "cervelle de moineau"? Un brin misogyne dans le texte, c'est vrai, mais terriblement drôle!

La conclusion de

Deuxième recueil du cycle des épées, série d'ouvrages mettant en vedette un petit voleur apprenti-magicien (Le souricier Gris) et un grand barbare nordique (Fafhrd), Epées et Mort est composé de dix textes, tous d'excellente facture. Brassant avec habileté des éléments dark fantasy et sword & sorcery, Fritz Leiber nous invite à suivre un duo de personnages hauts en couleurs plongés dans des aventures toujours originales et parfois même sacrément délirantes. Une variation de ton, riche d'un humour noir très efficace, qui donne encore plus de force à un style et un imaginaire déjà très accrocheur.

Que faut-il en retenir ?

  • Une plume très agréable
  • Des nouvelles de bonne qualité
  • Des personnages évoluant au fil des nouvelles
  • La géniale "Le prix de l'oubli".
  • De l'humour, de l'action, de la sorcellerie

Que faut-il oublier ?

  • Un brin de misogynie

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