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L'Antre de la folie >

Critique du Film : L'Antre de la folie

Avis critique rédigé par Nicolas L. le mardi 20 septembre 2005 à 11:17

Carpenter rencontre Lovecraft au pays de l’ambiguïté

John Trent (Sam Neill) est un brillant enquêteur d’assurance. Un jour, il est contacté par une maison d’édition qui est sans nouvelle d’un de leurs auteurs à succès, Sutter Cane, un écrivain de romans horrifiques assez basique. En compagnie de l’agent de Cane (Linda Styles / Julia Carmen), une jeune femme brune aguichante - comme un fantasme, serais-ce un indice? - Trent va remonter la piste du romancier jusqu’à Hobb’s End, un petit village qui a pour particularité d’être le cadre principal des récits écrits par le disparu. En visitant les lieux, notre héros va s’apercevoir que des étranges évènements s’y déroulent, des faits qui, d’après Linda, suivent le récit de In the Mouth of Madness, le dernier roman de Cane. Il va également découvrir qu’il est le porteur d’une étrange mission.
L’antre de la folie, sous le couvert de la comédie cynique, car entendons-nous bien c’est une comédie et Carpenter nous donne le ton dés le début (lorsque, emprisonné dans l’asile, Trent entends une musique et s’écrie : ‘’Ho non ! Pas les Carpenter !’’), le réalisateur nous propose une expérience intéressante qui pourrait se mettre en phrase par la question :’’Et si notre réalité quotidienne était en fait juste un rêve issu de l’esprit d’un fou ?’’
Cette délicate frontière entre phantasme et réalité a déjà, bien sur, été le sujet central de bon nombre de films, mais cette fois-ci le cinéaste prend comme support expérimental la narration littéraire, avec le questionnement ; ‘’Est-ce que la lecture d’une œuvre peut rendre fou, où est-ce que cela exalte seulement la psyché d’un être déjà paranoïaque ou torturé, un effet totalement inverse de la catharsis en quelque sorte ?’’. Il est amusant de noter que c’est exactement les sujets des discussions enflammés qui animent aujourd’hui les débats sur la raison d’être des jeux vidéo et des univers virtuels (qui n’oublions pas, sont issus des fantasmes de un, voir plusieurs, auteurs).
Pour illustrer cela, toute la trame du film se déroule au rythme d’un rêve éveillé, lent et cotonneux. Le spectateur n’est jamais certains de savoir si les protagonistes évoluent dans le monde du palpable ou de l’irrationnel et cette impression, évoluant au cours du récit, se transforme petit à petit dans la certitude que l’on évolue en fait dans un mélange des deux. Cette subjection est notable surtout à partir du moment où les héros empruntent cette sorte de Lost Highway que n’aurait pas renié un cinéaste onirique comme David Lynch. Cette nonchalance de la mise en scène, cette absence totale de suspens et d’effet de peur (à part deux effets comiques à la Vendredi 13) peut dans un premier temps déstabiliser le spectateur voir le rebuter. Je dois avouer que lors de ma première vision du film, je ne l’avais pas du tout aimé, l’ayant, d’un premier abord, considérée comme une œuvre d’horreur classique, et par cette approche, je l’avais trouvé, lent, pompeux et surtout stupide.
Usant de repères culturels, John Carpenter, lors de l’arrivée du couple dans le village, met un point d’honneur à mettre en avant les fragilités paranoïaques de Trent , avec l’utilisation d’une symbolique toute ‘’Lovecraftiene’’. Un clin d’œil sympathique à celui qui reste le Maître des Cauchemars et un écrivain d’horreur hors pair. Ainsi, on a la nette impression qu’ils ont débarqué dans une des villes imaginaires de l’écrivain bostonien (l’action est d’ailleurs sensé se dérouler dans la région), un de ces endroits mythiques où tout peut vous arriver, même rien. Hobb’s End, Dunwich, Arkham ou La Calla (cf. King), elles sont toutes construite avec les briques de l’imagination, et elles sont bien réelles au fil des pages, en tout cas dans la psyché de l’écrivain. Alors pourquoi pas du lecteur. ‘’Si les lecteurs commencent à y croire, ils existeront ! Et ils passeront plus facilement.’’ (Kane).
Le cinéaste joue alors avec notre incertitude, notre remise en question de la réalité, jusqu’au twist final. Le personnage principal, devenu apparemment dément, entre dans un cinéma et se retrouve spectateur, un cornet de pop-corn à la main, au récapitulatif de ses propres mésaventures. Nous comprenons alors que, finalement, nous avons assisté pendant 90 minutes à la matérialisation de ses fantasmes, qui se ‘’concrétisaient’’ dans son esprit au fur et à mesure qu’il lisait le livre, un ouvrage qu’il a toujours eu en main (sujet déjà abordé d’ailleurs lors de la deuxième rencontre avec l’éditeur) et qu’il était devenu le principal protagoniste, le personnage central du roman. La boucle est bouclée, on en revient à la première question.
Au-delà de ce premier message relativement courant dans la métaphysique cinématographique, on peut en voir un deuxième plus dirigé : ‘’Le pouvoir de suggestion de la littérature sur l’imaginaire humain’’. Carpenter profite de cette occasion pour rendre hommage par l’intermédiaire de dialogues amusants à son ami Stephen King, et l’on sent à travers les phrases de la taquinerie mais aussi une profonde admiration. Sur ce questionnement, Carpenter n’hésite pas et nous répond par un grand Oui, et bien qu’il soit un homme d’image, il est lucide en ce qui concerne le pouvoir supérieur de la lecture pour exalter l’envol de l’imagination.
Pour incarner ce personnage à l’esprit torturé, le réalisateur a choisi Sam Neill, qui est, je le dis haut et fort, extraordinaire. Loin des excès d’un Jack Nicholson, on le voit lentement prendre la grande autoroute de la folie. Tour à tour désabusé, septique, cynique, puis complètement dément, l’acteur nous dévoile un exercice de composition de premier choix, pour en arriver à ce trois-quarts profil hallucinant sur son visage déformé par la folie, plan frappant qui clôt le film. Le rôle de Sutter Cane est interprété par Jürgen Prochnow et ce choix m’est moins explicable, j’aurais plutôt vu un comédien plus ‘’hanté’’ comme Jeffrey Combs. Quand à la présence de Charlton Heston, elle tient plus de l’anecdote de même que celle de David Warner et John Glover, même si ce dernier, en docteur maboul, ne passe pas inaperçu.

85

L’antre de la folie est une œuvre à tiroirs, faussement simpliste, une sorte de Vidéodrome de la littérature. Avec ce film, Carpenter sort de la série B et s’essaye à la métaphysique, en gardant une certaine distance par l’utilisation de l’humour et du second degré. Je pense qu’il faut le visionner plusieurs fois avant de porter un jugement définitif, car le considérer comme un simple film d’horreur est trop restrictif

Critique de publiée le 20 septembre 2005.

Que faut-il en retenir ?

  • Un film très original
  • Sam Neill, épatant
  • Une ambiance pesante
  • Œuvre à décrypter

Que faut-il oublier ?

  • Peu sembler indigeste au premier abord

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