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Critique du film : Babycall [2012], par Jonathan C.

Avis critique rédigé par Jonathan C. le dimanche 29 avril 2012 à 19h13

Baby blues

affiche Babycall

(pas de spoilers)

Grand prix au festival de Gerardmer, Babycall n’a pourtant rien de très fantastique, au propre comme au figuré, à l’inverse du Prix spécial du Jury (l’anglais La Maison des ombres) et du Prix du public (l’espagnol Eva) cette même année 2012. Ce type de grands prix « sages » et très porté sur le film d’auteur a tendance à devenir une habitude dans ce festival (les choix étaient plus audacieux à l’époque d’Avoriaz, la plupart des films récompensés du grand prix étant d’ailleurs devenus cultes). La Norvège avait déjà reçu cette distinction en 2007 pour le vertigineux Norway of Life, qui était beaucoup plus surprenant que ce Babycall.

Afin de fuir un ex mari violent, Anna (Noomi Rapace) et son fils de 8 ans emménagent dans un appartement dont l’adresse est tenue secrète. Malgré tout, Anna n’est pas rassurée, et son comportement est surveillé de près par les services de protection de l’enfance. Craignant que son ex mari ne les retrouve et leur fasse du mal, Anna achète un babyphone (rencontrant au passage Helge, un gentil vendeur qui flashe sur elle) pour garder un oeil (et une oreille) sur son fils pendant la nuit. Mais le babyphone capte d’étranges bruits provenant d’un autre appartement.

Babycall Noomi

Le réalisateur Pål Sletaune s’était fait remarquer en 1998 avec Junk Mail (et son ordure de facteur squattant l’appartement d’une jeune femme en son absence) mais surtout en 2005 avec Next Door, vénéneux mais ennuyeux thriller psychologique de couloirs dont les petits pervers n’auront retenu qu’une ou deux séquences sulfureuses (autant dire tout de suite qu’il n’y en a aucune dans Babycall), avec ces deux voisines provocantes harcelant un pauvre type fraichement largué par sa fiancée. Moins connu et plus comique, You really got me (2001) voyait le propriétaire suicidaire d’un fast-food tomber sur une rock-star ligotée en pleine forêt car kidnappée par deux escrocs. Les personnages de ces films ont toujours des vies chaotiques, suffisamment pour perdre pieds.

Avec Babycall, Pål Sletaune reste dans le thriller psychologique « de couloirs », prolongeant son exploration de la perte de contrôle, de la confusion mentale et de l’évanouissement des repères, se posant la question : « Qui peut décider de ce qui est vrai dans notre vie ? ». Noomi Rapace incarne selon lui une « héroïne moderne », une mère courage paumée, à l’ouest et fragile, mais dont la forte conviction amène le spectateur à la suivre avec confiance et empathie, même dans l’irréel. Mais est-elle folle à lier ou se passe t-il vraiment des choses bizarres ? A travers ce « voyage dans l’esprit » dont le babyphone n’est qu’un argument, Sletaune traite des relations fragiles mais essentielles entre les parents et leurs enfants, poussant ici l'instinct maternel protecteur et possessif jusqu’à la folie paranoïaque (« L’amour peut être la plus dangereuse des émotions », confie le cinéaste), ce qu’insinue d’ailleurs l’affiche du film.

Babycall Noomi

A force de cumuler les indices et les faits étranges (les voix dans le babyphone sont particulièrement inquiétantes et font même sursauter la première fois), Pål Sletaune parvient pendant une heure à instaurer un vrai sentiment de malaise et à imposer une rythmique obsédante dans un efficace parfum de mystère, évoquant Hitchcock tant dans son intrigue fourbe et mécanique que dans sa psychologie troublante proche de la schizophrénie (on pense à Psychose et à Sueurs froides), tandis que l'ambiance claustrophobique, l’isolement/écrasement du protagoniste dans (et par) le cadre et la graduation de la folie entre quatre murs renvoient au cinéma de Roman Polanski (en particulier Répulsion, Le Locataire et Rosemary's Baby). Les répétitions de motifs (dont le babyphone) et d’évènements créent l’angoisse du cauchemar (l’enfermement, la chute sans fin, la perpétuelle répétition, l’illusion…), au sein d’une atmosphère morne, grondante, grise et oppressante typique du cinéma scandinave (musique pesante à l'appui). S’adaptant à la pauvreté du décor (on est loin du Oslo crade et limite post-apo de Junk Mail), y compris dans ses quelques sorties en pleine nature finalement aussi étouffantes que les scènes en intérieur, la réalisation est très sobre, dépouillée et austère (des images froides à la scandinave), alors que le réalisateur est paradoxalement connu pour son travail dans la pub (au cours duquel il est récompensé à Cannes). Certaines scènes sont suffocantes (la noyade dans le lac) et le cinéaste ne manque pas de cruauté (la pauvre Noomi Rapace en bave). La tension (et l’attention) monte jusqu’à la peur au ventre, et Pål Sletaune semble alors parfaitement maitriser son récit, donnant l’impression d’emmener son spectateur là ou il ne veut pas aller, dans une psyché ténébreuse peuplée de monstres, de fantômes et de phobies.

Babycall Noomi

Hélas, on ne verra pas la couleur de ces monstres. La psyché se matérialise bien en cauchemar, mais le cauchemar n'en est pas un. Pål Sletaune a finalement bien du mal à relier les nombreuses pistes entre elles, à les assembler pour fabriquer un dénouement fort. Au lieu de créer la surprise (car on s’attend inévitablement à un twist), le récit sombre dans le conventionnel avec ce final aux forts airs de déjà vu, ce qu’annonçait d’ailleurs le plan d’ouverture du film (halàlà, cette manie de vouloir trop en dire avec un premier plan-spoiler), à la manière des films noirs des années 40 (on sait comment ça finit, mais on veut savoir pourquoi). On avait vu venir le coup de loin, mais c’est justement parce que ça semblait trop évident que ça ne pouvait pas être ça. Et pourtant, ça l’est. En plus d'être frustrant, ce dénouement supprime la dimension fantastique ou surnaturelle qui fonctionnait pourtant pendant une heure et laissait espérer une explication hors du commun (quitte à verser dans le grotesque, c’est toujours mieux que du banal).

Babycall

Il en ressort alors un thriller psychologique en demi-teinte, convaincant dans son développement mais décevant dans son accomplissement, le réalisateur se prenant les pieds dans le tapis qu’il a lui-même tissé et laissant beaucoup de pistes en suspens (avec les invraisemblances qui vont avec), comme s’il n’avait pas su quoi en faire. Mais s’il y en a une qui reste constante dans l’effort, c’est bien Noomi Rapace, qui sauvait déjà la saga Millénium par son interprétation ténébreuse d’une Lisbeth Salander fantasmatique, et ajoutait un peu de tonus à Sherlock Holmes 2 en gitane ardente, en attendant l’expédition de Prometheus. Toujours dans la peau d’une jeune femme torturée et déviante, ici proche d’une bête méfiante et apeurée (c’est une actrice très animale, sauvage), la Rapace met le spectateur dans sa poche par son jeu fiévreux, émouvant de détresse, en plus de son charme et son charisme (un physique atypique). Son interprétation manque peut-être d'ambiguïté (on se doute bien qu'elle débloque) mais pas d'émotion. La petite romance entre son personnage et celui du vendeur hi-fi joué par Kristoffer Joner est mignonne comme tout (un peu de tendresse dans cette descente aux enfers), quoique la timidité des deux personnages est très exagérée (on voudrait presque donner quelques claques à Kristoffer Joner pour qu’il se réveille un peu). L'actrice reste l'atout de ce thriller plus psychologique qu'horrifique, ni vraiment ennuyeux mais ni vraiment captivant non plus, la faute à un récit qui fait dans la répétition alors qu'on voit vite venir la fin.

Babycall Noomi

La conclusion de à propos du Film : Babycall [2012]

Jonathan C.
60

Intriguant pendant une heure, instaurant un climat d’inquiétude et multipliant les indices étranges dans une atmosphère paranoïaque teintée de folie, le récit de Babycall déçoit dans son dénouement, prévisible et conventionnel malgré les chemins torturés empruntés pour y arriver et les quelques scènes-choc du réalisateur du sulfureux mais déjà pas très palpitant Next Door. Faussement tortueux et roublard, ce thriller psychologique hitchcockien et « polanskien » se suit surtout grâce à l’interprétation fiévreuse d’une Noomi Rapace habitée, aussi touchante qu’inquiétante. L’actrice porte le film sur ses épaules, comblant les lacunes du récit. Mais pour un grand prix au festival de Gerardmer, ça n’a rien de bien fantastique, surtout en succédant à L'Orphelinat, Morse et Blood Island

Que faut-il en retenir ?

  • Noomi Rapace habitée
  • Un parfum de mystère qui fait son effet
  • Un portrait de femme fort
  • Un suspense oppressant entre Polanski et Hitchcock

Que faut-il oublier ?

  • Un dénouement grossier (donc prévisible)
  • Les invraisemblances laissées en fin de parcours
  • Rien de très palpitant

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