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Critique du recueil de nouvelles : Des nouvelles du Tibbar [2010], par Nicolas W.

Avis critique rédigé par Nicolas W. le lundi 5 juillet 2010 à 14h39

Vous reprendrez bien un peu de Tnufle ?

"Les bus freine, s'arrête le long de la tranchée taillée jadis dans une colline par les crocs d'un baffreroc du Service d'Entretien des Voies, afin d'y faire passer la route. Un arrêt troglodyte baille au bas de l'escarpement. Une femme en sort, tenant en laisse un crapaud aussi haut qu'elle. Elle monte. Murmure inquiet des passagers. C'est une gorgone, les cheveux enroulés sur des bigoudis (les serpents paraissent un chouillas étranglés par les cylindres), les yeux masqués par des disques de fer. Le crapaud lui tient lieu de guide."

Oyé, Oyé braves humains ! Voici les dernières nouvelles du Tibbar occidental. Venez découvrir cet incroyable continent et ses singuliers habitants. Des lointaines contrées de Transpiratie au pays d'Ongle en passant par l'Honafre Mineure et la Foiride, soyez les premiers à palpiter au gré des aventures des voleurs de la tomate chantante ou à vous émerveiller devant la magnificence des monts d'Aphte. Partez sur les traces des derniers Efafnr ou embarquez vers le domaine du Ninja Radin : frissons et hautemagie garantit pour ce trépidant voyage !

Quinzième volume de la magnifique bibliothèque voltaïque des Moutons électriques, Des nouvelles du Tibbar forme un recueil de nouvelles signé Timothée Rey. Auteur de quelques histoires courtes dans la revue hebdomadaire des moutons - Fiction - et dernièrement dans l'anthologie Glissements, il n'en reste pas moins l'auteur d'un autre recueil paru chez les éditions de la Clef d'Argent, Caviardages. Au travers de 12 nouvelles et de douze annexes, l'écrivain niçois fait naître le monde loufoque et pétillant du Tibbar occidental. Une entreprise aussi singulière qu'intriguante.

Bienvenue donc au Tibbar, vaste continent dominé par divers états et contrées tel que l'Ongle, les Deux-ablettes, la Foiride ou encore l'Uelbate. Au cours des douze récits qui figurent au sommaire du recueil, le lecteur ne manquera pas de s'étonner de ces contrées pour le moins exotiques. Pourtant, ce n'est là que la moindre des étrangetés de ce fabuleux pays. Ses habitants méritent aussi largement le détour tout comme ses animaux. On retrouve bien entendu le bestiaire fantasy habituel avec des nains, des elfes ou encore des dragons mais ce serait sans compter sur les nombreux tnufles, goules, sylvains, mafflu, neictes et autres elfes-éléphants. Il faut avouer qu'avec Timothée Rey,  l'originalité est bel et bien au rendez-vous. L'auteur joue à ce titre sur la corde raide : on enchaîne les mots inventés par l'écrivain à une vitesse ahurissante. Le risque bien entendu serait de perdre le lecteur en chemin. Mais cependant, jamais le français ne passe du mauvais côté, son texte reste compréhensible avec cette pincée d'étrangetés qui le rend si délectable. On pense parfois à la Horde du Contrevent pour ses néologismes mais surtout à La Cité des saints et des fous de Jeff Vandermeer. Tout comme celui-ci, Timothée Rey invente un monde totalement barré et alternant rire et tragédie. Ne nous y trompons pas, il ne s'agit nullement d'une pâle copie mais assurément d'une brillante construction minutieusement réfléchie jusque dans les annexes finales renseignant sur les unités de temps et de longueur du Tibbar.

Ce qui fait la force du niçois, c'est sa capacité à inventer des choses - créatures ou objets - toutes plus absurdes les unes que les autres et à ne jamais sombrer dans le ridicule. Cet état de fait doit bien sûr beaucoup à son talent de conteur et à son style en parfait accord avec son œuvre : rieur et travaillé. On compte rapidement de nombreuses trouvailles formidables : la Marmelade, la Dorure, la chouette-miroir, la tomate chantante...Sa débauche imaginaire donne lieu à une orgie d'idées toutes plus folles les unes que les autres. Difficile d'imaginer tout de même des moines-soldats vénérant une tomate géante qui chante et qui respire, pourtant Rey rend le tout bien réel. Sa puissance narrative alliée à ses qualités de créateur de monde font de son recueil un dépaysement total.

Largement dominé par le registre humoristique, Des nouvelles du Tibbar n'en oublie pas de multiples clins d'œil aux amoureux du genre - la montagne du Festin ne vous rappelle rien ? Le Tronc, la Grume et le Fluent non plus ?- tout en étant assez accessibles aux néophytes. On retrouve aussi quelques perles d'émotions, de rares moments de sérieux que l'on décèle au gré des pages écrites par un fils sur son père dans la nouvelle "mon père, ce bouffon au sourire si torve" ou encore les souvenirs d'une fillette à l'encontre de sa vieille amie dans "deux hougôlouns dans le vent du soir". Notons aussi les quelques traits plus politiques subtilement inclus dans "jeunes sirènes lascives pour matelots bourrus" et surtout dans "suivre à travers le bleu cet éclair puis cette ombre" qui nous parle d'une utopie bien plus terre à terre qu'à l'accoutumée. En réalité on s'aperçoit que l'écrivain fait preuve d'une rigueur aussi exemplaire que salutaire. Il démontre, s'il en est encore besoin, que l'on peut divertir, rire et réfléchir. Mieux encore, il utilise parfois la disposition du texte lui-même pour illustrer des événements du récit : par exemple cette écriture en miroir lorsque le double de la mythole s'adresse à l'animal. On regrette presque d'ailleurs que Timothée ne joue pas davantage avec ce procédé au vu de l'excellent emploi qu'il en fait.

Terminons par un petit mot sur cette succession de nouvelles. Tout d'abord, on serait bien en peine de dire laquelle s'avère la meilleure et laquelle la plus dispensable tant l'ensemble constitue un tout indissociable. On mentionnera juste la magnifique et longue histoire déroulée dans "mon père ce bouffon au sourire si torve" ou encore "Sur la route d'Ongle" qui introduit à profusion des créatures improbables et immerge de suite le lecteur dans le Tibbar. Bien entendu, on pourrait citer pratiquement tous les récits contenus dans le recueil, mais est-ce en définitive bien nécessaire ? Il suffit de savoir que la somme de ces histoires, dont aucune ne ressemble à l'autre, assemble un monde passionnant et d'une fraîcheur des plus appréciables. Pour ne rien gâcher, l'édition des Moutons électriques demeure splendide, fidèle avec ce qu'ils nous ont habitués par le passé. Accompagnée de cartes pour localiser les innombrables lieux du Tibbar mais aussi des douze annexes, chacune débutant un chapitre, la lecture de l'ouvrage s'avère également un régal pour les yeux.

"Au zénith, des déchirures sombres, aux lisières géométriques, s'étendaient paresseusement; le mouvement s'en est soudain accéléré, au point que, bien vite, de larges pans du tissu stellaire ont été tailladés. Des nuées indistinctes, d'un blanc bleuté, ont envahi ces régions obscures, en même temps qu'une haleine acide, réfrigérante, descendait sur nous. Avec une lenteur évidemment trompeuse, les volutes se sont déversées vers les montagnes, le plateau, la citadelle."

Remerciements à Amandine V. pour la relecture.

La conclusion de à propos du Recueil de nouvelles : Des nouvelles du Tibbar [2010]

Nicolas W.
90

Recueil aussi barré que divertissant, Des nouvelles du Tibbar conjugue d'immenses qualités tout en n'oubliant jamais la dimension littéraire et les traits d'intelligence nécessaires pour en faire une œuvre qui compte. Dans ces pages, on croise des créatures improbables et des objets surprenants mais on y croise surtout un talent nouveau dont on espère beaucoup à l'avenir. En 12 textes, Timothée Rey ne nous donne qu'une envie : avoir d'autres nouvelles du Tibbar.

Que faut-il en retenir ?

  • Le Tibbar
  • Le style de l'auteur
  • Le foisonnement d'idée
  • Les quelques subtilités
  • Quelques magnifiques trouvailles

Que faut-il oublier ?

  • La flopée de noms inventés

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