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Critique du film : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street [2008], par Nicolas L.

Avis critique rédigé par Nicolas L. le lundi 18 février 2008 à 13h37

La vengeance en chansons

Eloignée de sa famille par la perfidie d’un juge ayant des vues sur son épouse, un barbier revient à Londres dix ans plus tard pour apprendre que sa femme est morte et que sa fille est devenue la pupille de son persécuteur. Sombrant lentement dans une folie meurtrière, obsédé par son désir de vengeance, celui qui se nomme désormais Sweeney Todd se met à massacrer aveuglément sa clientèle, livrant les corps à une complice, mrs Lovett, pour la confection de tourtes à la viande…
Presque vingt ans. Oui, presque vingt années que Johnny Depp n’avait plus participé à une comédie musicale. En effet, la dernière fois où le public avait eu l’occasion d’entendre ce comédien caméléon pousser la chansonnette, c’était à l’occasion de Cry Baby, une comédie rock de John Waters. Une œuvre apparaissant d’ailleurs comme bien mineure dans la filmographie du cinéaste fou de Baltimore, et qui ne reste dans les mémoires que pour être l’un des tous premiers films dans lequel la sulfureuse Traci Lords n’apparaît pas les fesses à l’air.


Pour que le comédien retente l’expérience, il fallait donc qu’il se la voit proposer par un réalisateur de la même trempe que John Waters, un cinéaste atypique pouvant présenter un projet original et défiant les capacités artistiques d’un Johnny Depp qui depuis quelques temps se complait dans les facilités et le confort avec la série des Pirates des Caraïbes. Et c’est finalement son ami Tim Burton qui lui donne l’occasion d’interpréter son personnage le plus complexe depuis le très intéressant Frederick Albertine de From Hell.
Il me semble d ‘ailleurs judicieux de noter les analogies entre le film de Tim Burton et celui des frères Hughes. De part la couleur d’ambiance bien évidemment, la rue Fleet Street de Sweeney Todd se rapprochant fortement du gothique victorien propre au White Chapel de sir Arthur Conan Doyle, mais aussi pour le portrait dressé du personnage principal, avec un profil psychologique bâti à partir du dégoût de son prochain. A la petite différence que l’écoeurement de Sweeney Todd se transforme rapidement en de la haine alors qu’Albertine sombre dans l’autodestruction ; l’un voulant entraîner un maximum de ses semblables dans sa chute et l’autre, plus lâche, s’abandonnant à l’onanisme narcotique et suicidaire.
Bien sûr, au-delà de ces considérations conceptuelles, le fait marquant de ce film est qu’il marque la résurgence d’un genre jugé aussi désuet que la comédie musicale. Non point cette relecture pop-rock typique des productions Baz Luhrmann, mais bel et bien une œuvre académique, puisant d’ailleurs dans le répertoire classique puisqu’il s’agit d’un remake - en l’occurrence celui de la comédie musicale live de l’un des plus grands compositeurs des années 60-70 : Stephen Sondheim. Déjà reprise pour la télévision dans les années 80 par Terry Hughes (avec les mêmes chanteurs que la pièce de Broadway), Sweeney Tood se voit donc ici complètement relifté visuellement par Tim Burton mais il conserve cependant toute la matière musicale originelle. On pourrait d’ailleurs se demander pourquoi…

En fait, Sweeney Todd est pour Tim Burton un sacré défi. Son but n’est assurément pas de faire un carton au box-office, étant donné que son film ne s’adresse nullement au grand public mais plus au cinéphile averti. En effet, en choisissant de construire la relecture d’un très grand classique de la comédie musicale américaine, ce réalisateur se voit donner l’occasion de pousser à l’extrême son goût pour la minutie et mettre à l’épreuve sa précision de mise en scène, en quelque sorte il remet en cause sa réputation d’artiste. Le choix n’est donc pas innocent. La comédie musicale est en effet le secteur qui demande le plus de précision dans sa construction, tant au niveau chorégraphique, que de celui de la direction d’acteur, du montage ou du délicat équilibre entre l’aspect narratif et l’aspect purement musical. Pour un réalisateur moderne, habitué au techniques numériques et au copié-collé scolastique, cet art prenant ses racines dans la méthodologie propre à l’opéra – et surtout à l’opérette ! – relève presque du domaine de l’énigmatique. Cette expérience, un risque-tout comme Tim Burton ne pouvait pas s’abstenir de la tenter un jour !
Bien entendu, du point de vue purement visuel, Tim Burton ne change pas son fusil d’épaule, à savoir celle du poétique gothique. On retrouve ainsi de nombreux éléments esthétiques chers au réalisateur, ces icônes baroques que l’on retrouve dans Edward aux mains d'argent , Sleepy Hollow, Ed Wood et même Batman, le tout recadré à nouveau dans un environnement Hammer Films assez judicieux et finalement naturel, tant le cinéaste semble avoir été influencé par la photographie studio de Jack Asher. Au niveau purement cosmétique, le film est donc somptueux, très sophistiqué, à la limite de la démonstration photographique et picturale. Mais est-ce l’alchimie entre cet aspect graphique très marqué et le coté très « MGM’s Hollywood Romance » de la bande musicale fonctionne ?

En fait, la réponse est multiple. Tout va dépendre de la sensibilité du spectateur. Il faut bien dire que de nos jours, ce type de performance chantée se fait rare, le jeune spectateur est autant familiarisé avec les comédies musicales classiques (celles de Stanley Donen ou même de Jacques Demy) qu’avec les pièces de théâtre No ou les danses traditionnelles aborigènes. Pour eux, le choc risque d’être assez fort - avec notamment l’inconfortable sensation d’un manque de naturel dans les rapports humains et les introspections (monologues chantés) - et l’expérience a toutes les chances de se révéler désagréable. Par contre, pour tous ceux, comme moi (mais j’aime aussi beaucoup les comédies musicales des années MGM, ça aide), qui ont eu la chance de parvenir à adhérer à la démarche artistique de Tim Burton, je peux vous dire que le voyage proposé par le cinéaste se révèle comme tout à fait captivant. Une chose est sûre, peu importe le coté où l’on se place, Sweeney Todd ne peut laisser indifférent.
Pour ce qui est de l’interprétation, Johnny Depp et Helena Bonham Carter s’en sortent plutôt bien lors des passages chantés, sans que cela atteigne les sommets de justesse. Au niveau du chant, le jeune Ed Sanders s’en sort d’ailleurs nettement mieux. Par contre, je n’ai pas trop apprécié le chant haut perché de Jamie Campbell Bower et encore moins les complaintes de chat mouillé de Jayne Wisener. Plus prudent, ce vieux renard d’Alan Rickman se contente du minimum syndical (un petit couplet par ci par là), il est donc très naturellement brillant, tout comme Timothy Spall, parfaitement haïssable dans le rôle du Bailli. Par contre, j’ai été un peu déçu par le manque de temps accordé à ce fou de Sacha Baron Cohen. Un tel individu, pantin baroque semblant sortir tout droit d’un film de Terry Gilliam, aurait mérité une place autrement plus importante que ce bref passage qui le mène trop rapidement sous la lame de Sweeney Todd.

La conclusion de à propos du Film : Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street [2008]

Nicolas L.
80

Tim Burton adore expérimenter, et surtout il aime à surprendre son monde. Il le prouve encore une fois avec ce Sweeney Tood, quand il se hasarde sur une voie où on ne l’attendait pas du tout ; celle de la comédie musicale traditionnelle. Au niveau technique, le résultat est remarquable, tant au point de vue du cachet visuel que de la justesse de cette mise en scène qui reprend tous les codes de ce genre cinématographique bien particulier. Par contre, pour ce qui est du rendu émotionnel, il est peu risqué d’affirmer que l’expérience ne va pas être appréciée par tous. Nombreux, en effet, sont ceux qui vont se trouver agacés par le registre trop classique de la bande musicale et le manque de naturel dans les rapports humains. Personnellement, mis à part deux petites choses qui m’ont dérangé -dans le registre purement artistique -, j’ai pleinement adhéré à la démarche de l’artiste.

Que faut-il en retenir ?

  • Un visuel magnifique
  • Une mise en scène formidable
  • Un casting qui relève parfaitement le défi
  • Un bel hommage à ce genre si particulier : la comédie musicale
  • Tim Burton, toujours aussi surprenant

Que faut-il oublier ?

  • La bande musicale peut ne pas plaire
  • Les couleurs vocales de certains comédiens
  • Un scénario très classique

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