Critique Devil May Cry [2009]
Avis critique rédigé par Bastien L. le mardi 8 septembre 2026 à 09h00
L'épique de Dante
Critique de la version française
Les adaptations de jeux vidéo en série (animées ou pas) sont monnaie courante depuis l'émergence des plates-formes de streaming mais certaines firent office de précurseur comme Devil May Cry...
Au début des années 2000, l'éditeur de jeux vidéo Capcom a le vent en poupe et voit plusieurs de ses sagas adaptés sur grands et petits écrans avec en fer de lance les films Resident Evil (portés par le duo Paul W. S. Anderson et Milla Jovovich). Mais à côté de ça, il y eut aussi des séries animées telles que Viewtiful Joe et celle qui nous intéresse Devil May Cry. Une licence née en 2001 (étant d'abord une version de Resident Evil 4 qui pris un autre tournant) avec un premier jeu qui devint instantanément un grand nom du beat'em all réinventé en 3D. Après un second épisode en demi-teinte en 2003, la série acquis pleinement ses lettres de noblesse avec le préquel Devil May Cry 3, un véritable hit du jeu d'action de l'ère 128-bits. Le terme de précurseur utilisé plus haut n'est pas en rapport au fait d'adapter des sagas de jeux vidéo en dessin animée (Mario, Sonic ou Pac-Man existent depuis les années 80-90) mais l'adaptation en une série aussi sombre et violente. Le projet est prévu pour la chaîne japonaise par satellite WOWOW TV et est produite par le studio Madhouse qui n'en est pas à son coup d'essai niveau jeux vidéo puisqu'on lui doit des séries Bomberman, Sakura Wars ou GunGrave ainsi que des classiques tels que Sakura, chasseuse de cartes ainsi que Ninja Scroll sur laquelle a travaillé Shin Itakagi, le réalisateur de Devil May Cry. Il est ici accompagné par le scénariste Toshiki Inoue (Galaxy Angels, Ninja Scroll...) qui signe les 12 épisodes de la série. Une série animée qui sortit à l'été 2007 au Japon puis chez nous deux ans plus tard sur Gong dans une sorte d'anonymat recevant un accueil critique comme public assez réservé. Depuis la série apparaît régulièrement sur les plates-formes de streaming.

La série se déroule entre Devil May Cry et le second opus vidéoludique adaptant apparemment en partie des histoires créées dans les mangas et romans de la licence. On y suit les aventures de Dante, un être mi-humain mi-démon qui a ouvert une agence nommée Devil May Cry. Il y est une sorte de mercenaire luttant contre les démons grâce au courtier Morrison qui lui apporte des clients. Notamment la jeune Patty Royal qu'il va devoir protéger d'attaques surnaturelles car elle peut priver ses oncles d'un gros héritage. Néanmoins, il n'y a qu'un très léger fil rouge dans cette série car chaque épisode propose de nouveaux personnages et démons à affronter pour notre héros. Outre Morrison et Patty, il sera aidé par la chasseuse de démons Lady (à qui il doit beaucoup d'argent) mais aussi son ancienne partenaire Trish, elle aussi à moitié démone pouvant notamment créer des éclairs. Dante va souvent utiliser sa force surhumaine ainsi que son épée et ses pistolets pour lutter contre des menaces bien réelles s'attaquant aux humains. Mais dans l'ombre, un étrange petit démon, surnommé Moustique, semble avoir un dessein dangereux que ne semblent pas comprendre nos héros.
La série ne dispose donc pas vraiment d'une intrigue principale si ce n'est quelques pistes ici et là qui offrent un véritable final lors des deux derniers épisodes qui se suivent. Le reste du temps, on suit une nouvelle aventure de Dante (accompagné ou non de ses alliés) qui doit faire face à une nouvelle menace. Néanmoins le premier et les deux derniers épisodes restent liés autour de la destinée de Patty comme des manigances du Moustique qui apparaît aussi dans d'autres épisodes semblant provoquer les interventions de Dante (notamment les épisodes 8 et 10) sans que ce dernier soit complètement dupe. D'autres épisodes vont en révéler un peu plus sur le passé de Dante notamment sa filiation avec le grand démon Sparda (ép. 4, 8 et 10). Les second et quatrième épisodes font intervenir les deux femmes alliées de Dante notamment l'ép. 4 qui provoque un affrontement entre les deux chasseuses. Le reste du temps on a le droit à des aventures isolées qui peuvent autant tirer vers le tragique (ép. 3 et 6) que le plus comique (ep. 5)... Une formule rendant donc chaque épisode assez indépendant offrant à chaque fois de nouvelles créatures et nouveaux personnages qui plongent en plein surnaturel et en payent souvent le prix. La série semble raconter à quel point les obsessions peuvent être dangereuses et nous transformer en monstres que cela soit la vitesse (ép. 2), la célébrité (ép. 6), la jalousie (ép. 5) ou encore le jeu (ép. 10)... Une obsession qui entoure aussi la destinée du méchant final de la saison.

Au milieu de tout cela, il y a Dante qui est un homme bourru semblant exclusivement se nourrir de pizzas sans olive et de sundae à la fraise... Un tueur de démon implacable aimant l'action et ne prenant généralement pas de gants avec personne que cela soit ses alliés (dont la jeune Patty) ou les personnages qu'il rencontre. Néanmoins, il finit toujours par faire le bien même si cela n'est pas des plus lucratif. Ce côté action mettant en scène un poissard au grand cœur bien caché n'est pas sans rappeler la série culte Cowboy Bebop, toute proportion gardée. La série a été produite avec une réelle qualité notamment ce character design aux personnages élancés comme au visage taillé à la serpe où les héros (Dante, Lady et Trish) sont gaulés comme des dieux. La série n'hésite pas à mettre en avant le côté très sexy des deux femmes (ép. 4) sans pour autant en faire des demoiselles en détresse, bien au contraire. En revanche, on sent que la série ne bénéficie pas des plus grands moyens qui soient notamment dans les scènes d'action souvent brèves et parfois terminées en hors-champ afin d'économiser pour le début de la série (afin d'accrocher le spectateur) puis son grand final. Une action qui est assez violente voire légèrement gore avec des hectolitres de sang qui jaillissent des blessures de créatures pouvant s'avérer répugnantes.
Cela permet de construire une série assez sombre dotée d'un certain humour pince-sans-rire qui se regarde comme une sorte de divertissement proche du défouloir qui permet de nous offrir ce qu'il faut en action, personnages charismatiques, violence graphique, musiques épiques et autres monstres... Une série qui a parfaitement compris comment adapter la licence en esprit quand bien même elle souffre de nombreux défauts. On peut déjà trouver que les épisodes 7 à 10 sont un réel essoufflement par rapport à la première moitié de la série. De même, l'action peut parfois s'avérer frustrante tant Dante et ses alliés se débarrassent assez facilement de leurs ennemis. Parfois en une poignée de secondes ce qui est assez rageant. De fait, il faut vraiment attendre la fin de la série pour voir un héros perfectible et en danger... De plus, certains épisodes ne sont pas écrits avec le plus grand soin notamment dans la seconde partie de la série avec bien trop de facilités comme les apparitions assez hasardeuses des alliés de Dante. Il y a quelques enchaînements de péripéties peu crédibles comme des personnages secondaires qui sont surtout là pour remplir une fonction. Malgré ses quelques passages jouissifs et la qualité artistique qui se dégage de l'ensemble (dont les musiques parfaitement dans le ton), on sent qu'il manque un réel surplus de soin comme de profondeur à cette série.

Pourtant le réalisateur Shin Itakagi récite très bien ses gammes de l'action animée avec ce qu'il faut de ralentis, de gros plans comme de postures stylisés... La réalisation est vraiment classieuse jouant très bien sur les zones d'obscurité que propose la série tout en offrant un bon rythme. Certains passages ont un véritable cachet et on sent que certains épisodes ont été plus soignés que d'autres notamment le sixième autour d'une rock star disparue. L'épisode 4 offre de beaux affrontement tandis que le 5 démontre un véritable sens comique. La série vaut donc surtout pour ses combats où l'on sent que les équipes se sont faites plaisir. L'animation est principale en 2D avec quelques effets 3D par épisode qui ne sont pas toujours très bien intégrés. Néanmoins le savoir-faire de Madworld n'est plus à prouver au niveau de l'animation qui est ici bien satisfaisante. Pour ce qui est des voix française, le rôle de Dante a été confié à Emmanuel Gradi qui rend parfaitement le côté taciturne du personnage en lui offrant ce qu'il faut d'explosivité durant l'action et de douceur quand il s'ouvre aux autres. A ses côtés, les personnages principaux bénéficient de l'expérience de comédies rompus à l'exercice du doublage. Malheureusement beaucoup de personnages secondaires (que l'on voit seulement dans un épisode) manquent souvent de conviction notamment les épisodes 3 et 7...
On vous la conseille si vous aimez Devil May Cry, Devil May Cry 3, Cowboy Bebop....
La conclusion de Bastien L. à propos de la Série animée : Devil May Cry [2009]
La série animée Devil May Cry de 2007 offre une vision plaisante à ceux qui ont aimé les épisodes de l'ère 128-bits ou qui souhaitent se faire une série d'action rapide à mater. On a tout ce qu'il faut pour rendre l'ensemble divertissant avec un ton assez sombre comme adulte. Malheureusement la série n'arrive jamais à se transcender dans tous ses aspects et souffre parfois d'un manque de moyen comme d'ambition. Plaisant donc, mais assez oubliable in fine.
On a aimé
- Divertissant
- L'ambiance sombre et adulte
- La qualité de l'animation comme de la réalisation
On a moins bien aimé
- Un manque de moyens visible
- De l'action trop souvent expédiée
- Quelques épisodes tournant à vide
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