Critique L'île du crâne [1991]
Avis critique rédigé par Bastien L. le lundi 13 juillet 2026 à 09h00
David Eliot à l'école des sorciers
« A l'heure du dîner, au 3, villa Wiernotta.
M. et Mme Eliot étaient à table avec leur fils David. Le repas se constituait ce soir-là d'un grand plat de chou cru assaisonné de sauce au fromage. M. et Mme Eliot ne mangeaient jamais de viande. L'atmosphère était franchement glaciale. L'après-midi même, dernier jour du premier trimestre, David était rentré du collège avec son carnet scolaire. La lecture n'en était guère réjouissante. »
Il existe de nombreux grands classiques de la littérature jeunesse fantastique ayant permis à de jeunes lecteurs de découvrir le genre à l'instar de L'île du crâne.
Derrière cette œuvre, il y a le prolifique romancier anglais Anthony Horowitz ayant écrit pour tous les publics surtout dans les genres policier et fantastique. C'est avec ces deux genres qu'il commence à se faire connaître à la fin des années 1980 en tant qu'auteur jeunesse avec en parallèle les Frères Diamant (dont Le Faucon malté) et surtout la premier tome de David Eliot, L'île du crâne (1988), qui nous intéresse ici. Un court roman (entre 150 et 200 pages selon les éditions) qui lui apporta une belle reconnaissance que cela soit dans son pays mais aussi en France où il a été traduit dès 1991. Un roman que de nombreux jeunes français purent découvrir souvent malgré eux car il a été longtemps choisi comme faisant parti du cursus scolaire de français au début du collège... Quant à la série David Eliot, elle ne compta finalement que deux romans (la suite Maudit Grâal sortit en 1999) car l'auteur trouvait que sa série était trop proche de la saga phénomène Harry Potter. David Eliot est par ailleurs considéré comme une des influences importantes de J.K. Rowling allant même jusqu'à quelques soupçons de plagiat qui ne prirent pas beaucoup d'ampleur.
L'île du crâne se déroule à la fin des années 1980 alors que l'on assiste à la lecture peu reluisante du bulletin du premier trimestre du jeune David Eliot par ses parents très sévères. Les résultats sont catastrophiques entraînant une pluie de menace de la part du père de David. Mais le pire est à venir car David montre sa lettre de renvoi de son école privée pour cause de socialisme. Alors qu'il est envoyé dans sa chambre et que ses parents se préparent à lui mener la vie dure, une curieuse lettre arrive auprès d'eux. C'est une présentation de l'école Groosham Grange qui promet une éducation stricte et complète de David avec seulement un seul jour de vacances par an. Une douce musique aux oreilles du père d'Eliot qui y envoi son fils le jour même sans cérémonie. David y va en train en faisant la connaissance de deux autres nouveaux inscrits malgré eux : la déterminée et fugueuse Jill ainsi que le peureux et bègue Jeffrey. Le voyage se déroulant en train, en corbillard puis en bateau vers une île en forme de crâne n'est pas de tout repos. Mais l'arrivée est bien pire avec des professeurs et personnels de direction très énigmatiques, le fait de signer un registre avec son sang et des camarades ne semblant pas être ceux qu'ils prétendent. David va tout faire pour s'échapper et découvrir la vérité sur Groosham Grange...
L'île du crâne est un honnête roman jeunesse fantastique qui nous plonge avec délice dans un univers gentiment inquiétant accompagné d'un beau mystère mais aussi d'un humour cynique assez efficace, surtout au début. En effet, Anthony Horowitz écrit ici une sorte de comédie fantastique avec de nombreux moments où sa violence cartoon (la pauvre mère de David) et son cynisme (surtout à la fin) surprennent. Cela offre une intrigue bien ficelée et pas trop sage à même de conquérir les jeunes lecteurs qui lisent ainsi une aventure extraordinaire. David est un héros un peu espiègle aux réactions réalistes mais suffisamment volontaire pour bien faire avancer l'intrigue auprès de ses camarades mais surtout face au curieux personnel de l'école. L'île du crâne est ainsi une bonne introduction au genre du fantastique pour des collégiens qui en plus pourront croiser quelques monstres classiques du genre.
Néanmoins, le roman de Anthony Horowitz n'est pas sans défaut. Le fait qu'il soit court empêche parfois de créer une véritable atmosphère inquiétante et les descriptions ne sont pas énormes afin de garder un véritable rythme. Les pensées de David seront plus là pour nous faire ressentir ce qu'il se passe plutôt que le style de l'auteur qui va surtout à l'essentiel. On peut aussi trouver que les grandes révélations finales manquent cruellement de subtilité et étant un peu précipitées. Néanmoins, Anthony Horowitz offre aux jeunes lecteurs un plaidoyer pour le genre fantastique tout en jouant habilement avec. Une sorte de lettre d'amour aux sorciers et monstres de fiction qui sont toujours bien plus humains et divertissants que l'atmosphère compliquée du néo-libéralisme anglo-saxon de la fin des années 1980...
On vous le conseille si vous aimez Harry Potter à l'école des sorciers, Les Annales du Disque-Monde, Chair de Poule...
La conclusion de Bastien L. à propos du Roman : L'île du crâne [1991]
L'île du crâne est un court roman fantastique qu'on ne peut que conseiller aux jeunes lecteurs aimant le genre ou voulant se familiariser avec. Un récit prenant, gentiment inquiétant et souvent drôle offrant une belle galerie de personnages. Les lecteurs plus âgés y trouveront forcément moins leur compte et penseront que quelques passages, dont la fin, aurait pu être bien meilleurs.
On a aimé
- Une bonne introduction au genre fantastique
- Une aventure inquiétante et bien rythmée
- Toute la galerie de personnages
On a moins bien aimé
- Assez court
- Cela va trop souvent à l'essentiel
- La fin précipitée