Le Grimoire des Ensorceleuses : Alice Hoffman nous replonge dans la magie des femmes Owens
Des secrets sur le passé enfin dévoilés
Avant la sortie du film Les Ensorceleuses 2, Verso nous invite à retourner dans la maison des Owens. Entre malédiction familiale, sorcellerie et histoires d'amour, Le Grimoire des Ensorceleuses offre une suite aussi poétique que mélancolique à une histoire devenue culte.
Il aura fallu attendre pour que les lecteurs français puissent enfin découvrir l'intégralité de l'histoire des Owens. Après Les Ensorceleuses, publié en juillet, Le Grimoire des Ensorceleuses vient apporter des réponses à la malédiction imaginée par Alice Hoffman. Le roman réunit trois générations de femmes Owens et révèle le passé de cette famille de sorcières.
Et si le roman arrive aujourd'hui en librairie française à quelques jours de la sortie du film Les Ensorceleuses 2, il ne faut surtout pas s'attendre à un simple produit dérivé du cinéma. Alice Hoffman propose quelque chose de beaucoup plus intime : une véritable réflexion sur l'amour, la transmission et le poids des héritages familiaux.
La malédiction des Owens n'a pas dit son dernier mot
Depuis plus de trois cents ans, les femmes Owens vivent avec une terrible malédiction : celles qu'elles aiment sont condamnées à mourir. Cette malédiction, qui constituait déjà le cœur du premier roman, revient ici au premier plan. Lorsque Gideon, le jeune homme aimé par Kylie, la fille de Sally, est victime d'un grave accident, la nouvelle génération se retrouve confrontée à un héritage dont elle ignorait encore une grande partie des règles.
Pour sauver Gideon, Kylie va chercher des réponses dans l'histoire de sa famille. Elle va devoir remonter jusqu'aux origines de la malédiction. Mais cette fois, il ne s'agit plus simplement de survivre à la malédiction. Il faut la briser. Et pour cela, elle aura l’aide des femmes Owens. Elles vont devoir retrouver un mystérieux livre de magie et se lancer dans un voyage qui les conduira de la Nouvelle-Angleterre à Londres, puis jusqu'aux terres anglaises où Maria Owens, leur ancêtre, avait autrefois pratiqué ce que la famille appelle l'Art sans nom.
Le cadre change donc régulièrement, mais Alice Hoffman ne perd jamais ce qui fait l'identité de sa saga : chez les Owens, la magie n'est jamais vraiment spectaculaire. Elle est partout. Dans les livres, dans les jardins, dans les recettes, dans les souvenirs, dans les objets transmis de génération en génération. Et surtout dans les liens qui unissent les femmes de cette famille.
Trois générations de sorcières
C'est probablement là que réside la plus grande réussite du roman. Le Grimoire des Ensorceleuses n'est pas seulement une histoire de sorcières. C'est une histoire de femmes. Hoffman fait se rencontrer plusieurs générations des Owens : les sœurs Sally et Gillian, leurs tantes Jet et Franny, mais aussi Kylie et Antonia, la nouvelle génération. Même Vincent, le frère longtemps disparu, retrouve une place dans cette grande histoire familiale.
Chacune entretient un rapport différent avec la magie. Certaines l'acceptent. D'autres la refusent. Certaines la considèrent comme une malédiction. D'autres comme un don. Et c'est justement cette opposition qui donne au roman sa dimension la plus intéressante : que transmet-on réellement à ses enfants ? Un pouvoir ? Une histoire ? Une peur ? Ou simplement les erreurs que l'on a soi-même héritées de ses parents ? Sally, notamment, a toujours cherché à protéger ses filles en les tenant éloignées de la magie. Mais vouloir protéger ses enfants du passé revient parfois à leur transmettre une ignorance qui peut être tout aussi dangereuse.
Hoffman transforme ainsi la malédiction fantastique en une métaphore particulièrement efficace de la transmission familiale.
La magie comme langage des émotions
Comme précédemment, Alice Hoffman ne cherche pas à construire une fantasy spectaculaire. Pas de grandes batailles de sorciers, pas de démonstrations de pouvoirs à la Harry Potter. Chez les Owens, la magie est beaucoup plus domestique. Elle se trouve dans une bibliothèque, dans une recette, dans une plante, dans un objet ancien ou dans une histoire racontée par une grand-mère.
Cette approche constitue d'ailleurs l'un des charmes persistants de la saga. La magie semble presque naturelle. Elle fait partie du quotidien au lieu de venir le bouleverser. Et c'est précisément ce qui permet à Hoffman de parler de choses beaucoup plus universelles : le deuil, la peur de perdre ceux que l'on aime, la maternité, les relations entre sœurs et, surtout, cette question qui poursuit les Owens depuis trois siècles : peut-on aimer sans avoir peur de perdre ?
Le roman rappelle ainsi que le véritable pouvoir des Owens n'est peut-être pas leur capacité à pratiquer la magie. C'est leur capacité à rester ensemble.
Alice Hoffman ne raconte plus seulement une nouvelle aventure des Owens. Elle raconte leur histoire. Et cela explique probablement pourquoi le roman possède une tonalité plus mélancolique que les précédents. Certaines figures emblématiques de la famille sont désormais âgées. Le temps a passé. Les enfants ont grandi. Les générations se succèdent.
Les personnages sont nombreux, les générations se croisent, les souvenirs des précédents romans reviennent, l'intrigue voyage entre plusieurs pays et la mythologie familiale est encore approfondie. Cette richesse peut parfois devenir une surcharge. Le roman est dense et certains lecteurs risquent notamment de se perdre dans les nombreux personnages et les multiples ramifications de l'arbre généalogique Owens. Pourtant, lorsque le récit se recentre sur les relations entre les membres de la famille, le roman retrouve toute sa force.
Et le film dans tout ça ?
C'est évidemment la question que se poseront les lecteurs qui découvriront le roman avant la sortie du film.
Les Ensorceleuses 2, réalisé par Susanne Bier et porté une nouvelle fois par Sandra Bullock et Nicole Kidman, s'inspire directement de ce roman. Le film sort en France le 9 septembre 2026.
Mais il faudra probablement s'attendre à une adaptation qui simplifie considérablement l'histoire. Le cinéma devra nécessairement faire des choix. Et il sera particulièrement intéressant de voir comment Susanne Bier va transformer cette magie très littéraire en images.
Le premier film avait déjà profondément modifié le roman original d'Alice Hoffman, en privilégiant davantage la romance, l'humour et l'esthétique gothique.
Le nouveau film semble conserver cet esprit tout en mettant l'accent sur la réunion des générations Owens et sur la relation entre les deux sœurs. Sandra Bullock et Nicole Kidman reprennent leurs rôles, tandis que Joey King et Maisie Williams incarnent la nouvelle génération.
Le film sera donc probablement plus accessible que le roman. Mais les lecteurs auront, eux, le privilège de connaître toute l'histoire.
Une histoire faite de femmes, de secrets, de morts, d'amour et de transmission.
À lire avant le 9 septembre pour découvrir la véritable histoire derrière le prochain film culte ? Sans hésiter. Ou bien juste après ! Idéal pour l'auromne.
Publié le lundi 31 août 2026 à 08h00
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