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Critique du Film : Real
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Critique du Film : Real

Avis critique rédigé par Jonathan C. le jeudi 13 mars 2014 à 1542

Real style

De retour au cinéma 5 après après sa chronique familiale Tokyo Sonata, l'insaisissable Kiyoshi Kurosawa (Cure, Kairo, Charisma, Retribution, Loft, etc.) revient avec un film de science-fiction, genre qu'il n'a jamais vraiment abordé frontalement, d’autant plus qu’il doit, pour la première fois de sa carrière, jongler ici avec de nombreux effets spéciaux numériques et un budget bien plus important. Kurosawa affirme s’intéresser aux nouvelles technologies et dit vouloir profiter de ces techniques « pour voir ce qu’elles apportent au film. Je ne comprends pas qu’on dénigre ces techniques sans les connaitre. Une fois qu’on les a essayées, on est libre de ne pas en vouloir ».

Real, c'est donc d'abord un pitch SF à la The Cell, d'après le roman A Perfect Day for Plesiosaur de Rokurô Inui : alors que sa copine mangaka (Haruka Ayase, actrice de dramas et pop-star) est dans le coma après avoir tenté de se suicider, un jeune homme (Takeru Sato, star des dramas et Kenshin le Vagabond dans l'adaptation live Rurouni Kenshin) accepte de participer à un programme expérimental développé par un neurologue : il peut ainsi être connecté au subconscient de sa copine et communiquer avec elle. Séance après séance, il va ainsi tenter de comprendre pourquoi elle a voulu se suicider et de la ranimer. Une enquête qui mènera notamment à un trauma d'enfance.

Ça commence donc comme un pur film de science-fiction, puis ça ressemble parfois à un film d'épouvante à la Kurosawa, avec ses visions horrifiques (fantôme, cadavres…), ses décors froids et sa grisaille déprimante, ça se présente également comme un film noir (le héros enquête sur la tentative de suicide de sa fiancée), et enfin une révélation surprenante oriente la dernière partie, la plus belle, vers le mélodrame psychologique, genre que le cinéaste a foulé avec brio ces dernières années avec Tokyo Sonata (qui convoquait le fantôme de Yasujiro Ozu) et sa saga télévisée Shokuzai (sortie au cinéma chez nous). Un dénouement émouvant, intense et assez surréaliste qui vire même au film de monstres à la The Host (même si, dans le fond, ça n’a rien à voir) ou à la ghost-story romantique (mais sans vraiment en être une), c'est dire si ce Real se renouvelle constamment, accumulant les rebondissements et les ruptures de ton au moment-même ou le récit et son concept commençaient à devenir répétitifs (notamment l'aspect enquête), le tout parsemé de superbes visions oniriques (le dinosaure dans l'eau, la ville qui s'efface...) dans une atmosphère envoutante. C'est ainsi que 2 heures passent sans en avoir l'air, emportant le spectateur dans un tourbillon d'émotions, même si Kurosawa en rajoute un peu à la fin (ça aurait pu se terminer 5 minutes plus tôt que ça n'aurait pas été plus mal). Mais, avec du recul, il s'agit surtout d'une histoire d'amour très forte se déroulant sur le fil de la vie.

Comme toujours chez Kiyoshi Kurosawa, Real met en scène une dualité intérieure et des personnages fantomatiques coincés dans un entre-deux, dans une sorte de purgatoire, dans une forme de coma (en l’occurrence dans Real le héros explore littéralement le coma de sa dulcinée), entre la vie et la mort, entre la réalité et l’illusion, entre conscience et inconscience, traitement psychologique en trompe l’œil qui permet au cinéaste de questionner en permanence les apparences, la vérité et le réel (d’où le titre, qui devait à l’origine être Unreal avant que le réalisateur ne trouve Real plus pertinent par rapport à ce qu’il raconte), d'analyser la façon dont cette réalité se voile ou se dévoile. Bref, les films de Kiyoshi Kurosawa parlent de la magie du cinéma, de ses mécanismes, de l'art du récit, pas étonnant de la part d’un cinéaste dont le crédo est de « filmer la fiction de la façon la plus réaliste possible. Faire des films, c’est précisément rendre réel ce qui ne l’est pas ». Dans cette même optique, Real se déroule dans un milieu de mangas et va jusqu’à leur donner vie à l’écran, comme si l’irréel devenait réel, traduisant ainsi de façon imagée la dualité intérieure (réalité VS illusion, vérité VS faux-semblants…) des dessinateurs de mangas et plus généralement des artistes. Real est un film sur le fonctionnement, les dilemmes et même les mythes de l'imaginaire, ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le dinosaure (le Plesiosaur du titre du roman adapté, créature visuellement superbe à l'écran qui a existé au début du Jurassique) évoque fortement le monstre du Loch Ness. Pour info, on peut également croiser des plesiosaurs dans les jeux vidéo Dino Crisis 2 et Turok Evolution, ainsi que dans le Voyage au centre de la Terre de Jules Verne.

Le pitch SF, bien que très crédible à l'écran (les effets visuels sont saisissants et n’ont rien à envier à ceux d’Hollywood), n'est pour Kurosawa qu'un argument pour mener à cette superbe dernière demi-heure et parler de beaucoup de choses, de la culpabilité aux sacrifices de l'artiste/créateur en passant par l’euthanasie ou le clivage entre Tokyo et le reste du Japon. Depuis Tokyo Sonata et Shokuzai, l’image de la femme a pris de l’importance dans le cinéma de Kurosawa, ce qui se vérifie de nouveau avec Real.

Réalisé avec rigueur et intelligence (car « pour moi, c’est la mise en scène qui marque les esprits », dixit Kurosawa, dont la mise en scène est ici plus sophistiquée et iconographique que d'habitude), dans un grand souci de précision et de crédibilité dans la prod design (le réalisateur a compris qu'il n'y avait pas besoin d'en faire des tonnes dans l'illustration futuriste pour que le spectayeur y croit), Real est l'un des films les plus étonnants de son auteur, le plus émouvant et le plus romantique (le cinéaste s’est demandé avec ce projet « comment filmer à l’intérieur du cœur »), loin de l'aspect glaçant et très sombre de la plupart de ses précédents longs métrages qui ont fait sa marque de fabrique (il y a évidemment aussi cet aspect dans Real, mais de façon plus dispersée, par fulgurance). C’est même son film le plus positif, le plus chaleureux et le plus lumineux, malgré le pessimisme du héros, la noirceur minimaliste (typique du cinéaste) de la première partie et un dénouement pas forcément joyeux sur le papier.

Comme en miroir de la société japonaise, la déprime touche la plupart des personnages dans l’univers de Kiyoshi Kurosawa et c’est d’ailleurs le sujet de son film le plus célèbre, lorsque dans Kairo la dépression devient un fléau. Mais dans Real, cette noirceur laisse place à de l’espoir et à une reconstruction, car il s’agit là d’un film sur l’avenir qui met d’ailleurs en scène un jeune couple (donc quelque chose qui débute) et qui tient clairement du registre de la science-fiction d'anticipation, alors que les précédents films de Kurosawa étaient plutôt hantés par le passé, d’où l’omniprésence des fantômes, des secrets, des cicatrices…qu’on retrouve aussi dans Real mais dont l’issue est moins négative car plus libératrice. Filmé sur une île peu connue du Japon (car le cinéaste voulait un lieu « abstrait » et étrange qu’on ne pouvait identifier ni repérer), Real s’éloigne justement des lieux étroits, glauques, neutres et minimalistes de Tokyo (cf. les précédents films du réalisateur) pour un décor plus ensoleillé, plus aéré et plus naturel. Le cinéma de Kiyoshi Kurosawa est grand en cela qu’il évolue en même temps que son créateur et qu’il gagne en authenticité, comme si les nuages sombres s’écartaient petit à petit pour laisser passer les rayons du soleil.

La conclusion de

Dans sa première incursion frontale avec la science-fiction, bénéficiant d’un budget important et de nombreux effets spéciaux numériques très réussis, le culte Kiyoshi Kurosawa en tire étonnement son film le plus romantique, le plus solaire et le plus positif, transformant la fable SF en mélo romanesque, le pitch conceptuel high-tech en aventure intérieure bouleversante, troquant la déprime par l’espoir et se tournant cette fois plus vers l’avenir que vers le passé. Dans un mélange de genres parfaitement homogène et cohérent (film d'horreur/épouvante "à la Kurosawa", film noir, science-fiction, anticipation, mélodrame, romance, film d'enquête, film de monstre, satire sociale, ghost-story, etc), Real prolonge la dimension plus humaine, sentimentale et accessible entamée avec Tokyo Sonata puis avec Shokuzai, loin de ses précédents films gris, glauques et oppressants. Ses personnages sont toujours bloqués dans un entre-deux onirique et Kurosawa reste dans une certaine épure stylistique en dépit de décors plus frais et ambitieux, mais il en résulte cette fois une flamboyance, une densité et un relief auxquels ce cinéaste auparavant plus "froid" ne nous avait pas habitués, affirmant un grand talent de conteur. Brillant, émouvant et passionnant.

Que faut-il en retenir ?

  • Un mélange des genres homogène et original
  • Une thématique riche et passionnante
  • Une belle tenue visuelle (mise en scène, prod design, effets spéciaux, décors...)

Que faut-il oublier ?

  • Une première partie longuette
  • Quelques répétitions et une fin à rallonges

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