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Critique du Film : The Bay
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Critique du Film : The Bay

Avis critique rédigé par Nicolas L. le vendredi 15 novembre 2013 à 1732

Merci pour le poisson !

Chesapeake Bay est une paisible petite bourgade de la cote est des Etats-Unis qui doit le plus gros de son confort aux produits de la pèche, de l’élevage de volailles et du tourisme. Une petite ville américaine comme tant d’autres qui respire au rythme des étés, des matchs de l’équipe locale de baseball et des diverses célébrations un peu ringardes, comme l’élection de Miss Crustacé. Mais ce qu’ignorent les habitants - ou ce qu’ils refusent d’admettre - est que l’eau qui les fait vivre est pervertie par les déchets organiques des usines de la région. Un niveau de pollution élevé qui va entrainer une véritable catastrophe écologique...

…Et une vague de terreur.

Barry Levinson est un cinéaste estimé et moult fois récompensé pour ses œuvres. On pourrait donc être étonné de le voir à la direction d’une série B de science-fiction - œuvrant, qui plus est, dans un registre aussi tendance et opportuniste que le found footage. Mais cela serait oublié le gout qu’a ce talentueux réalisateur pour l’éclectisme et son attirance pour l’expérimentation. Dans son domaine, malgré l’étiquette de réalisateur hollywoodien que on lui attribue généralement, qu’il soit derrière la caméra, la plume ou à la production, Barry Levinson revendique un statut de véritable touche-à-tout (il suffit de se pencher un peu plus avant sur sa filmographie pour le vérifier). Et, en général, il s’en sort plutôt bien car il n’aborde jamais aucune entreprise avec légèreté... Sauf pour ce qui est du créneau qui nous intéresse plus particulièrement. Car force est de dire que Sphère, seule réalisation de Levinson dans le genre, reste en effet comme l’un de ses rares ratages complets; un film de SF spéculative opportuniste (il tente de surfer sur le succès des adaptations de Michael Crichton), plombé par une métaphysique bouffie et une réalisation lourdingue, et qui pompe son imagerie sur les grands succès des années 90 sans atteindre ne serait-ce qu’un dixième de leur qualité.

Bref, si, aujourd’hui, The Bay peut apparaitre comme une expérience revancharde prenant en compte des erreurs commises, il avait lieu, à l’annonce du projet, d’être un peu inquiet. Surtout si l’on se fiait à la teneur du scénario… et à l’identité des initiateurs, les frangins Strause (les daubes Skyline et Aliens vs. Predator Requiem), deux ados attardés qui ne sont guère renommés pour leur pertinence dans le domaine. En fait, la lecture du script de The Bay peut, c’est selon, faire grimacer le cinéphile suspicieux ou rêver les amateurs des bisseries gore de la Troma (Poultrygeist présente d'ailleurs un pitch assez proche). On y trouve, pêle-mêle, des éléments du b-movie craspec à base d’infection parasitaire (Parasite, Parasite, Frissons), du téléfilm catastrophe soporifique style pandémie (du genre de ceux qui sont diffusés en boucle sur les chaines câblées) et des séries d’investigation SF comme X-Files. Bref, rien de très original, et d’autant plus inquiétant que Barry Levinson a pris l’option de réaliser son métrage à la manière d’un faux documentaire. Un style qui n’a que trop rarement accouché d’œuvres digne d’intérêt.

Le film débute par une scène où une jeune femme pleurnicheuse s’adresse à un média via une webcam. Immédiatement, on pense bien sûr à l’humide et visqueux gros plan caméra du projet Blair Witch. Merde, ça s’annonce mal. Heureusement, le comparatif s’arrête là. The Bay est construit à la manière d’un recoupement de « pièces d’archives » (films amateurs, extrait de vidéo internet, rush de chaines locales, documents secrets piratés) opéré par un monteur (la jeune journaliste) compétent et surtout soucieux de rendre son témoignage crédible. C’est la première bonne surprise: dans The Bay, sauf quand le cadreur se doit d’être surpris, vous ne trouverez pas ces exaspérant effets shaky-cam (méthode jugée radicale par les réalisateurs incompétent pour rendre spectaculaire une scène d’action) et ces mise au point relou, comme si l’opérateur était un parkinsonien bossant avec des moufles.

Autrement intéressant: on constate rapidement que Barry Levinson a tout fait pour rendre son faux documentaire à la fois réaliste (même en cherchant bien, on ne trouve que peu d’incohérences) et horrifique. Ici, les effets spéciaux, nombreux, souvent discrets mais toujours efficaces, sont au service de l’intrigue. Les images chocs ne sont pas évitées - normal, caméra au point, le voyeur privilégie toujours le spectaculaire (il aurait d’ailleurs fallu rappeler ce détail à Matt Reeves avant qu’il ne se lance dans le tournage de Cloverfield) - mais sont vraiment utilisées que si c’est nécessaire et justifié. Au final, le spectateur se retrouve placé en témoin d’évènements, certes, passés (on reste dans le domaine du found footage) mais suffisamment réalistes pour être efficaces. Souvent, Barry Levinson réussit à nous éprouver émotionnellement. On est triste devant le sort de tous ces gens sacrifiés sur l’autel du fric et du consumérisme. Un effet d’autant plus efficace qu’il est appuyé par un casting d’anonymes (ou presque) et une bonne variété de sources d’images, ce qui renforce l’aspect documentaire.

En fait, le gros problème de The Bay, c’est qu’il arrive vingt ans trop tard. Sorti en 1980, ce film aurait été un phénomène. Aujourd’hui, le spectateur en a un peu soupé de ce genre qui a du mal à surprendre et séduire de par sa pauvreté artistique et intrinsèque. S’il peut être pertinent dans le domaine du téléfilm et de la série télé, ce genre n’a que peu d’intérêt transposé au cinéma, lieu où, en général, le spectateur s’attend à mieux que des images dégueulasses et des mouvements de caméra même pas dignes d’un film familial du dimanche réalisé par le gentil tonton fan de Spielberg. Ici, si, comme précisé plus haut, on est loin de se voir infliger les horribles images de [REC.] (là, je sens que je vais me faire des amis !) ou de toute sa cargaison d’ersatz aussi ridicules qu’agaçants, on reste sur le terrain de ce qui se trouve être une vaine tentative d’attribuer un masque de réalité à une œuvre de fiction, tout en voulant conserver une mécanique de climax.

Enfin, ce type de films, s’ils peuvent lancer un débat (ici, c’est l’écologie, et Barry Levinson fait carrément dans l’alarmisme), force est de dire qu’ils n’ont pas les moyens de le développer, et rarement de l’argumenter. En langage militaire, on dirait que l’on est plus dans le tactique que dans le stratégique ou l’opérationnel. Le nez au raz du sol et le regard coincé dans des œillères. Engoncé dans le carcan du genre, The Bay n’échappe pas à la règle. Barry Levinson pointe du doigt une grave dérive de notre société mais, derrière, il n’arrive à appuyer sa réflexion que par l’insert de très grossiers commentaires aux fragrances scolastiques. Une méthode gauche - et un aspect moralisateur  - qui dévoilent douloureusement toutes les limites de l’exercice et qui, ce faisant, diminue grandement l’intérêt d’une l’œuvre réduite à un simple film d’horreur.

La conclusion de

En jouant de sobriété dans les effets, en soignant la cohérence de l’intrigue, Barry Levinson réussit le tour de force de faire d’un film found footage une œuvre plutôt agréable à visionner. Malheureusement, à coté de cela, il ne parvient pas à transcender un genre aux cruelles limites structurelles. Et si The Bay ne parvient pas à marquer les esprits, c’est autant de par le choix de ce point de vue étriqué que par les limites d’une intrigue qui ne brille pas par son originalité.

Que faut-il en retenir ?

  • Une réalisation intelligente
    Des effets spéciaux sobres mais efficaces
    Une ambiance macabre assez réussie

Que faut-il oublier ?

  • Un scénario guère original
    Un style narratif étriqué
    Daté dés sa sortie
  •  

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