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Critique du Film : Perfect Sense
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Critique du Film : Perfect Sense

Avis critique rédigé par Jonathan C. le samedi 10 mars 2012 à 0020

Sens unique

affiche Perfect Sens

Dans Perfect Sense, la vie n’a plus de sens. Mais littéralement. Un peu comme le plus grossièrement allégorique Time Out, sur lequel on pouvait coller l’expression « Le Temps c’est de l’argent ». Après l’interdiction des émotions dans Equilibrium et la cécité généralisée de Blindness, le futur proche de Perfect Sense voit une mystérieuse maladie toucher la population mondiale. Pas une épidémie mortelle comme dans un Contagion, un Alerte ou un film de zombies/infectés, mais un mal inexpliqué qui supprime peu à peu et indiciblement chacune des perceptions sensorielle de l’être humain.

Bien que soumise et validée par des scientifiques et des épidémiologistes pour lesquels « le cas serait intéressant à étudier », l’idée du pitch peut sembler absurde et improbable sur le papier, laissant craindre un énième film-concept creux et poseur. Mais David MacKenzie confère à ce concept une saisissante crédibilité, non pas scientifique mais émotionnelle. Car à l’inverse du Steven Soderbergh de Contagion, MacKenzie choisit de ne pas révéler l’origine de la maladie (qui n’en est peut-être pas une) et de conserver une aura de mystère (un peu comme Fernando Meirelles avec Blindness), contournant ainsi les écueils des explications poussives et du bavardage scientifique. Le film se déroule d’ailleurs à une époque indéterminée (le fameux « futur proche ») en un lieu quasi-anonyme (c’est tourné en Écosse mais ça pourrait être tourné n’importe où ailleurs). Il y a bien quelques hypothèses émises par des scientifiques paumés, mais elles sont abandonnées car n’ayant plus de sens lorsque les sens disparaissent.

Perfect Sense Ewan McGregor

Dans un rythme lancinant bercé par la sublime partition d’une profonde tristesse du compositeur minimaliste Max Richter (qui faisait déjà des merveilles pour Valse avec Bachir et Shutter Island, dont le morceau On The Nature Of Daylight revient en mémoire devant Perfect Sense), David MacKenzie décrit une lente agonie, un chaos par étape, une sorte de fin du monde sans fin. La disparition des perceptions sensorielles se fait lentement mais surement, distillant une tension latente et oppressante, et chaque étape est précédée de symptômes particuliers liés aux émotions et aux sens : c’est d’abord l’odorat, dont la disparition soudaine suit une vague de tristesse, puis une crise de fringale avant la fin du goût, des excès d’agressivité avant la surdité, un irrépressible besoin de contact avant la perte de la vue, etc. Comme dans un Another Earth, un Blindness, un Time Out, un Eva, un Final Cut ou même les français (et ennuyeux) Les Revenants de Robin Campillo et Carré Blanc avec Sami Bouajilah et Julie Gayet, pour ne citer que les plus récents, le minimalisme de l’esthétique science-fiction rend plus plausible le récit d’anticipation, plus proche de nous et de notre époque. Comme le dit le réalisateur, « la part de science-fiction se devait d’être discrète pour rester plausible, pour donner l’air de se passer dans un futur très proche ». Ce minimalisme est autant un parti-pris qu’un choix clairement économe, car ce sont des films à petit budget, mais il permet une immersion spontanée, sans le temps d’adaptation à un tout autre univers (alors que dans un film comme Equilibrium, il faut apprendre à connaitre ce nouvel univers auquel on doit croire). Ce qui effraie et ce qui touche dans Perfect Sense, c'est qu'on y croit.

Eva Green

Malgré la crédibilité de cette dégradation sensorielle décrite avec une impressionnante vraisemblance et un sens du détail important (la perception sensorielle, c'est le détail), Perfect Sense n’est pas un film pragmatique, clinique et âpre comme Contagion, ni un gros spectacle comme Alerte. C’est au contraire, comme son titre et son sujet peuvent l’indiquer, un film purement sensitif et émotionnel, et ce sont d’ailleurs les sens et les émotions qui prennent le contrôle des personnages. C’est plus imagé et moins bavard qu'un Contagion ou qu'un Blindness. A vrai dire, et toutes proportions gardées, c’est un peu comme si Terrence Malick avait réalisé Contagion. Il y a bien quelques visions réalistes du chaos et de la panique (un Glasgow dévasté comme on ne l’a jamais vu) ainsi qu'une poignée de scènes-choc et une "atmosphère pandémie", mais le cinéaste adopte un point de vue intimiste (et unique, contrairement au film de Soderbergh qui multipliait les points de vue tel un film-chorale) sur la catastrophe, usant également d'une voix-off méditative (celle d’une inconnue) contemplant mélancoliquement les images du monde en perdition. Ce n’est pas un hasard si MacKenzie choisit de suivre cette cruelle évolution à travers une histoire d’amour, entre un chef cuisinier (Ewan McGregor, que le réalisateur avait déjà dirigé dans Young Adams et qui revient ici à la science-fiction après les Star Wars et The Island) et une épidémiologiste (Eva Green, toujours aussi envoutante), deux métiers évidemment liés aux sens. La fin du monde vécue à travers un prisme romantique : original. Et quoique de mieux qu’une romance pour explorer pleinement les 5 sens.

Ewan et Eva dans Perfect Sense

Cette romance entre Ewan McGregor et Eva Green, touchante et loin d'être artificielle, est ainsi mise à rude épreuve, constamment menacée ou relancée par ces bouleversements sensoriels et caractériels, malmenée par les différents symptômes qui créée un déchirant tourbillon d’émotions tout en ruptures de ton, de la haine à l’amour fou, de l’agressivité à la tendresse, ce que jouent à la perfection les deux acteurs, très naturels (ça ne sonne pas "performance d'acteur") et presque proches du mime (en particulier dés la perte de l'audition). Ce sont quasiment ces émotions incontrôlées qui mènent la danse, ce qui était dans les intentions du cinéaste : « Je tenais à ce que les personnages perdent malgré eux le contrôle et ne soient régis à un moment que par une sorte de feu d’artifices d’émotion ». Au final, lorsqu’il ne reste plus rien des sens autre que le toucher (qui, peut-être, est lui aussi amené à disparaitre), il n’y a plus que l’amour qui motive l’être humain (cf. la tagline de l’affiche américaine : « Without love, there is nothing »). La jolie fin de Perfect Sense, poignante et très poétique, montre que même quand la vie n’a plus de sens, elle a quand même un sens (et c’est ça, le sens parfait : le toucher, l’amour). Sans faire dans le moralisme (on est plutôt dans la démonstration, d'ou l'utilité d'exploiter l'histoire d'amour au sein de la science-fiction, comme du concret expliquant l'abstrait), Perfect Sense fait partie de ces films qui replacent l'Homme (éphémère, fragile) dans le monde et rappelle qu'est-ce qui est le plus important dans la vie à l'approche de la mort (c'est aussi de ça que parle un film comme Le Territoire des Loups). C'est en perdant un sens que l'on se rend compte de la valeur des choses les plus simples. Malgré sa langueur, son fatalisme et sa mélancolie qui colle à la peau et avec laquelle on ressort de la projection, Perfect Sense n’est pas un film déprimant ou sinistre, ni amer comme pouvait l’être le Toy Boy du même réalisateur (et dont la fin ne faisait pas grand cas de l’être humain), ni maussade ou désabusé. C’est juste beau, dans tous les « sens » du terme.

affiche Perfect Sense

La valeur de l’homme et sa nature, David MacKenzie l’a exploré dans ses précédents films, du fiévreux Young Adams (liaison passionnelle entre Ewan McGregor et Tilda Swinton à coté de Peter Mullan et Emily Mortimer) au féroce Toy Boy (la triste condition d’Ashton Kutcher en gigolo à Hollywood) en passant par le singulier My name is Hallam Foe (Jamie Bell en jeune homme de la campagne qui passe son temps à espionner ceux qui l’entourent et qui part en ville chercher un travail), Asylum (épouse d’un éminent psychiatre, Natasha Richardson tombe amoureuse d’un patient de l’asile campé par Marton Csokas, avec aussi Ian McKellen et Sean Harris) ou la comédie rock Rock'N'Love (qui sort en France trois semaines après Perfect Sense). En passant à la science-fiction, le cinéaste accouche d’un Perfect Sense étrangement bien plus romantique que ses précédents films (Youg Adams et Toy Boy sont carrément des films anti-romantiques), même si My Name is Hallam Foe prenait presque des airs de comédie romantique. « A un certain niveau, tous mes films sont fleur bleue », confie le réalisateur. « Mais jusqu’à ce film, j’ai toujours pensé que pour qu’une romance soit réussie, il fallait qu’elle soit un peu torturée », un changement qu’il explique notamment par sa récente paternité. Il se dégage de Perfect Sense une certaine sérénité, un humanisme sincère et une douceur réconfortante, loin du pessimisme de ses autres films et de la plupart des films de fin du monde. Pour MacKenzie, Perfect Sense est « un conte de fée pour les nihilistes ».

Eva dans Perfect Sense

David MacKenzie témoigne d’une sensibilité à fleur de peau dans sa mise en image, optant logiquement pour un traitement sensitif. Les suppressions des perceptions sensorielles sonnent aussi juste (c'en devient angoissant) que les ébats amoureux entre Ewan McGregor et Eva Green (ceux qui fantasment sur ces deux-là seront comblés), le cinéaste les filmant avec sensualité, délicatesse, douceur et pudeur tout en restant cru (cf. les scènes de sexe dans Young Adams et Toy Boy) et sans faire dans le glamour (jusqu’à tenter de « déglamouriser » Eva Green, en vain). L’imagerie glamour et hollywoodienne, David MacKenzie s’amusait déjà à la flinguer dans son Toy Boy bien plus subversif qu’en apparence (d'autant plus qu'il est produit à Hollywood). Ce qui l’intéresse, c’est bel et bien de capter les sens dans l’absence des sens, de retranscrire l’impression de ne plus avoir de goût, d’odorat, d’ouïe, et d’aller jusqu’au bout de cette démarche (lorsque l'ouïe disparait, toute la dernière partie du film est quasiment muette et baigne dans un bourdonnement sourd), jusqu’à la cécité qui clôture superbement le film. Son but, c’est de raconter une histoire d’amour dans un monde ou les sens disparaissent peu à peu, pour voir ce qu’il en reste, pour constater ce qu'il y a au bout de ce décompte semblable à une horloge sensorielle supprimant peu à peu tout ce qui fait la beauté de la vie (le plaisir, la communication...) sans supprimer la vie (ça ne touche pas les organes vitaux). Au final, qu'est-ce qui compte le plus ?

Ce qui a aussi intéressé David MacKenzie dans cette histoire, c’est de pouvoir en faire un « film s’inscrivant dans un genre tout en fuyant ses conventions, un film épique mais basé sur l’humain, sur l’intime ». L’équilibre entre romance et science-fiction, deux genres à priori contradictoires (mais « il fallait qu'ils fassent tous les deux sens », précise le réalisateur), l’un intimiste (à petite échelle) et l’autre ambitieux (à grande échelle), apporte son lot de ruptures de ton (tant dans le fond que dans la forme), puisqu’il s’agit de mêler l’histoire d’amour à l’apocalypse. Ce mélange entre SF ambitieuse et film d'auteur romantico-intimiste peut d'ailleurs se traduire par le fait que Perfect Sense fut aussi bien présenté au festival de Gerardmer qu'à celui de Sundance. David MacKenzie confie reprendre le principe scénaristique de Titanic, qui « sait incroyablement entremêler une histoire macrocosmique et un point de vue beaucoup plus élargi ». Perfect Sense se situe constamment aux frontières d’un mélodrame sans cesse rattrapé par la réalité (la perte des sens est une barrière au mélo).

Ewan et Eva

Bien que centré principalement sur deux personnages (qui ont chacun leur proche ami(e)/patron, Ewen Bremmer/Denis Lawson pour Ewan McGregor et Connie Nielsen/Stephen Dillane pour Eva Green), Perfect Sense prend aussi la forme d’une étude de mœurs intéressante, lorsque le réalisateur constate que l’homme n’a pas d’autres choix que de s’habituer spontanément à la disparition de ses sens et que le monde s’adapte comme il peut, du moins la plupart des gens (qui continuent à aller au restaurant même sans avoir le goût ni l’odorat ou à assister à des concerts sans pouvoir entendre), les autres préférant le chaos (comme la majeure partie de la population dans Blindness). Un sens disparait ? Tant pis, il faut faire avec ceux qui restent, la texture remplaçant par exemple le gout (cf. lorsque les tourtereaux se mettent à manger du savon ou de la mousse à raser). La question posée est : que reste-t-il à faire quand nos sens disparaissent ? Pour David MacKenzie, Perfect Sense parle surtout de « l’incroyable capacité d’adaptation de l’être humain aux pires contextes », la capacité d’adaptation de l’homme étant d’ailleurs un thème récurrent dans sa filmographie (c’est tout le sujet d’un My Name is Hallam Foe ou d’un Toy Boy).

Ewan et Ewen Bremmer

Dans un remarquable sens du découpage (le final en est une belle démonstration) et de nombreuses audaces de mise en scène, David MacKenzie peaufine un style élégant traversé de fulgurances. Sa mise en scène s'attarde sur les visages et les humeurs changeantes auxquelles elle s’adapte, passant ainsi de la contemplation (lents travellings, mouvements fluides, Cinémascope) à l’énervement (caméra portée agressive), comme si une caméra flottante passait subitement au reportage. Pour MacKenzie, « il était hors de question d'en mettre plein la vue » et de « tirer le film vers l’emphatique, vers les bons sentiments, vers l’ostentatoire ou l’esthétisme publicitaire ». Malgré l’ampleur du sujet (« Sur le papier, ça ressemblait à un blockbuster porté par un pitch en or »), ce n’est pas un blockbuster mais un film d’auteur, d’ailleurs estampillé Sundance comme le fut son concurrent direct Another Earth (dans lequel une planète identique à la Terre est découverte, tandis qu'un compositeur torturé tombe amoureux d'une belle étudiante), autre film d'anticipation mélo-romantique indépendant et minimaliste cependant beaucoup moins brillant que Perfect Sense. Ce dernier est un « petit » film pourtant ambitieux, aussi simple que dense, métaphorique, sobre (« Le mot d’ordre a été : profil bas », dixit le cinéaste) et très européen, l'anglais David MacKenzie prenant pour référence des films comme Alphaville de Jean-Luc Godard, La Jetée de Chris Marker (on y pense beaucoup dans la dernière partie et devant les images sur le monde) ou Radio On de Christopher Petit, mais aussi probablement les films de Rainer Werner Fassbender ou même ceux de Michael Winterbottom (duquel se rapproche de plus en plus MacKenzie).

affiche Perfect Sense

La conclusion de

Tenant aussi bien du film apocalyptique que du film de contamination (la fin du monde est tendance, dans le cinéma d’aujourd’hui), Perfect Sense s’en éloigne complètement par son traitement unique quoique typique du cinéma indépendant américain (Another Earth avait tenté une approche similaire, en beaucoup moins beau). De ce pitch improbable qui permet une multitude de bouleversements émotionnels et qui fait coexister les tonalités les plus contradictoires (colère/tendresse, sombre/lumineux…), David MacKenzie tire un film de science-fiction romantique et hypnotique qui pourra sembler vain et prétentieux pour certains mais qui, pour d’autres, touche à la grâce et à la plénitude (quelle fin intense !), sur la magnifique musique lancinante et envoutante de Max Richter. Logiquement, en accord avec son sujet, Perfect Sense est une sorte de romance sensorielle, palpitante et puissamment émotionnelle (presque épique dans l'émotion) de laquelle on ressort non pas cafardeux, car c'est un film étonnement optimiste, mais simplement ému et éprouvé (et, sur le moment, plus attentif à nos propres sens). Universel et sensationnel !

Que faut-il en retenir ?

  • C'est beau !
  • C'est émouvant !
  • C'est intense !
  • La musique !

Que faut-il oublier ?

  • Un peu frustrant

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