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Critique du Film : The Innkeepers
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Critique du Film : The Innkeepers

Avis critique rédigé par Jonathan C. le dimanche 4 décembre 2011 à 2009

Wild Wild Ti West

affiche Innkeepers

Après House of the devil, qui l’a fait passer de bon artisan (Trigger Man, The Roost, Cabin Fever 2) à auteur à suivre, le jeune Ti West, 31 ans, poursuit dans le film de maison hantée avec The Innkeepers. Dans un bled de la Nouvelle-Angleterre, deux employés d’un vieil hôtel quasiment vide et voué à être détruit s’ennuient et passent le temps en chassant des esprits. Ils finissent par tomber sur une piste sérieuse, une femme qui serait morte assassinée dans l’établissement il y a bien longtemps…

Divisé en trois chapitres et un épilogue, The Innkeepers fait dans l’épouvante à l’ancienne (la typographie des textes est une note d’intention en soi, tout comme le générique de début, la musique, le look du Yankee Pedlar Inn. et l’affiche américaine), plus suggestif qu’explicite, exploitant de bonnes vieilles recettes et artifices old school (haaa, le piano qui joue tout seul...) qui fonctionnent encore, en témoignent quelques séquences frissonnantes très efficaces (les deux descentes dans le sous-sol font leur petit effet, comme la première apparition du fantôme ou celle à l'entrée de la cave) quoique sans surprises. Il suffit d’écouter (la bande-son est d’ailleurs très travaillée), de guetter (dans le fond, au détour d’un panoramique, en plein milieu d'un champs/contre-champs…) et d’attendre (de quoi nourrir la tension) pour avoir peur. D'autant plus que les fantômes, bien que très classiques (on a l'impression de les avoir déjà vu ailleurs), sont inquiétants et particulièrement dégueulasses, les maquillages étant aussi rudimentaires que réussis. Loin des néo-films d'horreur qui montrent tout pour mieux choquer, The Innkeepers rappelle l'efficacité du hors champs ; les gros plans sur les visages terrifiés des personnages sont parfois plus effrayants que ce qu'ils voient. Ti West, qui est d'ailleurs aussi son propre monteur et scénariste, ce qui authentifie totalement sa démarche, revient ainsi aux fondamentaux du genre.

Sara Paxton et Pat Healy

La sous-intrigue avec le fantôme est des plus classiques (tout comme l'hôtel labyrinthique qui renferme un lourd secret), au point qu’il n’y a pas à se coltiner des dialogues explicatifs, des recherches à la bibliothèque ou des flashbacks plombants. Le réalisateur (qui remercie Eli Roth et James Wan dans le générique de fin) cite très clairement Shining (histoire quasi-identique, scène de la baignoire, couloirs à n'en plus finir…) et fait écho, volontairement ou pas, à de nombreux films du genre. Il décrit notamment une jeunesse geek-pop attirée par les phénomènes paranormaux en tant qu'attractions à sensations fortes ou qu'activités lucratives (cf. le site) ; ses héros modernes ne s'y intéressent (et s'y passionnent) d'ailleurs que parce qu'ils s'emmerdent profondément et qu'ils n'ont rien d'autre à faire. Ti West va même jusqu’à se moquer, tout en prouvant leur efficacité, des artifices sophistiqués du cinéma d’épouvante actuel, d'où la fausse vidéo qui fait sursauter avec un bête jump-scare, de celles qu’on trouve en masse sur YouTube. West s’amuse constamment avec les codes (qu’il respecte paradoxalement à la lettre), notamment par le biais de ses deux personnages principaux, un tandem attachant et complice apportant un humour inattendu qui fait tout le charme de ce film d’épouvante étonnement désinvolte, et du coup moins effrayant qu’un Insidious ou même qu’un Paranormal Activity (que le cinéaste tourne justement en dérision avec la vidéo de la porte qui claque).

Sara Paxton et Pat Healy

Les deux employés, qui y croient sans trop y croire, mènent ainsi une partie de leur enquête en étant complètement bourrés à la bière. Les petits délires (la sonnette) et échanges cocasses entre la pétillante Claire (la craquante Sara Paxton, sirène dans Aquamarine, fille violée dans La Dernière maison sur la gauche, héroïne de Super Héros Movie et de Shark 3D) et le cynique décalé Luke (Pat Healy, très drôle, vu dans Rescue Dawn, Magnolia, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, Ghost World et Dirty) sont irrésistibles, rappelant des jeux d'enfants qui aiment se faire peur et ajoutant tonus et second degré à ce qui n’aurait pu être qu’un film de couloirs rébarbatif et déjà vu malgré son atmosphère paranoïaque et l’élégance de sa mise en scène. Ti West prend tout son temps et joue volontiers avec les attentes du spectateur (le récit stagne, l'histoire avance lentement, la menace est diffuse), le faisant patienter avec de l'humour tout en nourrissant la tension et en retardant les effets horrifiques ; la peur peut ainsi surgir au détour d'une vanne, et l'humour peut surgir en plein suspense. Sa réalisation, sobre mais inspirée, mène tranquillement et insidieusement le public par le bout du nez, par exemple quand la caméra suit Claire de dos façon Elephant pendant qu'elle capte des bruits étranges qu'on entend avec elle dans le casque : immersion assurée. La photo d'Eliot Rockett (qui faisait déjà du bon boulot sur Dirty, Frankenfish, The House of the devil et Cabin Fever 2) alterne malicieusement entre zones chaleureusement éclairées donc réconfortantes (le hall, sécurisant) et zones sombres donc stressantes (la cave ou les chambres, inquiétantes ; quand on y est on sait qu'il va s'y passer quelque chose).

Sara Paxton dans Innkeepers

Comme le titre peut l'indiquer, Ti West se focalise donc sur la relation complice qui unit les deux personnages (malgré leur différence d'âge), mignons tout plein et représentés comme des enfants (cf. lorsque Claire fait la groupie auprès de Kelly McGillis). Aini Luke tente-t-il maladroitement, alors qu'ils sont saouls, de déclarer sa flamme à Claire, mais cette menace de romance n'ira pas plus loin (ce qui peut être décevant, ou au contraire rassurant), Ti West n'ayant pas envie de verser dans la bluette sentimentale. Il y a une vraie finesse d'écriture dans ces deux protagonistes (et dans leurs dialogues) plus que n'importe ou ailleurs dans le film, ou tout semble plus grossier. En témoignent ses précédents films, West accorde une grande importance à ses personnages, jusqu'aux petits détails. Grâce à son duo d'Innkeepers, Ti West peut décrire l’ennui sans ennuyer. Les rares seconds rôles en rajoutent dans la dérision, par exemple le petit vieux douteux (le vétéran George Riddle, vu dans Arthur avec Dudley Moore et Liza Minnelli, Deux frères en cavale avec Jeff Fahey, Little Manhattan avec Josh Hutcherson, et il tenait le rôle principal de The Legacy of Walter Frumm en 2005) ou l’actrice has been devenue medium ; le choix de Kelly McGillis pour incarner cette dernière est très pertinent, l'actrice culte de Top Gun, de Witness, de Cat Chaser et des Accusés étant tombée dans l'oubli dés les années 90, une longue absence qui semble l'avoir marqué physiquement, au point qu'il est difficile d'imaginer que la Charlie de Top Gun est interprétée par la même femme qui joue la nonne dans Stake Land et la voyante de The Innkeepers. Elle semble d'ailleurs faire un retour discret par le biais du cinéma fantastique, désormais plus adapté à son physique fatigué.

Kelly McGillis dans Innkeepers

Si l'atmosphère et le style, assez hypnotiques (comme la musique de Jeff Grace, qui avait bossé sur House of the devil, Stake Land et la trilogie du Seigneur des Anneaux), évoquent les films du genre dans les années 60 et 70, le mélange entre humour et épouvante dans un parfum de mystère très littéraire (des Chair de Poule aux Stephen King) peut rappeler certaines productions des années 80 (auxquelles rendait hommage Monster House), comme Vampires, vous avez dit vampires?, Evil Dead 2, les House, les SOS Fantômes ou certaines productions Amblin. L'affiche américaine du film va d'ailleurs en ce sens, et il faut rappeler aussi que The House of the devil se situait dans les années 80. Mais la légèreté du ton, qui déborde souvent sur une intrigue principale de toute façon pas très intéressante, n’empêchera pas quelques purs moments de frousse, des visions cauchemardesques saisissantes et un dénouement dramatique assez cruel (de l'anti-happy end inattendu). The Innkeepers est un film surprenant sans être original. On aurait voulu avoir plus peur, mais on ne s'attendait pas à sourire autant, la bande-annonce ayant plutôt misé sur l'aspect horrifique. Pour pleinement apprécier ce cinquième film de Ti West, il vaut mieux accepter d'emblée ce parti-pris risqué et plutôt audacieux (privilégier l'humour et la complicité à l'effroi et l'intrigue) dans un genre aussi figé et traditionnel que le cinéaste dépoussière ainsi avec ce film d'épouvante humoristique et décalé. Certains seront déçus, d'autres agréablement surpris.

Sara Paxton flippe

la fantôme de Innkeepers

La conclusion de

Après House of the devil, le désormais prometteur Ti West poursuit dans la même veine mais adopte un ton bien différent. Amusante démarcation de Shining sans la télépathie, The Innkeepers exploite minutieusement les codes du film d'épouvante (fantômes, maison hantée...), avec lesquels West s'amuse pourtant, entre classicisme et démystification du genre. Par le biais de son sympathique tandem d'employés rongés par l'ennui, le réalisateur injecte beaucoup d'humour et de désinvolture à son film d'épouvante à l'ancienne cependant non dénué de frissons (la cave !), d'où des ruptures de ton surprenantes. L'humour s'invite en pleine tension, et vice-versa. Le cinéaste privilégie ses personnages, très attachants, à la terreur ou à l'intrigue mystérieuse, ce qui fait la particularité de The Innkeepers. C'est un film sur l'attente donc un film d'atmosphère, mais tout en légèreté et en jeux, ce qui pourra surprendre ceux qui attendaient un grand-huit horrifique à la Insidious. Une vraie bouffée d'air frais dans un genre généralement poussiéreux, le cul entre deux chaises mais très agréable à suivre.

Que faut-il en retenir ?

  • Un tandem irrésistible
  • Un humour inattendu
  • Une étonnante fraicheur dans l'épouvante à l'ancienne
  • Des visions horrifiques saisissantes

Que faut-il oublier ?

  • Une intrigue très classique
  • L'humour désamorçe parfois la tension

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