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Critique du Film : Detention

Avis critique rédigé par Jonathan C. le jeudi 1 décembre 2011 à 01:09

Le film le plus fou du PIFFF

affiche Detention

Imaginez du Gregg Araki par le clipeur fou responsable de l’incroyable Torque, la route s’enflamme (un monument de beauferie bling-bling sous la forme d'un western spaghetti MTV avec des motos), et vous aurez une petite idée de ce qu’est Detention (rien à voir avec le film homonyme avec Dolph Lundgren), un véritable OFNI drôle, subversif, audacieux, inattendu, et surtout terriblement jouissif et exaltant. Sans aucun complexe, assumant d’ailleurs pleinement son précédent film (ce dont il s’amuse d’ailleurs), Joseph Kahn livre à nouveau un immense pétage de câble, imaginant un teen movie azimuté (du Kaboom puissance 1000) auquel il ajoute du slasher et de la science-fiction, d'ou la présence du film sur notre site. Au programme : un serial-killer au look déglingué de Reine du bal déchue tout droit sorti du film dans le film (allusion évidente aux Stab des Scream), un grizzli qui permet de voyager dans le temps, le quaterback de service qui révèle avoir du sang de mouche, des excès gores hilarants, des affrontements improbables… Scream, Retour vers le futur, Freaky Friday, La Mouche, Spider-Man ou même Never Back Down (à noter en passant que la chanson du générique de fin de Detention est aussi celle de la training-scene de Never Back Down) sont visés, criblés et atomisés, les relectures de ces films à la sauce Joseph Kahn étant surtout très drôles et ludiques. On pourrait parler de non-sens très sensé pour désigner tout ce qui arrive dans Detention à une cadence effrénée jusqu'à un climax apocalyptique et spatiotemporel. Chapitré (rien que les titres réveillent les zygomatiques), s’ouvrant sur une introduction complètement barge qui pose le ton (on se marre dés les premières secondes), le récit ne peut plus s’arrêter une fois lancé, entremêlant bizarreries hallucinantes et sous-intrigues absurdes calquées sur les modèles préétablis des genres foudroyés. Au milieu de ce magnifique foutoir, Joseph Kahn développe le récit initiatique d’une adolescence qui se cherche en essayant de survivre à sa dernière année de lycée, et dépeint le tableau décadent d'une jeunesse enfermée (d'où le titre) dans un lycée (quasiment assimilable à une prison ou à un asile) comme dans la culture MTV (radio/télé/musique) qui les ronge et avec laquelle ils ont quasiment fusionné (un personnage se retrouve même obligé de porter constamment une télé pour masquer son handicap). Ce sont donc des jeunes sans avenir, qui sont d'ailleurs ici condamnés à mourir, tués par leurs propres références (cf. la tueuse ci-dessous) comme les victimes dans les Scream.

boogeywoman Detention

Incarnés par de jeunes acteurs pour la plupart inconnus, ce qui est une bonne chose (ils n'ont aucune image à défendre et peuvent donc y aller à fond dans le délire), les personnages sont pour la plupart désopilants : le quaterback surexcité (au nom de Billy Nolan, comme John Travolta dans Carrie au bal du diable) qui veut absolument se battre, la blonde aussi débile que craquante (c'est Spencer Locke, K-Mart dans Resident Evil : Extinction et Resident Evil : Afterlife), le black effacé et inintéressant (donc suspect), le marginal mystérieux (donc suspect aussi), le japonais nommé Toshiba, la kaillera canadienne grande gueule, le héros cool joué par Josh Hutcherson (enfant-star connu pour Zathura, Le Pôle Express, Voyage au centre de la Terre 3D, Le Secret de Terabithia, American Splendor et le remake de Red Dawn, il est aussi crédité en producteur exécutif sur Detention), le gros bourrin de coach (l'énorme James Black, vu dans Godzilla, Soldier, Universal Soldier : combat absolu et Hors d’atteinte), le principal (nommé Verge !) tyrannique et névrosé campé ici par un Dane Cook (qui délirait déjà dans Torque en flic coriace) qu'on a jamais vu aussi déjanté…La description dépasse le stade de la caricature parodique et tous ces personnages atteignent le paroxysme de leur stéréotype respectif (notamment à travers leurs backgrounds incongrus), tout en finissant par devenir très attachant, en particulier l’héroïne (Shanley Caswell dans son premier rôle au cinéma), la fausse-moche-mais-réellement-mignonne du lot pour laquelle le réalisateur éprouve une vraie tendresse (il y a du vécu dans l'air), ce qui ne l’empêche pas de lui en faire baver méchamment (d'autant plus que c'est la souffre-douleurs) au même titre que ses camarades. Sous ses airs de sale gosse turbulent et violent, Detention ne manque pas de jolis moments (cf. la balade romantique en skate, qui évoque du Cameron Crowe ou du John Hughes).

Josh Hutcherson

Plusieurs idées visuelles à la seconde, des gags à n’en plus finir qui sortent de n’ importe où, des digressions hautement improbables mais tout bonnement géniales et à se tordre de rire (le flashback sur l’origine de Billy Nolan, le flashback du background de la blonde avec sa mère, le film dans le film dans le film qui finit sur un caméo de Ron Jeremy, etc.), des mises en abime imprévisibles (cf. la façon dont le voyage spatiotemporel est amené), des séquences fantasmatiques d’anthologie (Patrick Swayze VS Steven Seagal !) et d’innombrables trucs barrés et indescriptibles sont le fruit d’un cerveau en ébullition qu’on ne peut plus arrêter. Même le texte s’intègre dans la narration formelle (ce qui est complètement justifié par rapport au sujet : une génération SMS-internet quotidiennement envahie par les textes et les graphiques animés), comme si Jean-Luc Godard fusionnait avec le Tony Scott période Man on Fire et Domino. Le récit défile à un rythme si speed que le réalisateur semble avoir voulu mettre à l’épreuve nos réflexes de zappeurs, et s'en moquer. Ca va tellement vite qu'on passe probablement à coté de certains gags et clins d'oeil, ce pourquoi le film se prêtera idéalement à plusieurs revisionnages, en pur plaisir coupable qu'il est. Detention est un missile, une tornade dévastatrice, un tourbillon sensoriel qui vire à la poésie, si si. Aucune idée n’est anodine ou gratuite (même quand un pauvre chien explose ; on se croirait au Groland), et le récit chaotique se révèle, avec du recul, extrêmement solide et maitrisé (cf. le dénouement avec les voyages dans le temps), jusqu'au moindre détail gagesque (cf. la photo du grizzli qui se fait sucer). Ca semble totalement absurde mais c'est en réalité méticuleusement pensé et bien trouvé, témoignant d'une imagination débridée et débordante mais aussi consciencieuse. Tout semble chorégraphié, au point que Detention pourrait être une sorte de comédie musicale, un anti-High School Musical. L’humour (noir, gonzo ou burlesque) est ravageur, inventant quasiment le concept de « post-ironie » cité dans le film. Ici, tout devient amusant, y compris une étudiante qui rate son suicide. Les étudiants se font massacrer dans la joie et la bonne humeur, ça saigne, ça charcle et ça hurle au troisième degré, souvent quand on s'y attend le moins (le tueur surgit n'importe quand de n'importe ou, cf. la première victime). Les séquences tordantes s’accumulent (le « Who's guilty? » pendant la retenue, le discours anti-végétarien du canadien, la danse avec le coach sur le terrain…), les gags (parfois en arrière plan, comme à l'époque des ZAZ) et répliques (c’est un vivier à punch-lines !) se chevauchent sans laisser le temps de respirer, on en finit plus de rire (à moindre d’être exclu du trip), Joseph Kahn ose tout et n’importe quoi (si ce n’est peut-être la nudité, hormis un sein qui ne passe pas inaperçu) et on en redemande. Le réalisateur d'origine coréenne envoie valser les notions d’auteur et de bon goût (« Le mauvais goût n’est pas une démocratie », fait-il dire à un personnage), son nom au générique de début s’affichant dans du vomi au fond des chiottes (!!), après quoi un personnage lance que Torque est un film débile.

Dane Cook

Campus-movie, slasher, science-fiction…De ces genres, Joseph Kahn dynamite les codes et, mieux, il les explose, les détruit, les réduit en cendres (Detention est une entreprise très créative de démolition) et n’en laisse que les restes d’une génération MTV elle-même progressivement désintégrée, noyée dans sa propre culture et dans sa condition américanisée donc emprisonnée. Detention, c’est la gloire et la décadence de cette génération MTV dont Joseph Kahn fait le plus parfait des témoins (et des coupables), lui qui a réalisé des clips pour les plus grandes stars de la pop-rock (un palmarès impressionnant : Britney Spears, Moby, U2, Eminem, 50 Cent, Blink 182, Pussycat Dolls, Mariah Carey, Janet Jackson, Gwen Stefani, The Chemical Brothers, Dr. Dre, Snoop Dogg, Christina Aguilera, Muse, Chris Brown, Offspring, Ricky Martin, Korn, Lady Gaga, Katy Perry, Destiny Child's, Black Eyed Peas ou même les Backstreet Boys dont il case ici quelques morceaux…) et qui a reçu pour son travail plusieurs MTV Video Music Awards. Kahn connait cet univers sur le bout des doigts et mets d’ailleurs beaucoup de lui dans ce film. Detention, c’est aussi une déclaration d’amour et de haine aux années 90. Le cinéaste fait sortir la nostalgie pour mieux la flinguer. Malgré sa désinvolture potache, Detention est un document très complet et juste sur la jeunesse des années 90 et des années 2000, qui prend racine à la fin des années 80. Joseph Kahn truffe sa narration de références culturelles (y compris de celles qu’on pensait être le seul à connaitre) à ces deux décennies, dans les dialogues, dans les décors (on peut notamment lire sur la porte de la salle de retenue : « interdiction de faire référence à Breakfast Club ») ou dans une bande-originale dense et jubilatoire (avec son CV prestigieux, c'est la moindre des choses de la part de Joseph Kahn). Detention embrasse (et embrase) les influences fin eighties de cette génération (des personnage citent par exemple Police ou Patrick Swayze, emblèmes des eighties, tandis que le film renvoie à Retour vers le futur ou à La Mouche, qui auront marqué ceux qui ont grandi dans les années 90) qui affirme paradoxalement que « les années 90 c'est comme les années 80 mais en moins ringard ». Joseph Kahn, qui se fout ouvertement des références culturelles de ces enfants des nineties et de leurs goûts de chiottes (« C'est le meilleur film depuis Volcano », « Viens on va regarder Freejack en Laserdisc ! », « 1992 c'est la meilleure année ! », les Backstreet Boys, Hoobastank, Steven Seagal, le déguisement de Jean-Luc Picard, etc.), montre bien que les années 90 ne sont que le prolongement des années 80, et que les années 2000 vont dans la continuité des années 90, comme si la culture régressait à travers les décennies en même temps que les jeunes qui ont grandi dedans. Le constat de Detention est aussi simple que virulent : plus la culture (cinéma, musique...) sera mauvaise, plus les gens seront cons. Par ailleurs, le film n'hésite pas à citer ses propres références et à rouler dessus.

les héros de Detention

Toute cette folie aurait pu être torchée à la va-vite, mais c’est aussi ce qui impressionne dans Detention : formellement c’est une claque, chaque plan est une magnificence du style MTV tape-à-l’œil mais posé, en Cinémascope dans une photo à tomber, la prod design est truffée d’idées et de couleurs, le montage multiplie les audaces narratives et les transitions créatives. Après l'avoir expérimenté sur d'innombrables clips et spots publicitaires (pour BMW, Bacardi, Renault, Budweiser, Ford ou Playstation), et même sur son Torque, Joseph Kahn exprime un style vidéoclip clinquant qui a du sens (selon lui, « les vidéoclips sont un excellent endroit où les jeunes peuvent communiquer les uns avec les autres selon leurs propres termes, de la technique au contenu »). L’esthétique des genres abordés est très réussie, y compris celle du film d’horreur, avec son boogeyman féérique, sa mythologie loufoque et ses effusions sanguinolentes (Kahn était un lecteur assidu de Fangoria). La narration formelle est franchement impressionnante (par exemple dans ses flashbacks et ses ellipses, cf. le plan-séquence circulaire pendant lequel les années défilent sur les chansons de chaque époque), certains plans sont déments (par exemple celui pendant la chute à travers la fenêtre). Il y a dans Detention une véritable virtuosité esthétique et narrative. Joseph Kahn met toute son énergie et son impressionnante expérience de clipeur dans ce projet fou qu’il a eu du mal à monter, qu’il a d’ailleurs en grande partie financé lui-même (puisqu’aucun studio ou producteur ne voulait de ce scénario, et le film a couté 10 millions de dollars) et qui aura du mal à se vendre, encore que c'est si ludique, fun, fulgurant et marrant que les jeunes américains ne verront pas forcément le gros doigt d’honneur que leur lance le cinéaste tout en leur tendant les bras. « Detention joue davantage avec les règles du tournage de vidéoclips, dans le sens ou on s’en fout si une personne plus âgée va le comprendre ou pas », confie Joseph Kahn, qui a pu faire le film qu’il voulait. « Ce que vous voyez provient de mon cerveau sans aucun filtre, il n’y a eu aucun compromis ». On veut bien le croire.

victime de Detention

Au rayon du teen movie trash, bizarre et apocalyptique, quelque part entre le rêve, le fantasme et le cauchemar, Detention parvient à enterrer les pourtant géniaux Les Lois de l’attraction, Nowhere et Kaboom. Grisant et stimulant du bout en bout (90 minutes très chargées), s'imposant comme la quintessence d'un style et d'une génération, Detention respire une foudroyante liberté contestataire et récréative qui le rapproche d’un autre teen movie space, explosif, sensible et poétique, le formidable Fatal Games de Michael Lehmann (qui évoquait également un lycée menacé par une bombe). Comme ce dernier, Detention est un film anarchiste qui envoie valser toutes les conventions et fonce droit devant sans se soucier du reste. Detention, c’est une déflagration exaltante, flamboyante et hallucinante, un pur bonheur et un vrai film culte en devenir qu'on attend impatiemment dans nos salles françaises, ou au moins au rayon des nouveautés en DVD/Blu-Ray. Selon moi, c’est le meilleur film de la programmation du PIFFF (ou il avait été accueilli par une standing ovation, en présence du réalisateur), avec Bellflower (un autre teen movie chaotique, tiens).

Riley mascotte

Accueilli

80

Si vous aimez Kaboom, Nowhere, Les Lois de l'attraction ou Fatal Games, mais aussi Scream et Retour vers le futur, Detention est pour vous. Fracassant, euphorisant, bourrin, Detention est un OFNI jouissif dont on ressort joyeux et des scènes plein la tête. Avec ce délirant teen-movie qui convoque le slasher et la science-fiction dans une intrigue aussi improbable que réjouissante et bardée de back-stories tordantes, le réalisateur allumé de Torque enflamme la génération MTV et embrase avec elle les années 90 et 2000 dans toute leur culture et leur non-culture, leurs paradoxes et leurs influences. Joseph Kahn montre la conception MTV (sa jeunesse, son style, sa culture) dans toute sa splendeur et sa décadence, la poussant jusqu'à son paroxysme, y dégageant autant la dégénérescence que l'émotion, intégrées dans un récit virtuose minuté à la seconde près (une machine comique imparable). En résulte la meilleure comédie de 2011 (une pluie de gags, de clins d'œil, de répliques hilarantes, de rebondissements absurdes...), et l'un des teen-movie les plus fascinants, dévastateurs et hors-normes de ces dernières années.

Critique de publiée le 1er décembre 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Virtuosité de la narration et de l'esthétique
  • Des gags, rebondissements et répliques hilarants
  • Excessif, audacieux, délirant, jubilatoire
  • Une vraie réflexion/étude sur la génération MTV
  • Une bande-son réjouissante

Que faut-il oublier ?

  • Ca va presque trop vite !

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