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Critique de la Bande Dessinée : L'or du vice

Avis critique rédigé par Nicolas L. le jeudi 14 avril 2011 à 12:59

Tranche de rosbeef et ectoplasmes

Le tome 1 d’Aspic, détectives de l'étrange se concluait sur une étonnante révélation concernant les origines de monsieur Beyle, des nouvelles informations qui, malgré les apparences, présentent un lien avec l’affaire de la disparition de Kathy Wuthering, une medium appréciée par le gotha parisien. Le mystère reste donc entier mais laisse entrevoir de grands dangers  pour ceux qui s’y intéresseraient de près.  Aussi, autant pour la protéger que par pure reflexe sexiste, Auguste Dupin tente d’éloigner la jeune Flora Vernet en  lui confiant une tache de garde-malade. Mais on ne coince pas aussi facilement une femme moderne…

L’or du vice conte la genèse de l’agence ASPIC, composé d’un duo si attachant que l’on espère sincèrement voir rapidement naitre un nouvel album – narrant de nouvelles enquêtes, car ce deuxième opus s’achève par la résolution de l’affaire. Le scénario, extrêmement bien ficelé et riche en rebondissements, nous invite à suivre une enquête policière amenant les investigateurs dans les milieux occultes et criminels du Paris de la Belle-époque. L’atmosphère, extrêmement bien rendue grâce à moult détails historiques, évoque à la fois les romans policiers de Gaston Leroux et d’Arthur Bernède, avec un  aspect surnaturel  nettement plus affirmé… et accepté comme crédible par les personnages.

Dans une deuxième partie qui, qualitativement,  ne doit rien à la première, Thierry Gloris repousse un peu au second plan le charismatique Auguste Dupin, personnage fort du premier opus et cela même si, encore ici, chacune de ses apparitions met en évidence son énorme potentiel. En fait, dans L’Or du Vice, les projecteurs sont principalement braqués sur Flora Vernet.  On ne lui en voudra pas tant cette charmante jeune fille pleine d’enthousiasme et forte d’un bel esprit d’initiative est attachante. Le récit nous décrit même, via un flashback joliment amené, les circonstances qui ont fait d’elle une femme refusant de se plier aux codes sexistes de l’époque. Décidée à mener sa propre enquête, Flora, montée sur sa motocyclette, va alors traverser Paris et explorer les endroits les moins fréquentables de la capitale (bordels, asiles d’aliénés, égouts) et les plus connus, comme Le Moulin Rouge.

L’intrigue, toujours construite sur le développement de plusieurs trames parallèles, est bien fournie en passages musclés, qui sont toujours livrés avec un esprit fun qu’aurait apprécié Maurice Leblanc (le créateur d’Arsène Lupin). Les méchants obéissent aux codes romanesques de l’époque ; ils sont donc machiavéliques et mégalomanes et, pour exécuter leurs basses œuvres, ils ont sous leurs ordres des bandes d’Apaches (c’est ainsi que l’on nommait les bandes de voyous parisiens) armés de surins. En conséquence, Maldoror rappelle Belphégor ou Fantomas, et l’anglais Johnny L’Rosbeef est un malfrat qui renvoie directement à James Moriarty (la Némésis de Sherlock Holmes). Quand à Javert, le fantôme vedette de l’histoire, il évoque plutôt le glouton de SOS Fantômes, en plus crapuleux, bien entendu.  Il est en quelque sorte l’élément comic book de ce récit.

Les dessins de Jacques Lamontagne sont toujours aussi réussis. Son trait extrêmement précis colle parfaitement au récit et parvient à alterner fantaisie, humour, élégance et horreur en fonction des situations. Le dessinateur n’hésitant à pas à matérialiser la démence de certaines scènes en rendant occasionnellement ses personnages  hideux – même la mignonne Flora Vernet n’est pas épargné (comme lorsque son visage est déformé par l’expression d’une jubilation démente quand elle monte sur sa motocyclette). A coté de cela, Lamontagne continue de nous offrir des magnifiques vues de ce Paris de la Belle-époque.

90

Après la réussite de La naine aux ectoplasmes, l’attente était assez énorme. Thierry Gloris et Jacques Lamontagne ne nous ont pas déçus en nous offrant un ouvrage d’excellente qualité, tant par la tenue de son scénario que par ses dessins. Enquête policière pleine de fantaisie se déroulant dans les milieux interlopes d’un Paris aux couleurs 1900, L’or du vice est un album au récit captivant et mettant en scène des héros très attachants. Vivement la suite des aventures d’Auguste Dupin, Flore Vernet et Hugo Beyle !

Critique de publiée le 14 avril 2011.

Que faut-il en retenir ?

  • Un scénario captivant Une intrigue bien ficelée
  • Des personnages attachants
  • Un surnaturel bien intégré au récit
  • Une grande qualité graphique

Que faut-il oublier ?

  • Auguste Dupin, repoussé un peu au second plan

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