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Critique du Film : Shutter Island
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Critique du Film : Shutter Island

Avis critique rédigé par Vincent L. le lundi 20 décembre 2010 à 1414

Une adaptation bancale, mais pas désagréable...

ATTENTION, CE QUI SUIT CONTIENT QUELQUES SPOILERS !

Avec derrière lui une carrière remarquable, parsemée ici et là de chef d'oeuvre cinématographique - Raging Bull ou Casino pour ne citer que ces deux là - Martin Scorsese fait parti de ces réalisateurs qui n'ont plus rien à prouver à personne, et jouissent désormais d'une liberté artisitique totale, même lorsqu'ils sont aux commandes de gros budgets. Pourtant, aujourd'hui, force est de constater que cela fait plus de dix ans que Scorsese n'a plus mis en scène de long-métrage réellement remarquable : Gangs of New York était un film film bancal au scénario mal ficelé, Aviator n'avait rien de plus remarquable qu'un gros téléfilm de luxe (si ce n'était son casting bien entendu), et Les Infiltrés n'était qu'une version fadasse du Infernal Affairs dont il était le remake. Bref, depuis le remarquable A Tombeau Ouvert, et malgré des succès publics indéniables, le cinéma de Scorsese s'est considérablement affadit, et ce notamment parce qu'il s'appuit sur des scénarios faibles et peu ambitieux, inaptes à cristalliser le talent de ce réalisateur.

C'est pour cela que le voir adapter Shutter Island, roman plutôt réussi du très doué Dennis Lehane, était, à la base, une excellente nouvelle, et ce même si on savait que la transposition en long-métrage allait s'avérerer difficile. En effet, celles et ceux qui avaient lu l'oeuvre littéraire en connaissaient tout le potentiel cinématographique, ainsi que toute la difficulté à l'adapter convenablement tant les choses y sont amenés très finement, via des techniques littéraires difficilement adaptables au cinéma sans mettre la puce à l'oreille des spectateurs (savoir l'adaptation écrite par Laeta Kalogridis, qui n'est honnêtement pas la plus subtile des scénaristes hollywoodiennes actuellement en activité - Pathfinder, Alexandre, Night watch - laissait donc bien plus perplexe). Finalement, à la vision du film, il s'avère que c'est un parti pris totalement différent de celui du roman qui a été choisi pour cette adaptation : transformer Shutter Island en faux film fantastique pour perdre le spectateur avant de l'amener vers la révélation finale.

Shutter Island est donc la première incursion du chevronné Martin Scorsese dans le genre fantastique (au moins sur la forme) ; et le moins que l'on puisse dire, c'est que cette première expérience est loin d'être totalement convaincante. En effet, s'il s'agissait là de son premier film, nul doute que l'on ne lui prédirait très certainement pas la carrière brillante qu'il a pourtant déjà eu. Réalisé avec l'élégance d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, Shutter Island est un film dont les techniques de réalisation sont tellement académiques qu'elles ne font que reproduire ce qui, avec le temps, sont devenus des clichés : musique angoissante presque omniprésente, utilisation de grands angles pour mettre en valeur des décors sombres, visions surnaturelles très appuyées, ... Sur la forme, Shutter Island renvoie à nombre de classiques dans son utilisation des codes fantastiques - Shining notamment - mais n'arrive jamais à transcender ces références pour apporter quelque chose de nouveau qui puisse servir l'histoire.

Cette dernière, d'ailleurs, est complètement desservie par un scénario trop explicatif qui, dès le départ, met le doigt sur ce qui ne va pas ; dès le début, et rien que dans les dialogues, on ne peut que comprendre que bien qu'il y ait quelque chose de pas normal sur Shutter Island, cela va en fait être très pragmatique dans l'explication finale. Cela, combiné avec la mise en scène pataude de Martin Scorsese donne au film une prévisiblité qui joue très clairement contre lui. Ainsi, en moins de dix minutes, entre flashbacks inutiles (la femme du héros dès les premières images), éléments indiciels visuellement marqués (la cravate), éléments de décors lourds de signification (le bateau qui sort du brouillard), techniques de mises en scène très parlantes (entrée dans l'asile en vue subjective) et dialogues très évocateurs (le docteur Cawley qui explique la pathologie de Rachel Solando), on a compris ce qui se passe, qu'un twist final se prépare, et quelle sera, en gros, la teneur des révélations. A partir de ce moment là, il reste deux heure dix de film à passer.

Si le reste du long-métrage n'est pas totalement désagréable, il se suit pourtant avec un certain ennui passé la première heure et demi. En effet, parce que le scénario ne tient pas sur la longueur, l'intérêt du spectateur se désagrège petit à petit au fil d'un long-métrage bien trop long. Ici, le talent formel de Martin Scorsese sauve les meubles en mettant en place une ambiance classique mais efficace, et son sens du rythme plutôt aiguisé lui permet de trouver assez habilement un juste milieu entre le côté enquête et la part de fantastique et de mystère. Bref, si le film n'est pas terriblement passionnant du fait de son histoire trop vite éventée, il ne sombre pas non plus dans l'ennui et la morosité et parvient toujours à maintenir l'attention du spectateur d'une manière ou d'une autre. Toujours sur la forme, notons que si l'optique de travail de Scorsese (un film fantastique) diffère totalement de celle de Lehane (un roman policier), l'ambiance bien particluière de Shutter Island est pourtant impeccablement retranscrite à l'écran.

Et on ne peut que saluer la volonté de Martin Scorsese de tranformer ce film en quelque chose de différent par rapport à la version littéraire. En jouant la carte du fantastique, nombre de difficultés liées à l'adaptation sont habilement contournées, et l'histoire se pare d'une optique nouvelle, laquelle ne donne pas au spectateur déjà lecteur du roman l'impression d'avoir à faire à une copie fidèle mais plus fade (à l'image de La route, l'an passé). Cette volonté de réinventer l'histoire tout en en conservant les fondements donne au film une véritable raison d'exister ; l'adaptation possède donc un intérêt cinématographique bien réel - ce qui est loin d'être toujours le cas - qui, assez malheureusement, n'est pas suffisamment bien mise en valeur par le travail de Scorsese pour être vraiment convaincante.

Et puis, avouons que l'histoire écrite par Dennis Lehane est toujours aussi efficace, même transposée au cinéma. Même avec l'effet de surprise en moins, Shutter Island reste un récit très riche qui met en scène des personnages impeccablement écrits. Comme à son habitude, Lehane a écrit un épilogue sombre et quelque peu mysanthrope, qui sait dépasser l'efficacité formelle du twist final pour offrir une conclusion plus profonde et plus désabusée. L'adaptation cinématographique de Martin Scorsese a ainsi eu l'intelligence de conserver tous ces ingrédients sans les simplifier ou passer trop de points sous silence, tout en gardant nombre de thématiques qui font le corps de l'oeuvre de Lehane (notamment quant à l'influence des femmes dans ces univers très masculins).

Enfin, notons que le casting contribue très fortement à rendre le long-métrage intéressant. Leonardo DiCaprio trouve ici l'un de ses meilleurs rôle ; si l'on ne peut rien lui repprocher quant à son jeu - notamment dans un rôle aussi difficile - on pourra seulement regretter qu'il n'ait pas encore le physique approprié pour interpréter de tels personnages (malgré son âge, son apparence fait encore trop jeune pour ce genre de rôle). A ses côté, Martin Scorsese à réuni un casting solide, que ce soit dans les second rôle (Ben Kingsley, Michelle Williams), chez les troisièmes couteaux (Max Von Sydow, Ted Levine), voire pour de simples apparitions (Elias Koteas, Jackie Earle Haley, Patricia Clarkson) ; en fait, pour une raison qu'on ne s'explique pas, seul le personnage de Mark Ruffalo semble avoir été mis en retrait et n'arrive pas à véritablement exister à l'écran ; il est ainsi dommage d'avoir quelque peu sacrifié acteur de son gabarit pour lui avoir donné un rôle à peine digne d'un simple sidekick.

La conclusion de

Au final, la transposition cinématographique du roman de Dennis Lehane n'aura malheureusement pas donné le chef-d'oeuvre tant espéré. Parce que Martin Scorsese à décidé de mettre en scène son film comme un gros boeuf, qui plus est en forçant au maximum tous les traits pour que les spectateurs comprennent bien l'histoire, le film souffre d'une véritable prévisibilité (les tenants et aboutissants du scénarios peuvent être compris en dix minutes, dommage pour un film qui dure près de deux heures vingt). Reste donc à se mettre sous le dent une ambiance assez bien fichue, ainsi qu'une bonne qualité d'interprétation de la part des comédiens, qui rendent Shutter Island au mieux sympathique, au pire moyennement passionnant.

Que faut-il en retenir ?

  • Une histoire solide et convaincante,
  • Un casting inspiré,
  • Une ambiance bien travaillée,
  • Adaptation qui s'éloigne, sur la forme, de l'oeuvre d'origine.

Que faut-il oublier ?

  • Un mystère éventé très rapidement,
  • Une réalisation sans aucune subtilité,
  • Un scénario bien trop explicatif.

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